A ERNEST MARCEAU
La nuit d’hiver déjà descend .
La neige tombe tine et drue,
Et sous scs flocons le passant Semble un spectre blanc dans la rue.
Mais le vent se tait cependant,
Et, sous la lumière électrique Dont le beau reflet vif, ardent,
Fait flamboyer les murs de brique,
Une troupe d’enfants flâneurs Ecoute, charmée, ébahie,
Les accords qu’aux gais promeneurs Jette un orgue de Barbarie.
Ces sons, plus ou moins argentins, Sont vendus sous les cieux sans lune Par deux pauvres Napolitains :
Un beau blond, une belle brune.
Le mari, l’air fier, résolu, Tourne, distrait, la manivelle Du vieil orgue d’où sort moulu Le grain d’or de la tarentelle.
Et l’épouse, en quêtant les sous,
Lève un œil noir si plein de flammes,
Qu’elle met sens dessus dessous
Le cœur des hommes et des . femmes.
Un duo
Elle amène au moulin de l’eau Avec son patois qui roucoule, Et la recette, au trémolo De l’orgue soufflé, coule, coule.
Et, pendant que l’Italien Dévide ses sons dans la neige Qui couvre en tombant tout son bien, Il songe au pays du Corrège.
Il songe aux marbres, aux saphirs Reflétant les feux du Vésuve,
Et l’essaim des vieux souvenirs Verse dans son cœur son effluve.
11 rêve. . . . Dans le lointain clair Apparaît pour lui l’Italie Le front ceint d’un bandeau d’éclair, Et sa main quelquefois s’oublie.