‹ Les feuilles d'automne (volume 5)Chapitre 25 sur 30 · LIS FEUILLES · texte numérisé non relu

LIS FEUILLES

Tourbillonne, jojevkX, dais FoHlnre où tu té plonges, S'efiarouche à ton souffle, et p«is reyièntencor; Et tu rouvres enfin tes yeux divins que j'aime , En même temps que l'aube , œil céleste elle-même , Entr'ouvrc à l'horizon sa paupière aux cils d'or !

Mais eux , si tu savais de quel sommeil ils dorment ! Leurs lits sont froids et lourds àleurs os qu'ils déforment. Les anges autour d'eux ne chantent pas en chœur. De tout ce qu'ils ont fait le rêve les accable. Pas d'aube pour leur nuit ; le remords implacable S'est fait ver du sépulcre et leur ronge le cœur.

Tu peux avec un mot , tu peux d'une parole ,

D'AUTaMNE. » 1 59

Faire fte le remords prenoie une ^Ae et s'envole! Qu'une douce cludeur réjouisse leurs os !

Qu'un rayoi touche ensor leur pau]^ère rayie. Et qu'il leur Tienne un bmil: de luBMière et de yie, Quelque i^ose des vems , des fonêts et des eaux !

Oh ! dis'ffioi , «piand tu ras , jeune et déjà pensive , Errer au bord d'im flot qui se plaint sur sa rive ^ Sous des arbres dont l'onze emplit l'ame d'^Eroi^ Parfois j dans les soupirs de l'onde et de la baîse , N'entends-to pas de souffle et de voix qui te dise : — Enfant ! quandvous prières, priere^-vous pas pour moi ? ■

C'est la plainte des morts! — Les morts pour qui l'on prie

Ont sur leur lit Ae terre une herbe plus fleurie.

Nul dëmon ne leur jette un sourire moqueur.

Ceux q[u'on oublie, helas ! — leur nuit estfroide et sombre ,

Toujours quelque arbre affireux,qui les tient sous son cmbre^

Leur plonge sans pitié ses racines au cœur !

Prie! afin que le père, et l'oncle et les aïeules , Qui ne demandent plus que nos prières seules , Tressaillent dans leur tombe en s'entendant nommer, Sachent que sur la terre on se souvient encore , £t comme le sillon qui sent la fleur éclore , Sentent dans leur œil vide une larme germer !

d'automne, 161

Ce n'est pas à moi , ma coloml)e , De prier pour tous les mortels , Pour les vivans dont la foi tombe , Et pour ceux qu'enferme la tombe ^ Cette racine des autels î

Ce n'est pas moi dont l'ame eSt vaine ,

Pleine d'erreurs , vide de foi ,

Qui prierais pour la race bumaine ,

1M LSS ffXVILLSS

Puisque ma yoix suffit k peine , Seigneur, à yo^s prier pour moi !.

Non y si pour la terre mcfchante Que]<{u'un peut prier aujourd'hui , C'est toi , dont la parole chante , C'est toi ! ta prière innocente , Ënùnt y peut se charger d' autrui !

Ah ! demande à ce père auguste Qui sourit à ton oraison Pourquoi l'arbre étouffe l'arbuste ^ Et qui fait du juste à l'injuste Chanceler l'humaine raison ?

D AUTOlttNE^.

DemaBde-liû si la sages&e N'appartient qvih réternite?

Pourcpioi son souffle nous abaisse ?

Pourquoi dans la tombe sans cesse Il effeuille Thumanite' ?

Pour ceux que les vices consument, Les enfans veillent au saint lieu ; Ce sont des fleurs qui le parfument , Ce sont des encensoirs qui fiiment , Ce sont des voix qui vont à Dieu !

Laissons faire ces voix sublimes.

Laissons les enfans à genoux.

Pécheurs ! nous avons tous nos crimes^

Nous penchons tous sur les abîmes , L*enfance doit prier pour tous !

Gomme une aumône , enfant , donne donc ta prière A ton père, à ta mère, aux pères de ton père^ Donne au riche à qui Dieu refuse le bonheur, Donne au pauvre, à la veuve, au crime, au vice immonde, Fais en priant le tour des misères du monde ^ Donneà tous! donne auxmorts! — Enfindonne au Seigneur !

« — Quoi ! muimure ta voix qui veut parler et n'ose ^

d'automne. 165

» Au Seigneur, au Très-Haut, manque-t-41 (pielque chose ?

» Il est le saint des saints , il est le roi des rois !

» n se fait des soleils un cortège suprême !

» n fait baisser la voix à l'océan lui-même !

