IS.S
LES EEITL1ERS
Salut, grands peupliers (pii penchez sur la route Votre feuillage lourd d’enivrantes senteurs, tv) u i bercez sur ma tête une ondoyante voûte Toute pleine d’oiseaux chanteurs !
. l'aime à vous contempler, à l'époque charmante ( )ù le soleil vient tout rajeunir et griser,
Où la brise de mai, mystérieuse amante,
Vous fait frémir sous son baiser ;
Car dans le doux babil de la feuille qui tremble, Dans la chanson du nid sur la branche bercé,
En extase, je crois ouïr chanter ensemble Les voix suaves du passé.
Un soir du mois de juin, à la brise jalouse Dénouant les anneaux de ses cheveux de jais, Elle m’avait suivi sur la molle pelouse
Qu’ombrage votre immense dais.
De vos cimes montaient des chants et des murmures : L’oiseau s’y querellait avec l’écho moqueur. . . .
Nous vînmes nous asseoir tous deux sous vos ramures, Avec le printemps dans le cœur.
Nous causâmes longtemps dans votre ombre sonore. . Elle avait des propos étranges que j’aimais,
Dont le souvenir fait que j’en tressaille encore,
Et que je n’oublierai jamais.
Les Peupliers
< >ui, mes vieux peupliers, sous votre vaste dôme, Quand le printemps sourit, j’aime à venir m’asseoir, Car je crois voir ici le gracieux fantôme De ce temps envolé (pii fut mon plus beau soir.
A M ADEMOISELLE I ). 'I'. . . .
A la joie, au bonheur, enfant, tout vous convie. Nulle ombre ne ternit votre horizon vermeil, Car vous êtes à l’âge où la fleur de la vie Entr’ouvre sa corolle aux baisers du soleil.
Vous êtes le printemps, vous êtes la jeunesse, Vous êtes le rayon, vous êtes le parfum,
La candeur qui fait croire et la voix (pii caresse, L’idole du foyer et l’ange de quelqu'un.
Tandis que bien souvent je penche un front morose Sous le poids des regrets et des souvenirs lourds, Vous, toujours poursuivant quelque illusion rose, D’un tissu de rayons vous faites tous vos jours.
Où je vois un couchant, vous voyez une aurore : Pourtant l’aurore un jour ne vous sourira point. . . . Mais il reste pour vous bien des bonheurs encore : Vous n’êtes qu’en avril, et l’hiver est bien loin.
Sur le bord d'un sentier ombragé de buissons Des thyrses de lilas penchent leur tête lasse ;
La brise et les oiseaux, qui chantent dans l’espace, Viennent y parfumer leur aile et leurs chansons.
Soudain, cheveux au vent, un enfant mutin passe, Poursuivant un essaim de charmants papillons. . . bientôt il voit les Heurs, sur elles fait main basse Et la branche a perdu ses parfums, ses rayons.
Le lilas, c’est pour nous le printemps, lajeunesse Avec tout son arôme et toute son ivresse Qui semblent éternels sous le ciel rayonnant :
Mais un jour le sort passe au sentier de la vie,
Il voit la fraîche Heur dont notre âme est ravie. Et, sourd à nos sanglots, l’emporte en ricanant.
L ,e bosquet reverdit, et l’arbre en bourgeonnant Verse son parfum âcre à la brise mutine : L’herbe rutile aux flancs du coteau rayonnant ; Le papillon voltige, et l’abeille butine.
L’air est lourd des senteurs des lilas enivrants ; Le soprano des bois partout chante et lutine; Kt sur les sillons chauds et les dots odorants Tourbillonne au soleil une brume argentine.
Des vagues de lumière inondent les hameaux ;
De longs frissons d’amour courent sous les rameaux Dont le clavier palpite au vent qui le caresse.
Ainsi qu’une épousée au front rose et vermeil, La terre, rajeunie après son froid sommeil, Promène sur le ciel des yeux noyés d’ivresse.
An