‹ Les feuilles d'automne (volume 5)Chapitre 2 sur 30 · A M, LOUIS B · texte numérisé non relu

A M, LOUIS B

Louis , quand vous irez , dans un de vos voyages , Voir Bordeaux, Pau , Rayonne et ses charmans rivages, Toulouse la romaine , où dans des jours meilleurs J'ai cueilli tout enfant la poe'sie en fleurs ,

Passez par Bloisi — ^Et là, bien volontiers sans doute, Laissez dans le logis vos compagnons de route, Et tandis cpi^ils joueront , riront ou dormiront , Vous , avec vos pensers qui haussent votre front, Montez à travers Blois cet escalier de rues Que n'inonde jamais la Loire au temps des crues; Laissez là le château , quoicpie sombre et puissant , Quoiqu'il ait à* la face une tache de sang; Admirez, en passant, cette tour octogone Qui fait à ses huit pans hurler une gorgone y Mais passez. — Et sorti de la ville , au midi , Cherchez un tertre vert, circulaire , arrondi. Que surmonte un grand arbre, un noyer, ce me semble, Gomme au cimier d'un cas(pie une plume q[ui tremble. Vous le reconnaîtrez , ami; car tout rêvant , Vous l'aurez vu de loin sans doute en arrivant.

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Sur le tertre monte, <pie la plaine bleuâtre , Que la ville étagëe en long amphithéâtre y Que Feglise, on la Loire et ses voiles aux vents, Et ses mille archipels plus que ses flots mouvans , Et de €hambord là4>as au loin les cent tourelles, Ne ùssent pas voler votre pensée entre eUes.

Ne levez pas vos yeux si haut que l'horizon , Regardez à vos pieds. —

Louis , cette maison Qu'on voit, bâtie en pierre cl d'ar&nses couverte, Blanche et carrée, au bas de la colline verte , Et qui , fermtée à peine aux regards étrangers , S'^anouil charmante entre ses deia vergers ,

C'est Ifi. — Regardez bien : c'est le toit de mon père. C'est ici qu'il s'en y int dormir après la guerre , Celui que tant de fois mes vers vous ont nomme', Que vous n'avez pas vu, qui vous aurait aimé!

Alors , ô mon ami , plein d'une extuse amère , Pensez pieusement, d'abord à votre mère Et puis à votre sœur , et dites : « Notre ami » Ne reverra jamais son vieux père endormi !

» Helas ! il a perdu cette sainte deïense

» Qui protège la vie encore après l'enfance ,

» Ce pilote prudent , qui pour dompter le flot

» Prête une expe'rience au jeime matelot!

» Plus de père pour lui ! plus rien qu'une mémoire !

» Plus d'auguste vieillesse à couronner de gloire î

d' AUTOMNE. 1 T

y> Plus de récits guerriers ! plus de beaux'dieveux blancs

» A faire caresser par les petits enfans!

» Helas ! il a perdu la moitié de sa vie ,

» L'orgueil de foire voir à la foule ravie

» Son père , un vétéran , un gênerai ancien !

» Ce foyer où Ton est plus à Taise qu'au sien ,

» Et le seuil paternel qui tressaille de joie

» Quand 4;fi ûls qui revient le chien fidèle aboie !

T> Le grand arbre est tombe'. Resté seul au vallon » L'arbuste est désormais à nu sous Taquilon. m Quand Faïeul disparaît du sein de la famille y » Tout le groupe orphelin, mère, enfant, jeune fille, » Se raDie inquiet autour du père seuil ^ » Que ne dépasse plus le front4)lanc de Taïeul. » Cest son tour maintenant. Du soleil, de la pluie, » On s'abrite à son ombre , à sa tige on s^appuie.

» C'est à lui de reiUer , d'enseigner , de souffrir^ » De travailler pour tous , d'agir et de mourir !

» Voilà que va bientôt sur sa tête vieillie » Descendre la sagesse, austère et recueillie; » Voilà que ses beaux ans s'envolent tour à tour » Emportant l'un sa joie et l'autre son mnour , » Ses songes de grandeur et de gloire ingénue , » Et que pour travailler son ame reste nue , » Laissait là Tespâ^ance et les rêves dorés , » Ainsi que la glaneuse , alors que dans les prés » Elle marcbe , d'épis emplissant sa corbeille , » Quitte son vêtemetrt de fête de la veille!