» Il est seul I il est tout! à jamais ! à la fois ! » —

Enfant, quand tout le jour vous ayez en fsunille , Tes deux irhies et toi , joue sous la charmille , Le soir vous êtes las , vos membres sont plies , Il vous faut un lait pur et quelques noix frugales , Et , baisant tour à tour vos têtes inégales , Votre mère à genoux lave vos faibles pieds.

Hë bien ! il est quelqu'un daps ce Àonde où nous sommes

iijÔ LES FEUILLES

Qui lout le jour aussi marche panm les hommes ,

Senrant et consolant , k toute heure ^ en tout lieu ,

Un bon pasteur fui suit sa brebis ^arée ,

Un pèlerin qid vu de contrée en contrée.

€e passaut , te pasteur, ce pèlerin , c'est Dieu I

Le soir il est bien las ! il iaut pour (pi'il sourie , Une ame qui le senre, un en&nt qui le prie y Un peu d'amour I toi , qui ne sais pas tromper, Perte4ui ton cœur plein d'innocence et d'extase. Tremblante «t l'œil hmsé , comme un précieux ya^e Dont on craint de laisser une goutte échapper !

Porte-lui ta prièrent quand, à quelque flamme

x^'aittoiine. 167

Qui d'une chaleur douce emplira ta jeune ame , Tu verras qu'il est procke, alors , ô mes bonheur, mon en£aint !, sans craindre af&ent Ai lafflerie , Verse , comme autrefois M«tke j sasùst det Marie , Verse tout ton parfum sur le& pieds du Seigneur !

O myrrhe ! ô cinname !

Nard cher aux ëpoux!

Baume ! ëther ! dictame I De l'eau , de la flamme , Parfums les plus doux !

Prés que Tonde arrose !

Vapeurs de l'autel !

Lèvres de la rose Où Fabeille pose Sa bouche de miel !

Jasmin! asphodèle!

Encensoirs flottans !

Branche verte et frêle Où fait rhirondeUe Son nid au printemps !

Lis que fait ëdore îiC frais arrosoir!

d'automne. 169

Ambre que Dieu dore !

Souffle de Faurore*.

Haleine du soir !

Parfiim de la sève Dans les bois mouvans !

, Odeur de la grève Qui la nuit s'élève Sur l'aile des vents !

Fleurs dont la chapelle Se fait un tre'sor !

Flamme solennelle , Fume'e éternelle Des sept lampes d'or !

170 LES FC17ILLES

Tiges qu'a bqs^ Le tranchant do fer !

Urnes embrasées !

Esprits des rosëes Qui flottez dans l'air !

Fêtes r^ouies D'encens et de bruits !

Senteurs inouies !

Fleurs épanouies Au souffle des nuits !

Odeurs immortelles Que les Ariel ^

d'automne. 171

Archanges fidèles , Prennent sur i«tirs ailes En venant dudiel!

couche première Du premier époux !

De la terre entière , Des champs de lumière Parfums les plus doux !

Dans Fauguste sphère , Parfums , qu'êtes-vous Près de la prière Qui dans la poussière S^e'panche à genoux !

Près du cri d'une ame Qui fond en sanglots , Implore et réclame , Et s'exhale en flamme y Et se verse à flots !

Près de Thumble ofirande D'un enfant de lin Dont l'extase est grande y Et qui recommande Son père orphelin !

Bouche qui soupire, Mais sans murmurer !

Ineffable lyre !

d'automne. 173

Voix qui lait sourire Et qui ùli pleurer [^

Quand elle prie /un ange est debout auprès d'elle , Caressant ses cheyeux des plumes de son aile , En essuyant les pleurs dont son œil est terni , Venu pour Fe'couter sans que l'enfant l'appelle , Esprit qui tient le livre où l'innocente ëpèle , Et qui pour remonter attend qu'elle ait fini.

Son beau front incline sentie un vase qu'il penche

174 Um FEUILLES

Pour recevoir les flols de et «œwr ^ Vëpanche; Il prend toat, pleurs d'aiMiir«tsêiipirs de douleur; Sans changer de nature il s'emplit de cette ame , Comme le pur cristal que notre soif réclame S'emplit ^'eaujusqu'auxbordsians changer de couleur.

Ah ! c'est pour le Seigneur sans doute qu'il recueille Geslaraes gt^itte à ^tte et celts feuille à feuille ! Et puis il reviendra se ranger au saint lieu^ Tenant prêts ces soupirs, ces parfums, cette hakiae^ Pour étandier le soir^ comme lae coupe pleine , Ce grand besoin d'amour , laseuk soif de Dieu !

Enfant , dans ce concert qui tTen l>as le si^ue ^

b' AUTOMNE. 175

La voix par Dieu lui-même entre toutes élue , C'est la tienne , ô ma fille ! elle a tant de douceur. Sur des ailes de flanime elle monte si pure, Elle expire si bien en amoureux murmure Que les vierges ia ciel disent : c'est une sœur !

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