TABLEAU HISTORIQUE
Afin de bien comprendre les allusions politiques qu'on trouve dans les Feuilles d'Automne, il faut se faire quelque idée des opinions et des événements de l'époque, en se gardant, toutefois, d'aucun effort de montrer en détail leur influence sur Victor Hugo.
La Révolution française commença en 1789 et en 1793, lors de l'exécution de Louis XVI, outre les guerres étrangères
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il y avait en France plusieurs révoltes royalistes dont la plus grave était celle de La Vendée. Toutes étaient vaines. Les armes de la France triomphèrent dans toute l'Europe centrale. Napoléon Bonaparte — vainqueur de l'Italie et de l'Egypte (1796-7-8)^ fut rappelé pour faire face à une nouvelle fédération de puissances hostiles. De retour en France il devint Premier Consul avec des pouvoirs presque absolus (1799) pour monter sur le trône comme Empereur en 1804 après les succès de Marengo et de Hohenlinden et la Paix •d'Amiens.
De 1800 à 1814 ce n'est plus les puissances européennes •qui s'efforcent de supprimer la France révolutionnaire. C'est l'Angleterre avec ses alliés qui lutte contre Napoléon, incarnation du militarisme agressif. Par terre la France triompha. La Capitulation d'Ulm (1805), les victoires d'Austerlitz (1806), d'Jéna (1806), de Friedland (1807), et de Wagram (1809) étabUrent un empire plus grand que celui de •Charlemagne, et les idées sociales de la révolution se propageaient dans toutes les contrées de l'Europe occidentale. Cependant l'étoile de Napoléon commençait à sombrer — la retraite de Moscou (1812), la guerre de la Péninsule, et la suprématie de la flotte anglaise amenèrent sa défaite à Leipzig (181 3). L'année suivante il abdiqua, pour revenir en France de son exil à Elba, ressusciter la Grande Armée, et soutenir sa défaite absolue à Waterloo (181 5).
Louis XVni, installé sur le trône par les Alliés, gouvernait •avec plus de modération et plus de mansuétude que ne voulaient les Royalistes extrêmes, bien que l'assassinat du duc de Berry, neveu du roi, donnât le pouvoir à un ministère qui visait à la restauration de toutes les prérogatives de la couronne et de l'église. Les Libéraux formaient de nombreux complots en s'appuyant sur la Carboneria, organisation révolutionnaire, dont les principes se répandirent rapidement -en France, en Allemagne, en Italie et en Espagne. Le roi,
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néanmoins^ refusa de se servir des mesures extrêmes. Louis XVm mourut en 1824 et son successeur, Charles X., se mit résolument à restaurer l'ancien régime. Le parti libéral devenait jour par jour plus fort et le roi porta le coup final à ses propres ambitions (1828) en renvoyant Martignac, ministre honnête et sage, et puis, encouragé par une victoire en Algérie (juin 1830), en essayant de retrancher les libertés du peuple. La Révolution de Juillet en résulta (1830). Philippe, chef de la branche cadette de la famille bourbonne, devint roi. Les pouvoirs du roi furent limités par la constitution. Tandis que Louis XVIII avait donné une charte par grâce on força Louis-Philippe à' accepter une charte comme condition préalable de régner.
La France n'était pas seule à subir une révolution en 1830. Les dogmes de 1789 que nous avons vus parcourir l'Europe à la suite des armes françaises n'étaient pas restés infructueux. L'Allemagne vit beaucoup de changements, ITtalie était bouleversée, en Espagne une révolution se préparait, en Suisse le gouvernement aristocrate échoua, et la Belgique se libéra du joug hollandais.
C'est au milieu de ce chaos d'idées qui s'entre-choquaient que >'ictor Hugo a publié les Feuilles d' Automne. Bien que son père fût général de l'Empire sous Napoléon le poète luimême avait hérité des sympathies royalistes de sa mère qui s'était mêlée à l'insurrection vendéenne de 1793; ^^ ^^22 il avait exalté les institutions mona,rchiques (Odes). Dans le domaine des lettres, cependant, il voulait rejeter les liens de la tradition et de l'antiquité, et tandis que Chateaubriand, Lamennais, Lamartine et Vigny partageaient avec lui la gloire de renouveler la littérature française, ils étaient aussi ses associés à prêcher le Catholicisme, la ^Monarchie, et la réaction politique. Comme nous l'avons vu, les idées réactionnaires n'avaient pas la force de se faire prévaloir. Dans les Feuilles d'Automne donc Hugo renvoie l'idéal mort pour
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en adopter un qui lui apportera plus de succès, plus de bénéfices. Et ce nouvel idéal, qu'est-ce que c'était? D'être le guide de la nation dans la voie de la liberté politique, qu'il avait essayé autrefois de lui barrer, et en même temps de se faire " l'étoile " et " la voix " de l'art littéraire, nouvellement délivré des trames du conservatisme, grâce aux innovateurs dont le poète lui-même était le chef. {Voir missi noie sur I. 54.)