» Mais le soir, la glaneuse aux branches d'un buisson » Reprendra ses atours, et cbantant sa cbanson » S'en reviendra parée,. et belle, et consolée; » Tandis que cette vie , âpre et morne vallée ,

» N'a point de buisson vert où Ton retrouve un jour » L'espoir, l'illusion, l'innocence et l'amour!

ù II continuera donc sa tâche commencée, » Tandis que s^ famille , autour de lui pressée , » Sur son front , où des «tins s'imprimera le cours , » Verra tcmi^r sans cesse et s'amasser toujours , » Gomme les feuilles d'arbre au Tent de la tempête, V Cette neige des jours qui blandiit notre tête !

» Ainsi du vétéran par la guen*e épargne' ,

9 Bien nie reste à son fils , muet et résighé,

» Qu'un tombeau vide, et toi, la'maison orpheline

» Qu'on voit blanche et carrée au bas de la coUine,^

» Gardant, comme un parfum dans le vase resté,

?> Un air de bienvenue et d'hospitalité!

^ L^ F£UILL£S

» Un sépulcre à Paris ! — de pierre ou de porphyre ,

» Qu'importe I les tombeaux des aigles de l'empire

» Sont auprès. Ils sont là tous ces vieux généraux

» Morts un jour de victoire en anti<pies héros y

» Ou, regrettant peut-être et canons et mitraille y

» Tombés à la tribune , autre champ de bataiUe.

» Ses fils ont déposé sa cendre auprès des leurs,

» Afin qu'en l'autre monde , heureux pour les meiUeurs,

» Il puisse converser avec ses frères d'armes^

» Car sans doute ces chefs, pleures de tant de larmes,

» Ont là-bas une tente. Ils y viennent le soir

» Parler de guerre } au loin, dans l'ombre, ils peuvent voir

» Flotter de l'ennemi les enseignes rivales^

» Et l'empereur au fond passe par intervalles.

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» Une maison à Blois ! — riante , quoique en deuil ,

» Élëgante et petite , avec un lierre au seuil ,

» Et qui fait soupirer le voyageur d*envie

» Gomme un charmant asile à reposer sa vie ,

» Tant sa neuve ùçade a de fraîches couleurs y

» Tant son front est caché dans Fherbe et dans les fleurs !

» Maison ! sépulcre I hélas ! pour retrouver quelque ombre » De ce père parti sur le navire sombre , » Où Êiut-il que le fils aille égarer sts pas?... — » Maison / tu ne l'as plus ! tombeau , tu ne l'as pas ! »

Juin 1830.

Digitizêd by VjOOQ IC

Prasbete anrcf, tm qui oontinctis muhitadinefl et placctû yohu in tarins nationnm f qnoniam non costoditiû legcm jujtiti», neqoc secondùm volantatem Dei ambnlâftû.

— Sap. 6. —

atramiB irra tammamt a movot un» »oi.

Voitures et chevaux à grand bruit, Fautre jour, Menaient le roi de Naple au gala de la cour.

J'étais au Carrousel, passant , avec la foule Qui par ses trois guichets incessamment s'écoule

Et traverse .ce lieu quatre cents fois par an Pour regarder un prince ou voir l'heure au cadran. Je suivais lentement, comme l'onde suit l'onde, Tout ce peuple , songeant qu'il était dans le monde, Certes , le fils aine' du vieux peuple romain , Et qu'il avait un jour, d'un revers de sa main , Déracine du sol les tours de la Bastille.

Je m'arrêtai : le suisse avait fermé la grille.

Et le tambour battait, et parmi les bravos Passait phaque voiture avec ses huit cbevaux. La fanûure emplissait la vaste cour, jonchée D'offîciers redressant leur tête empanachée; Et les royaux coursiers marchaient sans s'étonner, Fiers de voir devant eux des drapeaux s'incliner. Or, attentive au bruit, une femme, une vieille. En haillons, et portant au bras quelque corbeille ,

d'automne. 27

Branlait son chef ridé, dfedit à haute voii i

— Un roi ! sons Fempereur, j'en ai tant vn, des rois !

Alor^ je ne vis plus des voitures dorées La haute impériale et les rouges livrées, £t tandis que passait et repassait cent fois Tout ce peuple inquiet, plein de confuses voix , Je rêvai. Cependant la vieille ver« la Grève Poursuivait SOU chemin en me Isussànt moki rêve , Gomme l'oîtean qui va, da&s la toôt lâché.

Laisse trembler la feuille où son aile a touché.

