‹ Les feuilles d'automne (volume 5)Chapitre 10 sur 30 · A LORD BYRON , EN · texte numérisé non relu

A LORD BYRON , EN

Qui peut savoir combien de jalouses pensées , De liaines , par Fenvie en tous lieux ramassées ,

De sourds ressenftncns , d'inimitiés sans frein , D'orages à courber les plus sublimes têtes , Combien de passions, de fureurs, de tempêtes, Grondent autour de toi , jeune bomme au front serein !

Tu ne le sais pas , toi I — Car tandis qu'à ta base La gueule des serpens s'élargit et s'ëcrase , Tandis que ces rivaux , que tu croyais meilleurs , Vont t'assiegeant en foule , ou dans la nuit secrète Creusent maint piège infâme à ta marcbe distraite, Pensif, tu regardes ailleurs !

Ou si parfois leurs cris montent jusqu'à ton ame , Si ta colère , ouvrant ses deux ailes de flamme ,

d'automne. 111

Veut foudroyer leur foule achar^^ëe à ton nom , Ayant que le volcan n'ait trouve' son issue , Avant que tu n'aies mis la main à ta massue , Tu te prends à sourire et tu dis : A quoi bon ?

Puis voilà que revient ta chëre rêverie , Famille , enfance , amour, Dieu , liberté , patrie ; La lyre à réveiller; la scène à rajeunir; Napoléon , ce dieu dont tu seras le prêtre; Les grands hommes , mépris du temps qui les voit naître , Religion de l'avenir !

112 LES FTUTLLtS

Allez donc ! ennemis de son nom ! foule vaine ! Autour de son génie e'puisez votre haleine !

Recommencez toujours ! ni trêve , ni remord.

Allez , recommencez , veillez , et sans relâche Roulez votre rocher , refaites votre tâche , Envieux ! — Lui poète , il chante , il rêve , il dort.

Votre voix> qui s'aiguise et vibre conmie un glaive , N'est qu'une voix de plus dans le bruit qu'il soulève . La gloire est un concert de mille échos epars ,

d'automne. 113

Chœur de démons , accords divins , chants ahgéliques ^ Pareil au bruit (pie font dans les places publiques Une multitude de chars.

Il ne vous connaît pas. — Il dit par intervaUes Qu'il faut aux jours d'été l'aigre cri des cieales ^ L'épine à mainte fleur; que c'est le sort commun; Que ce serait pitié d'écraser la cigale ; Que le trop bien est mal; que fa rose au Bengale Pour être sans épine est aussi sans parfum.

Et puis , qu'importe ! amis , ennemis , tout s'écoule.

C'est au même tombeau que va toute la foule.

Rien ne touche un esprit que Dieu même a saisi.

Digiti?.ed by VjOO-Q IC

TronéSy sceptres , lauriers , temples, chars de victoire, On ferait à des rois des couronnes de gloire De tout ce qu'il dédaigne ici !

Que lui fcmt donc ces cris où votre reix s'enroue ? Que sert au flot amer d'ëcumer sur la proue?

Il ignore vq& noms , U. n'en a point souci y Et quand , pour ébranler l'édifice qu'il fonde , La sueur de vos fronts ruisselle et vous inonde , Il ne sait même pas qui vous fisitigue ainsi !

Puis , quand il le voudra , scribes , docteurs , poètes , Il saitqu'il peut , d'un souffle, en vos bouches muettes

Éteindre vos clameurs , Et qu'il emportera toutes vos voix ensemble- Comme le vent de mer emporte où bon lui semble

La chanson des rameurs !

En vain vos légi<ms l'environnent sans nombre , Il n'a qu'à se lever pour couvrir de son ombre A la fois tous vos fronts^

^iÔ LES FEUILLES d'automne.

Il n'a qu'à dire un mot pour couvrir vos voix grêles. Gomme un char en passant couvre le bruit des ailes De mille moucherons !

Quand il veut, vos flaiçbeaux, sublimes auréoles Dont vous illumine»^ vos temples , vos idoles ,

Vos dieux, votre foyer, Phares éblouissans , clartés universelles , Pâlissent à l'éclat des moindres étincelles

Du pied de son coursier !

Avril t830.

In God is ail.

-Devise des Saltoun.

toi qui si long'-temps vis luire à mon cote Le jour égal et pur de la prospérité, Toi qui , lorsque mon ame allait de doute en doute, Et comme un voyageur te demandait sa route ,

Endormis sur ton sein mes rêves ténébreux , Et pour toute raison disais :* Soyons heureux ! Helas ! ô mon amie y lie'las ! voici que Fombre Envahit notre ciel, et que la vie est sombre^ ' Voici que le malheur s'e'panche lentement Sur Fazur radieux de notre firmament ; Voici qu'à nos regards s'obscurcit et recule Notre horizon , perdu dans un noir crépuscule. Or , dans ce ciel , où va la nuit se propi^eant , Gomme un œil lumineux, vivant, intelligent, Vois-tu briller là-bas cette profonde étoile? Des mille vérité qu'aux yeux le bonheur voile , C'est une qui paraît ! c'est la première encor Qui nous ait éblouis de sa lumière d'or !

