Les feuilles d'érable
La France tout à coup fait gronder ses tonnerres, Et, volcan qui vomit une lave d’airain,
Elle secoue au vent les tours de la Bastille. . . . Et l’astre de juillet à l’horizon scintille,
La sainte liberté rouvre son vol serein.
L’enfant de la nature, aux limites du monde, Rampe sous le fardeau de sa misère immonde : La France à son grand cœur sent la pitié venir. Elle élève la voix. ... et ses missionnaires Vont évangéliser les tribus sanguinaires,
Et font sur les déserts flamboyer l’avenir.
Les grandes nations, que le progrès enivre, Veulent faire tomber tout ce qui peut survivre Des obstacles nuisant à leur fraternité :
Elle prend son compas, son pic et sa truelle. . . Et les monts affolés s’entr’ouvrent devant elle, Et l’océan la suit comme un lion dompté.
La France ! elle défend toutes les causes justes Elle fait respecter partout ses droits augustes ; Elle montre la rive aux générations Qui sillonnent des faits les vagues débordées, Et, superbe ouvrière, elle fond les idées Au creuset tournoyant des révolutions.
La France
Arborant le drapeau royal ou tricolore,
Elle vole au secours de quiconque l’implore,
A tout progrès du siècle elle fraye un chemin Avec le livre, avec le glaive ou la cognée :
Elle tient sur Paris une énorme poignée De rayons éclairant toujours l’esprit humain.
Aussi grande qu’Athène, aussi hère que Rome,
Elle a rempli le monde entier du nom d’un homme, Sonné sur chaque bord son bronze triomphal,
Fait jaillir de son sol mille sources sacrées Où bardes et penseurs de toutes les contrées S'en viennent enivrer leur âme d’idéal.
La France I c’est le cœur qui fait vivre l’Europe, La tête où tout projet vaste se développe,
Le bras où l’opprimé cherche à se cramponner, Le torse qui résiste aux chocs des avalanches. C’est un chêne géant dont on coupe les branches, Mais que l’on ne pourra jamais déraciner 1
Les Feuilles tV Erable
La France ne meurt pas, et, quand elle se couche. Son front garde toujours sa majesté farouche,
Et son vainqueur épie en tremblant son sommeil. Elle demeura grande après le grand désastre,
Et Sedan ne fait pas plus d’ombre sur son astre Que l’aile du vautour sur l’orbe du soleil !
Mais si des conquérants, assoiffés de vengeance, Allaient éteindre un jour le flambeau de la France, Les peuples aussitôt marcheraient à tâtons. . . .
Que dis-je 1 Si jamais ce flambeau se dérobe,
Les feux qu’il a versés à tous les coins du globe Eclaireront encor le ciel des nations 1