A L-O. DAVID
L’érable si haut dans l’espace Dresse son faîte audacieux,
<v)ue le rossignol à voix basse 'S' parle avec l’oiseau des cieux.
Il est plein de sève et de force :
L’ouragan ne peut le plier :
Pourtant les fibres de son torse Sont aussi souples que l’acier.
Il est rugueux comme le chêne Et plus droit que le peuplier.
Une balle l’entame à peine :
Son écorce est un bouclier.
1 1 peut protéger de son ombre Le troupeau le plus populeux :
En été, des oiseaux sans nombre Chantent sur son front onduleux.
Son feuillage, à la mi-septembre,
Au souffle du vent boréal,
Se couvrant d’or, de pourpre et d’ambre. Brille comme un manteau royal.
En avril, le paysan perce Son flanc qu’amollit le dégel :
Par sa blessure l’arbre verse Tout le mois des larmes de miel.
L’Erahle
('es larmes sont une richesse :
Elles t'ont faire bien «les pas,
Mais la ferme est dans la détresse.
Si l’érable ne pleure pas.
Parce qu’il est fécond, on l’aime, Et nos aïeux, dans leur fierté,
Ont pris sa feuille pour l’emblème 1 )e leur nationalité.
Le jour de la Saint-Jean-Baptiste, truand juin, si suave et si sain.
Rayonne comme une améthyste, De joie il sent frémir son sein.
Il est content, l’arbre civique,
Car c’est aussi sa fête à lui.
Pour qu elle soit plus magnifique.
Le beau soleil «l’or plus tard luit.
Les Fe u i,U es d’Erahl n
Ce jour-là, le géant superbe Est honoré comme pas un :
Sur ses pieds les cent fleurs de 1 herbe Répandent leur plus doux parfum.
De chansons et d’aromes pleine, La brise caressante accourt,
Et, le baisant de son haleine, Lui donne des frissons d’amour.
Les oiseaux s’en viennent en fouh Saluer ses beaux rameaux verts, Et dans l’ombre qu’il leur déroule Jusqu’au soir lui disent îles vers.
La jeune fille, folle ou sage,
Pour suivre alors notre drapeau, Fixe sa feuille à son corsage,
Ou bien l'épingle à son chapeau.
L’Erable
Les hommes à leur boutonnière La portent orgueilleusement :
Sous cette étoile printanière Leurs cœurs battent plus librement.
Partout, sur les toits, dans la rue, Brillent ses rameaux éclatants; Et, quand la fête est disparue,
Ils y tiottent encor longtemps.
L’érable est l’arbre d’abondance ; L’Indien l’adorait autrefois;
Et nous l’aimons, connue la France Aime le vieux chêne gaulois.
11 est bon autant que robuste :
11 berce au vent le nid moelleux, Et dépouille sa tête auguste Pour couvrir le gazon frileux.
Il ne garde pas sa toilette,
Comme les sapins, aux jours froids, Pendant qu’auprès la violette Tremble et se souffle dans les doigts.
Il est beaucoup moins égoïste Que le pin au front toujours vert,
Et son cœur d’arbre est souvent triste, Quand l’herbe grelotte 1 hiver.
Après avoir nargué les trombes, 11 se laisse mettre en morceaux, Afin qu’on en fasse des tombes, Ou qu’on en fasse des berceaux.
Pour nous faire vivre, il s’immole:
Lui qui touchait le ciel du front, En mille et mille éclats il vole Sous la hache du bûcheron.
L’Erable
Or le bûcheron vend l’érable. . . .
Et le vieux mort est satisfait,
Si la mansarde misérable A la chaleur du feu qu’il fait.
Sa flamme ardente est son obole.
Et nos pères bien justement Le choisirent comme symbole De la force et du dévoûment !