‹ Les feuilles d'automne (volume 4)Chapitre 38 sur 58 · LE BAL DE L HOTEL-DE VILLE · texte numérisé non relu

LE BAL DE L HOTEL-DE VILLE

Ainsi l'Hôtel-de-Ville illumine son faîte. Le prince et les flambeaux , tout y brille , et la fête Ce soir va resplendir sur ce comble éclairé , Comme l'idée au front du poète sacré ! Mais cette fête, amis, n'est pas une pensée. Ce n'est pas d'un banquet que la France est pressée , Et ce n'est pas un bal qu'il faut , en vérité , A ce tas de douleurs qu'on nomme la Cité! Puissants! nous ferions mieux de panser quelque plaie Dont le sage rêveur à cette heure s'effraie , D'étayer l'escalier qui d'en bas monte en haut , D'agrandir l'atelier , d'amoindrir l'échafaud , De songer aux enfants qui sont sans pain dans l'ombre De rendre un paradis au pauvre impie et sombre , Que d'allumer un lustre et de tenir la nuit Quelques fous éveillés autour d'un peu de bruit !

m LES CHANTS DU CRÉPUSCULE.

O reines de nos toits , femmes chastes et saintes ,

Fleurs qui de nos maisons parfumez les enceintes,

Vous à qui le bonheur conseille la vertu,

Vous qui contre le mal n'avez pas combattu ,

A qui jamais la faim, empoisonneuse infâme,

N'a dit : Vends-moi ton corps, — c'est-à-dire votre âme!

Vous dont le cœur de joie et d'innocence est plein ,

Dont la pudeur a plus d'enveloppes de lin

Que n'en avait Isis, la déesse voilée,

Cette fête est pour vous comme une aube étoilée !

Vous riez d'y courir tandis qu'on souffre ailleurs !

C'est que votre belle âme ignore les douleurs ;

Le hasard vous posa dans la sphère suprême ;

Vous vivez, vous brillez, vous ne voyez pas même,

Tant vos yeux éblouis de rayons sont noyés ,

Ce qu'au-dessous de vous dans l'ombre on foule aux pieds

Oui, c'est ainsi. — Le prince, et le riche, et le monde

Cherche à vous réjouir, vous pour qui tout abonde.

Vous avez la beauté, vous avez l'ornement;

La fête vous enivre à son bourdonnement ,

Et, comme à la lumière un papillon de soie,

Vous volez à la porte ouverte qui flamboie î

Vous allez à ce bal , et vous ne songez pas

Que parmi ces passants amassés sur vos pas ,

En foule émerveillés des chars et des liv rées ,

D'autres femmes sont là , non moins que vous parées ,

Qu'on farde et qu'on expose à vendre au carrefour;

Spectres où saigne encor la place de l'amour;

Comme vous pour le bal, belles et demi-nues;

Pour vous voir au passage, hélas ! exprès venues,

Voilant leur deuil affreux d'un sourire moqueur,

Les fleurs au front, la boue aux pieds, la haine au cœur!

Mai 48.*J3.

O Dieu ! si vous avez la France sous vos ai Tes ,

Ne souffrez pas, Seigneur, ces luttes éternelles;

Ces trônes qu'on élève et qu'on brise en courant;

Ces tristes libertés qu'on donne et qu'on reprend ;

Ce noir torrent de lois , de passions , d'idées ,

Qui répand sur les mœurs ses vagues débordées ;

Ces tribuns opposant, lorsqu'on les réunit,

Une charte de plâtre aux abus de granit ;

Ces flux et ces reflux de l'onde contre l'onde ;

Cette guerre, toujours plus sombre et plus profonde,

Des partis au pouvoir, du pouvoir aux partis;

L'aversion des grands qui ronge les petits;

Et toutes ces rumeurs , ces chocs , ces- cris sans nombre

Ces systèmes affreux échafaudés dans l'ombre,

Qui font que le tumulte et la haine et le bruit

Emplissent les discours, et qu'on entend la nuit ,

A l'heure où le sommeil veut des moments tranquilles,

Les lourds canons rouler sur le pavé des villes !

\oiït IS.Î2.

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