À MADEMOISELLE LOUISE B
l/année en s'enfuyant par Tannée est suivie.
Encore une qui meurt ! encore un pas du temps ; Encore une limite atteinte dans la vie !
Encore un sombre hiver jeté sur nos printemps !
Le temps ! les ans ! les jours ! mots que la foule ignore ! Mots profonds qu'elle croit à d*autres mots pareils ! Quand rbeure tout à coup lève sa voix sonore, Combien peu de mortels écoutent ses conseils !
I/homme les use, hélas ! ces fugitives heures , En folle passion, en folle Tolupté, Et croit que Dieu n'a pas fait de choses meilleures Que les chants , les banquets , le rire et la beauté !
290 LES CHANTS DL CBÊPl^SCL'LC.
Soo temps dans les plaisirs s'en va sans qu'il y pense. Impnident ! est-il sAr de demain? d'anjoaid'lrai ? En dépensant ses joors, sait-U ce qu'il dépense? Le nombre en est compté par un antre que lui.
A peiae lui vient il une grave pensée Quand , au sein d'un festin qui satisfait ses vcrax , Ivre, il voit tout à coup de sa tète affaissée Tomber en même temps les fleurs et les cheveux ;
Quand ses projets hAtifs l'un sur l'antre s'écroulent ; Quand ses illusions meurent à son côté ; Quand il sent le niveau de ses jours qui s'écoulent, Baisser rapidement comme un torrent d'été.
Alors en chancelant il s'écrie, il réclame,
Il dit : Ai-je donc bu toute cette liqueur ?
Plus de vin pour ma soif! plus d'amour pour mon âme I
Qui donc vide à la fois et ma coupe et mon cœur ?
Mais rien ne lui répond. — Et triste, et le front blême, De ses débiles mains, de son souffle glacé, Vainement il remue , en s'y cherchant lui-même , Ce tas de cendre éteint qu'on nomme le passé !
Ainsi nous allons tons. — Mais vous dont l'âme est forte , Vous dont le cœur est grand, vous dites : — Que m'importe
Si le temps fuit toujours , VX si toujours un souffle emporte quand il passe , Péle -mêle à travers la durée et l'espace ,
Les hommes et les jours ! —
Car vous avez le goût de ce qui seul peut vivre ; Sur Dante et sur Mozart, sur la note et le livre,
Votre front est courbé.
Car vous avez l'amour des choses immortelles; Rien de ce que le temps emporte sur ses ailes
Des vôtres n*est tombé !
Quelquefois , quand Tesprit vous presse et vous réclame , Une musique en feu s'écbappe de votre âme,
Musique aux chants vainqueurs , Au souffle pur, plus doux que l'aile des zéphires, Qui palpite et qui fait vibrer comme des lyres
Les fibres de nos cœurs !
Dans ce siècle où l'éclair reluit sur chaque tête, Où le monde, jeté de tempête en tempête,
S'écrie avec frayeur, Vous avez su vous faire, dans la nuit qui redouble^ Une sérénité qui traverse sans trouble
L'orage extérieur !
Soyez toujours ainsi ! l'amour d'une famille ;
Le centre autour duquel tout gravite et tout brille ;
La sœur qui nous défend ; Prodigue d'indulgence et de blâme économe; Femme au cœur grave et doux ; sérieuse avec l'homme,
Folâtre avec l'enfant !
Car pour garder toujours la beauté de son âme,
Pour se remplir le cœur, riche ou pauvre, homme ou femme,
De pensers bienveillants , Vous avez ce qu'on peut, après Dieu, sur la terre,. Contempler de plus saint et de plus salutaire.
Un père en cheveux blancs !
31 derertibre itOf.