A UN VOYAGEUR
Ami y TOUS reyeD62 d'un de ces longs Toyages
Qui nous font vieillir Tite et nous changent en sages
Au sortii' du berceau.
De tous les océans votre course a yu Tonde, Hélas ! et tous feriez une ceinture au monde
Du sillon du vaisseau.
Le soleil de Tingt cieux a mûri votre vie.
Partout où vous mena votre inconstante envie ,
Jetant et ramassant , Pareil an laboureur cpii récolte et qui sème. Vous avez pris des lieux et laissé de vous-même
Quelque chose en passant.
30 LES FEIILLES D'AUTOMNE.
Tandis que votre ami , moins heureux et moins sage , Attendait des saisons l'uniforme passage
Dans le même liorizon; £t comme Tarbre vert qui de loin la dessine, A sa porte efTeuillant ses jours, prenait racine
Au seuil de sa maison !
Vous êtes fatigué tant vous avez vu dliommes ! Enfin vous revenez, las de ce que nous sommes,
Vous reposer en Dieu.
Triste , vous me contez vos courses infécondes , Et vos pieds ont mêlé la poudre de trois mondes
Aux cendres de mon feu.
Or, maintenant , le cœur plein de choses profondes , Des enfants dans vos mains tenant les têtes blondes.
Vous me parlez ici , Et vous me demandez, sollicitude amère!
— « Où donc ton père? où donc ton fils? où donc ta mère?
— Ils voyagent aussi !
Le voyage qu'ils font n'a ni soleil ni lune; Nul homme n'y peut rien porter de sa fortune.
Tant le maître est jaloux !
Le voyage qu'ils font est profond et sans bornes; On le fait à pas lents, parmi des faces mornes,
Et nous le ferons tous !
J'étais à leur départ comme j'étais au vôtre.
En diverses saisons, tous trois, l'un après l'autre.
Ils ont pris leur essor.
Hélas ! j'ai mis en terre , à cette heure suprême , Ces tètes que j'aimais. Avare, j'ai moi-même
Enfoui mon trésor.
Je les ai vus partir. J'ai, faible et plein d'alarmes, Vu trois fois un drap noir semé de blanches larmes Tendre ce corridor.
J'ai sur leurs froides maÎDS pleuré comme une femme. Mais, le cercueil fermé, mou âme a vu leur &me Ouvrir deux ailes d'or!
Je les ai vus partir comme trois hirondelles
Qui vont chercher bien loin des printemps pins fidèles
Et des étés meilleurs.
Ma mère vit le ciel et partit la première , Et son œil en mourant fut plein d'une lumière
Qu'on n'a point vue ailleurs.
Et puis mon premier-né la suivit , puis mon père , Fier vétéran âgé de quarante ans de guerre ,
Tout chargé de chevrons.
Maintenant ils sont là , tous trois dorment dans l'ombre , Tandis que leurs esprits font le voyage sombre ,
Et vont où nous irons!
Si vous voulez , à Theure on la lune décline , Nous monterons tous deux la nuit sur la colline
Où gisent nos aïeux.
Je vous dirai , montrant à Yotre vue amie La ville morte auprès de la ville endormie -.
Laquelle dort le mieux !
Venez; muets tous deux et couchés contre terre, Nous entendrons , tandis que Paris fera taire
Son vivant tourbillon , Ces millions de morts , moisson du fils de l'homme , Sourdre confusément dans leurs sépulcres , comme
Le grain dans le sillon!
Combien vivent joyeux , qui devaient , sœurs ou frères , Faire un pleur étemel de quelques ombres chères !
Pouvoir des ans vainqueurs !
Les morts durent bien peu : laissons-les sous la pierre ! Hélas ! dans le cercueil ils tombent en poussière
Moins vite qu'en nos cœurs!
Voyageur! voyageur! Quelle est notre folie !
Qui sait combien de morts à chaque heure on oublie?
Des plus chers, des plus beaux?
Qui peut savoir combien toute douleur s'émousse, Et combien sur la terre un jour d'herbe qui pousse
Efface de tombeaux !
Causa langor ab omai.