TOME II
18S LES FEUILLES d' AUTOMNE.
Comme elle derant Dieu , tu te tiens devant elle En adoration!
hûa 1830.
xxxvm.
— Clkm. AliEX.-r
PAV,
Si l'on vous dit cpie l'art et que la poësie
C'est un flux éternel de banale ambroisie ,
Que c'est le bruit , la foule attachée à vos pas ,.
Qu d'ui]i salon doré l'oisiye fantaisie ,
Ou la rime en fuyant par la rime saisie , Oh ! ne le croyez pas !
poètes sacrés , ëcheydés , sublimes ,
Allez y et re'pandez vos âmes sur les cimes y
Sur les s(Hnmets de neige en butte aux aquilons y
Sur les déserts pieux où Tesprit se recueille ,
Sur les bois que l'automne emporte feuiUe à feuille ,
Sur les lacs endormis dans l'ombre des vallons !
Partout où la nature est gracieuse et belle , Où rherbe s'épaissit pour le troupeau qui bêle , Où le cKevreau lascif mord le cytise en ieors , Où chante un pâtre assis sous une antique arcade ,
d'automne. 187
Où la bri&e du soir fouette avec la cascade Le rocher tout eti' pleurs ;
Partout oè va la plume et le ûocon de laine ; Que ce soit Ufie niei», que Ce soit une ptaine , Une vieille ftpôt aux liranchalges mouvans , Iles au sdldësé^, lài!$'à^reau salaire, Montagnes , oceafls , lieige ou sablé , oride ou terre , Flots ou siitons ; partout où vont les quatre vents ;
Partout où le couchant grandit Fombre des chênes, Partout où les coteauit croisent leurs molles chaînes , Partout où sont des champs , des moissdns , dés cites y Partout où pètld un fibuit' à la branche épuise'e ,
Partout où Foiseau boit des gouttes de rosée y. Allez y voyez , chantez !
AUez dans les forêts , allez dans les yallées. Faites-vous un concert des notes isolées !
Cherchez dans k nature , ëtalëe à vos yeux y Soit que l'hiver l'attriste ou que l'ëtë l'haie ^ Le mot mystérieux que chaque voix b^aie.
Écoutez ce que dit la foudre dans les cieux !
C'estDieu qui remplit tout. Le monde, c'estson temple, Œuvre vivote, où tout l'écoute et le contemple ! Tout lui parle et le chante. Il est seul , il est un. Pans sa création tout est joie et sourire ;
d'automne. 181>
L'ëtoile qui regarde et la fleur qui respire , Tout est flamme ou parfum !
Enivrez- vous de tout! enivrez-vous , poètes , Des gazons, des ruisseaux, des feuilles inquiètes, Du voyageur de nuit dont on entend la voix , Dé ces premières fleurs dont février s'étonne , Des eaux , de l'air, des prés, et du bruit monotone Que font les chariots qui passent dans les bois [
Frères de l'aigle ! aimez la montagne sauvage-^ Sui^put à ces momens où vient un vent d'orage , Un vent sonore et lourd qui grossit par degrés , Emplit l'espace au loin de nuages et d'oipbres ,
190 hES FEUILLES
Et penche sur le bord des précipices scmbres Les arbres eflforés !
Gootemplez du matin la pureté dirine , Quand la brume en flocons inonde la ravine y Quand le soleil , que cache à demi la forêt , Montrant sur l'horizon sa rondeur ëdiancrée , Grandit comme ferait la coupole dorée D'un palais d'Orient dont on approcherait !
Eniyrez-vous du soir ! A cetteheure où, dans Tombre^ Le paysage obscur, plein de formes sans nombre , S'effiice , de chemins et de fleuyes rayé ^ Quand le mont dont la tête à l'horizon s'élève ,
Semble un géant couché qui regarde et <{ui rêve ) Sur son coude appuyé !
Si vous avez en vous , vivantes et pressées , ^ Un monde intérieur d'images , de pensées , De sentimens , d'amour, d'ardente passion , Pour féconder ce monde , échangez-le sans cesse Avec l'autre univers visible qui vous presse ! Mêlez toute votre ame à la création !
Car, ô poètes saints ! l'art est le son sublime , Simple , divers , profond , mystérieux , intime , Fugitif comme F eau qu'un rien fait dévier, Redit par un écho dans toute créature ,
199 LES FEUILLES d'aUT01INE4
Que sous vos doigts puissans exhale la nature ^ Cet immense dayier !
NoTembrt 1831.
Amor de mi pecho , Peclio de mi amor !
Arbol, qne bas Iiecho Que bas hecho del flor ?