AU
HÉ LABEEEE
l)’un amour infini vous brûlez pour l’Eglise.
Par le Hot du progrès vous êtes emporté.
En deux sublimes parts votre âme se divise : E’une appartient au Christ, l’autre à l’humanité.
Emparons- nous du sol ! — voila votre devise,
Et, le front rayonnant d’une mâle fierté,
Vous poursuivez toujours quelque vaste entreprise Pour donner «lu travail au bras déshérité.
Un jour que sur les champs croulait à flots la neige, Y ers la ville on vous vit guider un long cortège Portant aux indigents du bois avec du pain.
Des plus pursdévoûments vous nous donnez l'exemple... Et le peuple en son cœur déjà vous dresse un temple Plus stable qu’un pilier de granit ou d’airain.
A OSCAR MA RT Kl
Quand l’archet palpitant fait ruisseler les sons Du stradivarius pressé sur ta poitrine,
11 coule de ton bras connue une onde divine Qui jette dans les cœurs de sublimes frissons.
Tour à tour sous tes doigts gazouillent les pinsons, Les épis des blés d’or, la source cristalline,
Les bruits mystérieux de la conque marine,
La harpe des roseaux, le clavier des buissons.
Les Fe ailles d’ Erable
O maître ! en t’écoutant on croit que le génie Dans ton âme versa toute son harmonie, Tous les rayonnements sacrés de l’idéal ;
On sent que la nature a bercé ton enfance Aux suaves rumeurs de quelque fleuve immense, Aux concerts des grands bois de ton pays natal.
A KIAtKNIK tkssi eh
Tu ne te suuviens pas d’avoir vu le soleil Qui dore l’horizon, le dot, l’arbre, la pierre,
•Car le destin ferma pour toujours ta paupière, Sitôt qu’elle eut souri dans ton berceau vermeil.
■Or, quand s'évanouit l’éclair de ta prunelle,
Le génie en ton âme alluma son flambeau,
Ht lâeil de ta pensée a vu l’astre du Beau,
Ton esprit, pour l’atteindre, a déployé son aile.
Les Feuilles cV Erable
Et ce que l’onde dit d’enivrant au roseau,
Ce que le hautbois a de divin dans sa note,
Ce que le vent de mai sous les lilas chuchote, Oui, tout cela frémit dans ton gosier d’oiseau.
Comme le rossiçmol dont la chanson se mêle
Aux sonores frissons des feuilles dans la nuit, Tu gazouillas d’abord pour tromper ton ennui, Et ton refrain rendit jalouse Philomèle.
Et bientôt le passant, tout ravi, s’arrêta
Pour savoir (pii chantait dans cette ombre sereine.
Lorsque tu fis un soir ton début sur la scène,
Une acclamation délirante éclata.
Dès ce moment ta main a fait tomber le voile Qui te cachait aux veux des chercheurs d’idéal. Déjà tu fais l’orgueil de ton pays natal,
Et ton nom désormais luira comme une étoile.
A Eugénie Tex-si.cr
M ni. s, malgré tes succès, quand ton trille argentin Fait tressaillir les cœurs, d’une ivresse divine, Parfois un sanglot semble étreindre ta poitrine, Une larme jaillit de ton grand œil éteint.
Tu pleures, le front plein d’une sublime fièvre, L’esprit dans les rayons éblouissants de Part, De ne pouvoir, hélas ' caresser du regard Les milliers d’auditeurs suspendus à ta lèvre.
Kt tu songes toujours (pie c’est payer bien cher Les applaudissements <\e la foule éperdue Que de venir chanter a tâtons et perdue Sous les feux de la rampe aussi vifs (pie l’éclair.
Tu préfères la paix «les humbles villageoises
Qui contemplent les cieux, les prés, les eaux, les bois,
Aux bravos éclatants (pie soulève ta voix,
Au prix de tant d’ennuis, au prix de tant d’angoisses.
Ton cœur saigne souvent en palpitant d’émoi Mais console-toi donc, en songeant, Eugénie, Que l’on a de tout temps vu souffrir le génie, Que le grand Milton tut aveugle comme toi.
■Oui, chante plus gaîment au-dessus de nos fanges Et, quand tu nous fuiras, oiseau mélodieux,
Aux rayons éternels tu rouvriras tes yeux,
Tu mêleras ta voix à l'hosanna des anges !
A eo<HJEIJN
Le jour incessamment luit sur l’Empire anglais, Et, lorsijue le soleil se couche sur le Gange,
La cime de nos monts de teintes d’or se frange, L’aube glisse à travers nos grands bois ses reflets.
De même le soleil de l’art 11e meurt jamais;
Sur chaque siècle il laisse une lueur étrange,
Et, quand un peuple veut l’éteindre dans la fange, 11 s’en va rayonner sur de plus liants sommets.
De soi) plus vif éclat il brille sur la France,
Y fait tout resplendir, et, malgré la distance, Projette sur nos bords son reflet réchauffant :
Et si parfois pâlit sa lumière féconde.
C’est qu’alors de Paris quelque sublime enfant Verse à flots ses rayons à l’autre bout du monde.
A PHILIPPE IIEIiEHT
Ainsi ([lie le poète, ô sculpteur inspiré !
Vous aimez errer seul au bord du flot (pii tonne, A gravir les sommets dont la hauteur étonne,
A suivre, du regard, le nuage doré.
De rêves, comme lui, vous êtes enivré.
Vous tenez à vos pieds le nimbe et la couronne,
Et votre main, toujours sévère, ne les donne Qu’à ceux pour qui l’honneur est un fleuron sacré
Votre front est brûlant d’une sublime fièvre, Et votre ciseau met aux marbres une lèvre Qui chante à l’avenir un immortel refrain.
Oui, de l’art vous avez remporté la victoire, Et tout l’éclat qui luit sur vos héros d’airain Verse sur votre nom le rayon de la gloire !
A (MSTAVK DKOLET
( ’licvnlkT « I < • la Légion d'honneur
La France .sur nos bonis a verse bien du sang.
Nos aïeux, héritiers de sa valeur guerrière,
Ont, luttant pour l’honneur de sa vieille bannière, Kerit avec le glaive un livre éblouissant.
Mais la France, fermant un jour son cœur de mère, Insensible aux sanglots du Canada mourant, —
Aux lèvres de ses preux tendit l'éponge amère,
Kt laissa sans appui 1rs fils du Suint-Laurent.
Nous lui pardonnons tous sa longue indifférence; Nous oublions qu’après tant de jours de souffrance Il nous fallut subir la morgue des vainqueurs,
Quand par-dessus les dots de l’Océan qui gronde Son bras maternel tend des palmes aux grands cœurs Qui combattent pour elle aux bords du nouveau monde.
A FRANCIS IWKK.MAN
Vous avez approche' <lu gouffre délirant Où le flot furieux «lu Montmorency gronde,
Erré sous les arceaux de la forêt profonde Qui se penche au miroir du large Saint- Laurent.
L’Océan vous berça bien des fois sur son onde; Le Cédron vous a vu penché sur son torrent : Et votre esprit glana de l’un a l’autre monde I )«A récits parfumés d’un arôme enivrant.
Les Feuilles cV Erable
De tous vos souvenirs formant de blondes gerbes, Vous avez buriné sur des frontons superbes Les noms’des bords nombreux où vous eûtes accès.
Mais île tous les pays que votre plume vante Celui qui gardera plus fraîche et plus vivante Votre mémoire, c’est le Canada français.