LES MARINS DE LA JEANNETTE
A .IONKIMI M A U M KTTK
La tiTiv < l’ A i n t • l' i ( j i u * , rn grands cu'urs si féconde, A fourni ces marins dont s’est ému le monde, Dont la science hier a, de son fier Inirin,
Eternisé les noms sur des feuillets d’airain.
Quand ces audacieux, croyant à leur étoile, Eurent à l’àpre vent des mers ouvert lu voile,
Le. s Feuilles d’ Erable
Qu’ils eurent salué les bocages ombreux Du rivage natal décroissant derrière eux, Des cris d’enthousiasme, étrange symphonie, S’élevèrent des bords de la Californie, Chaque peuple d’Europe, ivre d’émotion, Leur jeta du lointain son acclamation.
Explorateurs (pie nul obstacle ne déroute,
Ils s’en allaient frayer une nouvelle route,
Et, comme la France est de tous les grands essais. Leur navire à son flanc portait un nom français.
Pionniers du progrès, orgueilleux de leur rôle,
Ils allaient hardiment, le regard sur le pôle.
Ils espéraient franchir les remous éperdus Qui roulent dans leurs Ilots tant de marins perdus, Et rêvaient de porter la bannière étoilée Plus loin qu’aucune voile encor n’était allée.
Parfois, dans les beaux soirs, ipiand le vent se, taisait, Et que chaque astre d’or dans les vagues luisait,
Les Afuruis (h' la Jeannette
fl!)
Oroupés au | n'< >< l des mats, ils contaient 'les légendes, Ils parlaient du pays des grands bois et des landes. Ils vantaient le soleil de ces bords séduisants ( )ii tant de cœurs émus battaient pour les absents. Bien avant dans la nuit ils causaient sous les voiles, Et, bercés au roulis des flots remplis d’étoiles,
Après que tout causeur dans l'ombre s’était tû,
Ils restaient là pensifs et le front abattu.
Ils songeaient aux dangers de l’océan arctique ;
Ils revoyaient au loin le foyer domestique Où le bonheur naguère encore était serein :
Et des soupirs gonflaient leurs poitrines d’airain Mais l’aube les voyait joyeux à la manœuvre.
Leur dévoûment était aussi grand que leur œuvre.
I tévoûment inut ile !
Hélas! ils ont grossi Le nombre des héros qui n’ont pas réussi,
Ils sont morts, en laissant leur tâche inachevée, Sans pouvoir aborder à la zone rêvée,
Sans atteindre le but splendide et radieux,
Sans qu’une oreille amie ait reçu leurs adieux,
Sous des cieux où l’oiseau n’ouvre jamais son aile,
Au milieu des horreurs de la glace éternelle,
Et l’océan polaire, ignoré du soleil,
Toujours enveloppé d’une nuit sans réveil,
dota durant longtemps son râle et son écume
Aux tombeaux de ces preux endormis dans la brume.
Pour retrouver ses fils et recueillir leurs os,
La patrie en deuil a versé son or à dots;
Kt pendant que, roulés dans les plis du suaire,
Ils ont franchi l’Europe, un long glas mortuaire A tinte dans les cœurs, la bouche des canons A tous les vents du ciel a répété leurs noms, Partout ont résonné les cloches, les fanfares, Londres, Madrid, Berlin ont allumé leurs phares, hjt (.levant les cercueils de ces sublimes fous,
La F rance enthousiaste est tombée à nvnoux ■ Puis son œil a suivi sur 1 Océan qui tonne Les restes des marins dont l’univers s’étonne ;
Et, lorsque l'Amérique a reçu ses héros,
Les Marins de la Jeanne lie
Quand leurs frères, parmi les clameurs, les sanglots, .Sont allés les coucher sous la funèbre voûte,
Porté par des Français, sur le bord de la route Le tricolore au veut déployait son éclat,
La France dans ses fiis était encore là.
Ah ! c’est que cette France admire le courage, Honore les martyrs, sait toujours rendre hommage A tous ceux qui sont prêts à mourir, s'il le faut, Soit au fond d’un désert ou sur un échafaud.
Chaque peuple aujourd’hui connaît la .sombre histoire De ces marins tombés sur un écueil de gloire,
Qui, vaincus, ont au front 1 étoile des vainqueurs,
Et leur longue agonie a navré tous les cœurs.
A l’heure où leur vaisseau, toutes voiles ouvertes, Allait fendre les Hots des immensités vertes,
Plus d'un parmi la foule a souri de pitié De les voir s’arracher aux bras de l’amitié.
Leur bravoure peut-être était de la folie. . . .
Soit ! mais devant celui qui va donner sa vie Pour servir la science, aider l’humanité,
Moi d’amiration je me sens transporté,
Et ceux qui restent droits quand la France s’incline. N’ont jamais rien senti battre dans leur poitrine.