J.-H. ROSNY
Le Millionnaire Les Fiançailles d'Yvonne
4 hors-texte inédits de P. STECK tirés en taille-douce
40 compositions inédites de H. GARUCHET Lettres ornées de G. GRELLET
Jules HOCHE
Confessions d'un Homme de Lettres
Imprimerie de Vaugirard. — Paris.
La paix de Vâme
L#es femmes plus sensibles, moins mêlées à la vie sociale, quittent le monde soit pour chercher, comme Suzanne Delorme, une tendresse immense qui ne déçoit pas, soit pour expier, comme Hermine David, ou pour ne plus voir personne quand une perte cruelle les laisse désemparées, seules, dans l'obligation de recommencer leur vie à un âge où elles n'ont plus rien à donner pour avoir tout offert à un compagnon qui fut célèbre, qu'elles guidèrent, compagnes effacées et tendres, toujours prêtes à comprendre ces grands enfants que sont les hommes créateurs. Ceci est le cas de Mme Paul Adam, le femme du romancier mort en 1920, l'auteur du Culte d'Icare, du Soleil d'Austerlitz, de Soi, entre tant ^|l'autres œuvres, puisqu'il exerça dans^ous les 'domaines son esprit clair, décidé, toujours rapide à discerner la vérité en toutes choses. Du jour au lendemain privée d'un tel compagnon, privée de l'échange d'idées, de la collaboration intime, de l'harmonie parfaite que peut représenter un ménage d'artistes \ quend il est uni, Mme Paul Adam préféra
^ devenir sœur Marie Dominique et entrer dans un couvent du Dauphiné. Elle y est sacristine, c'est-à-dire que chaque jour elle s'occupe de la chapelle, fleurissant de roses ou de chrysanthèmes l'autel immaculé. Elle a créé le prix Paul-Adam, pour aider les enfants de littérateurs qu'elle fait élever par les Dominicaines, s'ils sont dans le besoin. Là-bas, dans sa cellule, toute l'œuvre de Paul Adam l'a accompagnée et, quand elle est seule à atten- ; dre une fin qui ne lui fait pas peur, doucei ment elle feuillette les pages Jaunies, et, des ' mots qui s'animent, naît le visage aimé, son esprit, sa pensée, sa tendresse. Toute la vie de celui qui l'a déjà entraînée dans la mort, une vie chaude, recréée par sa compagne, habite alors les murs nus, glacés, d'une cellule de veuve.
aand l'angélus sonne» quand toutes les ombres noires regagnent à petits pas lents les cellules monacales, quand les visages inclinés vers les poitrines se baissent encore un peu plus par pudeur, pour qu'un voisin n'en voie ni le trouble ni le regret, précaution inutile, chacun ne regardant que son âme, c'est le moment redouté par tous, par toutes : la nuit. La nuit contre laquelle il faudra lutter, s'user pour empêcher à un vent de folie d'apporter du lointain de la vie passée des images chaudes, des souvenirs doux, des rires, dés larmes merveilleuses.
Et c'est long, une nuit, même quand il faut être debout à trois heures pour la première messe.
Lo Bibliothèque
Université d'Ottowq
Échéance
The Librory
University of Ottawa
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