‹ Les feuilles d'automne (volume 5)Chapitre 12 sur 30 · JESUS · texte numérisé non relu

JESUS

Laisses. — Tous ces enfans sont bien là. — Qui vous dit Que la bulle d'azur que mon souffle agrandit

iÀO LES FEUILLES

A leur souffle indiscret s' écroule?

Qui vous dit que leurs voix, leurs pas, leurs jeux, leurs cris Effarouchent la muse et chassent les périls?.... —

Venez , enfans , venez en foule !

Venez autour de moi; riez , chantez , courez ! Votre œil me jettera quelques, rayons dorés ,

Votre voix charmera mes heures.

C'est la seule en ce monde, où rien ne nous soUrit,* Qui vienne du dehors sani troubler dans l'esprit

Le chœur des voix intérieures !

Fâcheux ! qui les vouliez écarter ! — Croyez*¥Ous Que notre cœur n'est pas plus serein et plus doux

d'automne. 141

Au sortir de leurs jeunes rondes?

Croyet-vous que J'ai peur, quand je vois, au milieu De mes rêves rougis ou de sang ou de feu ,

Passer toutes ces tètes blondes ?

La vie est-elle donc si charmante à vos yeux Qu'il faille preïerer à tout ce bruit joyeux

Une maison vide et muette ?

N'otez pas , la pitié même vous le défend , Un rayon de soleil, un sourire d'enÊmt

Au ciel sombre , au cœur du poète I

— <c Mais ils s'effaceront à leurs bruyans ëbats , )> Ces mots sacrés que dit une muse tout bas ,

» Ces chants purs où l'ame se noie !....» — Et que m'importe à moi , muse , chants y vanité' , Votre gloire perdue et Fimmortalitë ,

Si j'y gagne une heure de joie !

La belle ambition et le rare destin !

Chanter! toujours chanter pour un .écho Imntain !

Pour un vain bruit qui passe et tombe !

Vivre abreuve de fiel , dWertume et d'ennuis ! Expier dans ses jours les rêves de ses nuits !

Faire un avenir k ^a tombe !

Oh ! que j'aime bien mieux ma joie et mon plaisir ^ Et toute ma famille avec tout mon loisir ,

d'automne. 1 Kf

Dût la gloire ingi:ate et frivole^ Dussent mes vers , troubles de ces ris famQiers , S'enfuir ^ ccmune devant un essaim d'ëeoliers

Une troupe d'oiseaux s'envole I

Mais non. Au milieu d'eux rien ne s'eVanouit. L'orientale d'or plus riche épanouit

Ses fleurs peintes et ciselées ) La ballade est plus fraîche, et dans le ciel grondant L'ode ne pousse pas d'un souffle moins ardent

Le groupe des strophes ailées !

Je les vois- reverdir dans leurs jeux éclatans,

Mes hymnes parfiimés comme un champ de printemps..

iJU LES FEUILLES

VOUS j dont Famé est ëpuisée , mes amis , Tenfance aux riantes couleurs Donne la poésie ii nos Vers , comme aux fleurs

L'aurore donne la rosée !

Venez, enfans ! — A vous jardins, ^x)urs, escaliers ! Ébranlez et planchers , et plafonds , et piliers !

Que le jour s'achève ou renaisse, Gourez et bourdonnez comme Pabeille aux champs ! Ma joie et mon bonheur et mon ame et mes chants

Iront où vous irez , jeunesse !

Il est pour les cœurs sourds aux vulgaires clameurs D'harmonieuses voix , des accords , des nuneurs ,

d'automne. 145

Qu'on n'entend que dans les retraites , Notes d'un grand ccHicert interrompu souvent , Vents, flots, feuillesdebois,bruitsd(mtranieenrêyant

Se fait des muâques secrètes !

Moi, quelque soit le inonde, et rhomme, et l'avenir. Soit qu'il faille oublier ou se ressouvenir.

Que Dieu m'afflige ou me console , Je ne veux habiter la cité des vivans Que dans une maison qu'une rameur d'enfans

Fasse toujours joyeuse et folle.

De même , si jamais enfin je vous revois ,

Beau pays , dont la langue est faite pour ma voix ,

146 LES FEUILLES d'aUTOBINE.

Dont mes yeux aimaient les campagnes , Bords où mes pas enfiems suivaient Nap<^^n ^ Fortes villes du Cid ! ô Valence , 6 Léon ,

Gastille , Aragon , mes Espagnes !

Je ne veux traverser vos plaines , vos cit^s , Franchir vos ponts d'une arclie entre deuxmonts jetés,

Voir vos palais romains ou maures , Votre Guadalquivir qui serpente et s'enfuit , Que dans ces chars dores qu'emplissent de leurbruit

Les grelots des mules sonores!

Mai 1830.

Whcre should I sleer?

— Byron. —

xS^

Quand le livre où s'endort chaque soir nia pensée^ Quand Taii* de la maison , les soucis du foyer.

. i 50 LES FEUILLES

Quand le bourdonnemeot de la ville insensée Où toujours on entend quelque chose crier,

Quand tous ces mille soins de misère ou de fête Qui remplissent nos jours, cercle aride et borne, Ont tenu trop long-temps, comme un joug sur ma tête, Le regard de mon ame à la terre tourne';

Elle s*ëchappe enfin , va, marche , et dans la plaine Prend le même sentier qu'elle prendra demain , Qui Tegare au hasard et toujours la ramène , Gomme un coursier prudent qui connaît le chemin.

Elle court aux forêts , où dans l'ombre induise Flottent tant de rayons , de murmures , de voix ,

d'automne. 151

Trouve la rêverie au premier arbre assise y Et toutes deux s'en vont ensemble dans les bois !

Juin t830.

Flcbik D«scio quid.

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