‹ Les feuilles d'automne (volume 3)Chapitre 47 sur 48 · À MADEMOISELLE LOUISE B · texte numérisé non relu

À MADEMOISELLE LOUISE B

l/année en s'enfuyant par Tannée est suivie.

Encore une qui meurt ! encore un pas du temps ; Encore une limite atteinte dans la vie !

Encore un sombre hiver jeté sur nos printemps !

Le temps ! les ans ! les jours ! mots que la foule ignore ! Mots profonds qu'elle croit à d*autres mots pareils ! Quand rbeure tout à coup lève sa voix sonore, Combien peu de mortels écoutent ses conseils !

I/homme les use, hélas ! ces fugitives heures , En folle passion, en folle Tolupté, Et croit que Dieu n'a pas fait de choses meilleures Que les chants , les banquets , le rire et la beauté !

290 LES CHANTS DL CBÊPl^SCL'LC.

Soo temps dans les plaisirs s'en va sans qu'il y pense. Impnident ! est-il sAr de demain? d'anjoaid'lrai ? En dépensant ses joors, sait-U ce qu'il dépense? Le nombre en est compté par un antre que lui.

A peiae lui vient il une grave pensée Quand , au sein d'un festin qui satisfait ses vcrax , Ivre, il voit tout à coup de sa tète affaissée Tomber en même temps les fleurs et les cheveux ;

Quand ses projets hAtifs l'un sur l'antre s'écroulent ; Quand ses illusions meurent à son côté ; Quand il sent le niveau de ses jours qui s'écoulent, Baisser rapidement comme un torrent d'été.

Alors en chancelant il s'écrie, il réclame,

Il dit : Ai-je donc bu toute cette liqueur ?

Plus de vin pour ma soif! plus d'amour pour mon âme I

Qui donc vide à la fois et ma coupe et mon cœur ?

Mais rien ne lui répond. — Et triste, et le front blême, De ses débiles mains, de son souffle glacé, Vainement il remue , en s'y cherchant lui-même , Ce tas de cendre éteint qu'on nomme le passé !

Ainsi nous allons tons. — Mais vous dont l'âme est forte , Vous dont le cœur est grand, vous dites : — Que m'importe

Si le temps fuit toujours , VX si toujours un souffle emporte quand il passe , Péle -mêle à travers la durée et l'espace ,

Les hommes et les jours ! —

Car vous avez le goût de ce qui seul peut vivre ; Sur Dante et sur Mozart, sur la note et le livre,

Votre front est courbé.

Car vous avez l'amour des choses immortelles; Rien de ce que le temps emporte sur ses ailes

Des vôtres n*est tombé !

Quelquefois , quand Tesprit vous presse et vous réclame , Une musique en feu s'écbappe de votre âme,

Musique aux chants vainqueurs , Au souffle pur, plus doux que l'aile des zéphires, Qui palpite et qui fait vibrer comme des lyres

Les fibres de nos cœurs !

Dans ce siècle où l'éclair reluit sur chaque tête, Où le monde, jeté de tempête en tempête,

S'écrie avec frayeur, Vous avez su vous faire, dans la nuit qui redouble^ Une sérénité qui traverse sans trouble

L'orage extérieur !

Soyez toujours ainsi ! l'amour d'une famille ;

Le centre autour duquel tout gravite et tout brille ;

La sœur qui nous défend ; Prodigue d'indulgence et de blâme économe; Femme au cœur grave et doux ; sérieuse avec l'homme,

Folâtre avec l'enfant !

Car pour garder toujours la beauté de son âme,

Pour se remplir le cœur, riche ou pauvre, homme ou femme,

De pensers bienveillants , Vous avez ce qu'on peut, après Dieu, sur la terre,. Contempler de plus saint et de plus salutaire.

Un père en cheveux blancs !

31 derertibre itOf.

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