‹ Les feuilles d'érableChapitre 20 sur 33 · MADEMOISELLE · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE

Enfant, as-tu trouva de l’amertuLne au fond Du vase éblouissant qui te versait la vie,

Que tu viens d’écarter tout à coup ton beau front De la foule où naguère on te voyait ravie ?

Si jeune encore, as-tu déjà fait des ingrats As-tu vu s’envoler quelque illusion blonde ?

Le sort ne veut-il plus te bercer dans ses bras Oh ! dis-moi donc pourquoi tu vas quitter le inonde

Quanti les lis au soleil bercent leurs encensoirs,

Que l’oiseau fait son nid, l’herbe commence à croître, Pourquoi, te dépouillant de tes longs cheveux noirs, Cours-tu t’ensevelir vivante dans un cloître ?

Pourquoi rêver devant une tête de mort,

Quand l’arbre parfumé, qu’on nomme la jeunesse, Balançant ses rameaux tout chargés de fruit d’or, Jette au vent des amours ses chansons, son ivresse ?

Qu’importe ton secret !... Tu pars le cœur content; Tu semblés ignorer, de mystères avide,

Que la maison dorée où tu nous charmais tant Sera demain aussi morne qu’un berceau vide.

T’arrachant aux baisers de ta famille en pleurs, Tu franchiras le seuil sacré du sanctuaire,

En toilette de bal, le front chargé de fleurs, Pour aller te coucher sous un drap mortuaire.

A Mademoiselle

Un prêtre, en surplis blanc, aspergera ton corps Qui frémira cl’émoi sous 1 eau sainte qui coule, Et, pendant qu’il lira les versets pour les morts, Des sanglots dans la nef éclateront en foule.

Et tu ne pourras plus porter ton nom si doux : Celui d’une martyre en aura pris la place.

Tu verras le plancher usé par tes genoux,

Et tes traits tins prendront une pâleur qui glace.

Le souvenir mourra dans ton cœur endormi ;

Tu seras pour les tiens, hélas, comme perdue .

Tu fermeras .tes yeux mourants sans qu’un ami Puisse mettre un baiser sur ta lèvre éperdue.

Moi |c croirais ton cœur a 1 amitié teime,

Je le croirais plus sourd et plus froid que la pierre. Si je ne songeais pas parfois, 1 esprit calmé,

Qu’il faut, pour toucher Dieu, des anges sur la tem

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