' Notre ciel , que déjà la sombre nuit réclame , N'a plus assez d'éclat pour cacher cette flamme , Et du sud , du couchant , ou du septentrion , Chaque ombre qui survient donne à l'astre un rayon .

d'automne. 121

Et plus viendra la nuit , et plus y k plis funèbres ,

S'épaissiront sur nous son deuil et ses ténèbres ,

Plus dans ce ciel sublime, à dos yeux enchantes ,

£n foule apparaîtront de splendides clartés !

Plus nous verrons , dans l'ombre où leur loi les rassemble,

Toutes les vérités étinceler ensemble ,

Et graviter autour d'un centre impérieux ,

Et rompre et renouer leur cbœur mystérieux !

Cette fatale nuit que le malheur amène,

Fait voir plus clairement la destinée humaine ,

Et montre à ses deux bouts écrits en traits de feu ,

Ces mots : Ame immortelle ! éternité de Dieu !

Car tant que luit le jour , de son soleil de flamme

Il accable nos yeux , il aveugle notre ame ,

Et nous nous reposons dans un doute serein

Sans savoir si le ciel est d'azur ou d'airain.

lââ LES FEUILLES d' AUTOMNE.

Mais la nuit rend aux cieux leurs étoiles, leurs gloires , Candâd^res que Dieu pend à leurs voûtes noires. L'œil dans leurs profondeurs découvre à chaque pas Mille mondes nouveaux qu'il ne soupçonnait pas , Soleils plus flamboyans, pltis chevelus dans Fombre, Qu'en Tabîme sans fin il voit luire sans nombre I

Août 18S9.

3^ mon ami 21. Jont,,,^.

Quot libras in duce «ummo?

— JUVÉKAL. —

C^est une chose grande et (pie tout homme eiîvic

D'avoir un lustre en soi qu'on répand sûr sa vie ,

D'être choisi d'un peuple à venger son affront ,

De ne point faire un pas qui n'ait trace en l'histoire ,

Ou de chanter les yeux au ciel , et que la gloire Fasse avec un regard reluire votre front.

II est beau de courir par la terre usurpée , Disciplinant les rois du plat de son ëpée, D'être Napoléon , l'empereur radieux ; D'être Dante , à son nom rendant les voix muettes. Sans doute ik sont heureux , les héros , les poètes , Ceux que le bras fait rois, ceux que l'esprit (ait dieux!

Il est beau , conquérant , législatenr, prophète ^ • De marcher dépassant les hommes de la tête; D'être en la nuit de tous un éclatant flambeau; Ëtquede vos vingt ans vingt siècles se souviennent!.

d'automne. 127

— Voilà ce que je dis : puis des pitiés me viennent Quand je pense à tous ceux qui sont dans le tombeau !

Jiiilkl 18j>9.

Oh primavera l gioventù dell' anno.

Oh gioveutù ! priuavera délia vita.

mes lettres d'amour , de vertu , de jeunesse , C'est donc vous ! Je m'enivre encore à votre ivresse^

Je vous lis à genoux.

Souffrez que pour un jour je reprenne votre âge !

Laissez-moi me cacher, moi , l'heureux et le sage y Pour pleurer avec vous !

J'avais donc dix-huit ans ! j'^is donc plein de songes ! L'espérance en chantant me berçait de mensonges.

Un astre m'avait lui !

J'étais un dieu pour toi qu'en mon cœur seul je nomme! J'étais donc cet en£mt, helas ! devant qui l'homme

Rougit presque aujourd'hui !

temps de rêverie , et de for^ , et de grâce ! Attendre tous les soirs une robe qui passe !

Baiser un gant jeté !

Vouloir tout de la vie, amour, puissance et gloire!

d'automne. 1 33

Être pur , être fier, être sublime et croire A toute pureté' !

A présent j'ai senti , j'ai vu , je sais. — Qu'importe ? Si moins d'illusions viennent ouvrir ma porté

Qui gémit en tournant !

Oh ! que cet âge ardent, qui me semblait si sombre, A côté du bonheur qui m'abrite à son ombre ,

Rayonne maintenant !

Que vousai-je donc £iit, ornes jeunes années !

Pour m'avoir fui si vite et vous être éloignées

Me croyant satisfait?

Hclas î pour revenir m'apparaitrc si belles ,

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