OVID
Oh ! pourquoi te cacher? Tu pleurais seule ici. Devant tes yeux rêveurs qui donc passait ainsi ?
Quelle ombre flottait dans ton ame? Était-ce long regret ou noir pressentiment , Ou jeunes souvenirs dans le passé dormant ,
Ou vague ûûblesse de fenmie?
Yoyais-tu fuir dëjà Tamour et ses douceurs , Ou les illusions , toutes ces jeunes sœurs
Qui le matin , devant nos portes , Dans l'avenir sans borne ouvrant mille chemins , Dansent, des fleurs au front et les mains dans les mains y
Et bien avant le soir sont mortes?
Ou bien te venait-il des tombeaux endormis Quelque ombre douloureuse avec des traits amis ,
d'automne. 1 57
Te rappelant le peu d'annëes , Et demandant tout bas quand tu Tiendrais le soir Prier devant ces croix de pierre ou de bois noir
Où pendent tant de fleurs fanées?
Mais non , ces visions ne te poursuivaient pas. Il suffit pour pleurer de songer qu'ici-bas
Tout miel est amer^ tout ciel sombre y Que toute ambition trompe l'effort humain , Que l'espoir est un leurre , et qu'il n'est pas de main
Qui garde l'onde ou prenne l'ombre î
Toujours ce qui là-bas vole au gré du zépbir
Avec des ailes d'or, de pourpre et de saphir,
Nous fait courir et nous devance ; , Mais adieu l'aile d'or, pourpre , émail , vermillon ^ Quand l'enfant a saisi le fréle papillon ,
Quant rkomme a pris son espérance !
Pleure. Lespleurs vont bien , même auboidieur ; tes chants Sont plusdoux dans les pleiirs ; tes yeux purs et toucbans
Sont fius beaux qusnà tu les essuies.
L'été , quand il a plu , le champ est plus vermeil , Et le ciel fait briller plus firais au beau soleil
Son azur, lavé par les pluies!'
Pleure conune Rachel , pleure comme Sarâ.
On a toujours souffert ou bien on souffrira.
d'automsix* 1 59
Malheur aux iasensés qui rient J Le Seigneur nous rdève;i^rs que nous toBibons. Car il piéfoe encore le& malhevceux aux bons ,
Ceux qui pleurent à ceux qui prient . *
Pleure afin de savoir ! Les lànaes sonl un don. Souvent les pleurs y après rerreiur et l'abandon ,
Raniment nos forces brisées.
Souvent l'ame, sentant, au doute qui s'enfuit , Qu'un jour intérieur se lève dans sa nuit ,
Répand de ces douces rosi^ !
Pleure) mais tu (aàs bien , cache-toi pour pleurer. Aie un asile en toi. Pour t'en désaltérer,
Pour les savourer avec charmes , Sous le riche dehors de ta prospérité , Dans le fond de Um cœur, comme un firuit pour Tëté , * Mets à part top trésor de larmes !
Car la fleur, qui s'ouvrit avec l'aurore en pleurs,^ £t qui fait à midi de ses belles couleurs
Admirer la splendeur timide , Sous ses corolles d'or, loin des yeux importuns , Au fond de ce calice où sont tous ses parfums ,
Souvent caché une perle humide!
Juin 1830.
Sed salis rst jam poue mori.