‹ Les feuilles d'automne (volume 4)Chapitre 54 sur 58 · XXXI V · texte numérisé non relu

XXXI V

Quand d'une aube d'amour mon âme se colore , Quand je sens ma pensée, ô chaste amant de Laure, Loin du souffle glacé d'un vulgaire moqueur, Éclore feuille à feuille au plus profond du cœur, Je prends ton livre saint qu'un feu céleste embrase , Où si souvent murmure à côté de l'extase La résignation au sourire fatal ; Ton beau livre , où l'on voit , comme un flot de cristal Qui sur un sable d'or coule à sa fantaisie , Tant d'amour ruisseler sur tant de poésie ! Je viens à ta fontaine, ô maître ! et je relis Tes vers mystérieux par la grâce amollis ;

Doux trésor! fleur d'amour, qui, dans les bois recluse, Laisse après cinq cents ans son odeur à Vaucluse î Et tandis que je lis, rêvant, presque priant, Celui qui me verrait me verrait souriant , Car , loin des bruits du monde et des sombres orgies , Tes pudiques chansons , tes nobles élégies , Vierges au doux profd , sœurs au regard d'azur , Passent devant mes yeux , portant sur leur front pur , Dans les sonnets sculptés, comme dans des amphores, Ton beau style , étoile de fraîches métaphores !

Octobre 1835.

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