Oh ! disais-jc y la înain sur mon front étendue , Philosophie, au bas du peuple descendue f Des petits sur les grands grave et hauuin regard ! Où ce peuple est venu, le peuple arrive tard;

S8 LES FEUIIXBS

Mais il est arrivé. Le ydMà qui dëdatgae!

Il n'est rien qu'il admire , ou qu'il aime , ou qu'il craigne.

Il sait tirer de tout d'austëres jugemens ,

Tant le marteau de fer des grands ëvénemens

A y dans ces durs cerveaux qu'il façonnait sans cesse,

Gomme un coin dans le chêne , enfoncé la sagesse !

II s'est dit tant de fois : — Où le monde en est-il ? Que font les rois? à qui le trône? à qui l'exil? — Qu'il médite aujourd'hui conme un juge suprême, Sachant la fin de tout, se croyant en soi-même Assez fort pour tout voir et pour tout épargner, Lui qu'on n'exile pas et qui laisse régner!

La cour est en gala! pendant qu'au-dessous d'elle, Gomme sous le vaisseau l'océan qui chancelle ,

d'automne. 29

« Sans cesse remue, gronde un peuple profond

Dont nul regard de roi ne peut sonder le jfbnd.

Dëmence et trahison qui disent sans relâche : — roi&, vous êtes roisi confiez votre tâche Aux mille bras dorés qui soutiennent vos pas. Dormez, n'apprenez point et ne méditez pas, De peur que votre front, qu'un prestige environne, Fasse en s'élargissant éclater la couronne! —

rois, veillez, veillez! tâchez d'avoir régné. Ne nous reprenez pas ce qu'on avait gagné ^ Ne £ûtes point , des coups d'une bride rebelle , Cabrer la liberté qui vous porte avec elle^ Soyez de votre temps ^ écoutez ce qu'on dit; Et tâchez d'être grands , car le peuple grandit !

50 LES FKUlLIiES

Écoutez, écoutez, à Thorizon immense, Ce bruit qui parfois tombe et soudain reconmience, Ce murmure confus , ce sourd .frëmissement Qui roule et qui s'accroît de moment en moment. C'est le peuple qui vient ! c'est la haute marëe Qui monte incessamment , par son astre attirée. Chaque siècle , à son tour , qu'il soit d'or ou de fer. Dévore' comme un cap sur qui monte la mer.

Avec ses lois , ses mœurs , les monumens qu'il fonde, Vains pb^cles qui font à peine écumer l'onde , Avec tout ce qu'on vît et qu'on ne verra plus , Disparaît ^ous ce flot 'qui h'à pas de reflux! Le sol toiqours s'en va, le flot toujours s'élève. Malheur à qui le soir s'atarde sur la grève , Et ne demande pas au pêcheur qui s'enfuit D'où vient qu'à l'horizon on entend ce grand bruit!

d'automne. 51

Rois, hâtez-vous ! rentrez dans le siècle où nous sommes, Quittez l'ancien rivage! — A cette mer des hommes Faites place, ou voyez si vous voulez périr Sur le siècle passé que son flot doit couvrir!

Ainsi ce qu'en passant avait dit cette fen^e Remuait mes pensers dans le fond de mon ame, Quand un soldat soudain , du poste détache'^ Me cria : — Compagnon , le soleil est couche'.

18 mai 1830.

De todo. Dada. De todos, i — CALOERON. —

>Quc t'imp<»te , mon cœur, ces naissances des rois, Ces victoires qui font Mater à h £)is

Cloches et canons en ydëes , Et leuer le Seigneur en pompeux appareil,

Et la nuit, dans le ciel des villes en éveil, Monter des gerbes ëtoilëes !

Porte ailleurs ton regard sur Dieu seul arrêté ! Rien ici-bas qui n'ait en soi sa vanité :

La gloire fuit à tire d'aile^ Couronnes , mitres d'or , brillent, mais durent peu^ Elles ne valent pas le brin d'herbe que Dieu

Fait pour le nid de Tbirondelle !

Hélas! plus de grandeur contient plus de néant! La bombe atteint plutôt l'obélisque géant

Que la tourelle des colombes.

C'est toujours par la mort que Dieu s'unit aux roisf

d'automne. 37

Leur couronne dorée a pour faîte sa croix , Son temple est pave de leurs tombas.

Quoi ! hauteur de nos tours , splendeur de nos palais, Napoléon , Ce'sar , Mahomet , Pe'riclès ,

Rien qui ne tombe et ne s'efface !

Mystérieux abîme où l'esprit se confond!

A quelques pieds sous terre un silence profond ,

Et tant de bruit à la surface !

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