‹ Les fiances d'Albano drame en cinq actesChapitre 18 sur 76 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

LE CHEVALIER

Je ne peux plus loger chez un Frediano.

ERISQCET.

Pourquoi ça, Monsieur?

LE CHEVALIER

Parce que tout à l’heure je me bats avec un petit cousin de mon hôte. Nous devons nous rencontrer au carrefour de la Lroix, à l’entrée des ruine de San-Gaëtano. Je ne m’occuperais pas plus de ce duel-là que des autres, si je me battais a lepéej mais il a choisi la carabine.

La carabine!

le chevalier.

Nous nous battons à quinze pas.

BRISQUET

A quinze pas, miséricorde!., vous êtes mort. Monsieur... Encore un duel !

LE CHEVALIER

Ah! morbleu! je n’ai pas cherché celui-là... Tu sais d ailleurs que je déleste les querelles... mais à moins d’etre un saint...

Mais puis-je savoir...

LE CHEVALIER

Je me promenais dans la campagne... Tiens, je pensais a la belle Stefana, à ses grands yeux noirs... Je me croyais seul... l’entends rire derrière moi... Je me retourne... Je reconnais liovanno Frediano. Je lui demande A* L®

desi plaisant dans ma personne.. «Mais... ceci.. .«répond '!• E , d’une baguette qu’il tenaitàla main, il frappe sur inon paiaso . Comprends-tu cette insolence?., puis il ajoute : « Décidément, sei'Tieur gentilhomme, vous avez peur du feu ; » et il cnoire.mais je ne lui en ai pas donné le temps : bavette eteit

déjà brisée et les morceaux lui en avaient fouette le visaoC... Ai-jc été assez patient, hein?

BRISQUET

Oui, comme toujours.

LE CHEVALIER

Dis-moi, as-tu les caries?

' BRISQUET. , • • O

Des cartes! vous voulez jouer. Monsieur, en plein jour?

LE CHEVALIER. . ^

Sans doutel... je ne veux pas mourir insolvable, et je n ai quô ce moyen de m’acquitter envers toi, toi mon seul i»artner deluiis .. dciuiis que je ne joue plus que sur parole.

' BRISQUET

■ Vous acquitter? Ce sera difficile : vous perdez toujours.

LE CHEVALIER

Oui, et c’est bien étonnant... Crois-tu à la corde de pendu, toi?

LES FIANCÉS D’ALBANO

BRISQUET

Oli! pour ça! oui, Monsieur! et sj j’en avais,..

LE CHEVALIER, tirant un bout de corde de sa poche.

Tiens, en voilà!

BRISQUET, reculant.

Hein ! *

LE CHEVALIER

Depuis cinq ans je la porte sur moi... et je n’y crois pins. '

Cest peut-être une fausse corde de...

LE CHEVALIER

Ah ! elle est authentique, je ia tiens du pendu luUmême,

BRISQUET

Du pendu?

LE CHEVALIER

Oui, un soir, je venais de gagner mille louis au jeu et ije me relirais, lorsque, traversant le parc de Versailles, J’entends du bruit au-de,-sus de ma lèle.. Je regarde : c’était un hçmme qui se déballait cnirc leciel et la terre; je coupe la corde. Le pauvre diable désespéré de ne pouvoir payer une somme, voulait se tuer... J en avais une assez forte dans ma poche, je lui en donne la moitié. «Vous n’avez pas obligé un ingrat!» s’écric-t-il... j’allais meloi^ner; mais, apercevant à la clarté de la lune le bout de lu corde que j avais coupée, je la ramasse, je la mets précieusement dans ma poche, croyant tenir un talisman. Depuis, plus de nouvelle de mon homme, et, ce qu’il y a de pis, plus de gain au ji'u. J ai donc le droit de ne croire ni à la reconnaissance de ceux qu’on oblige, ni à la corde de ceux qui se pendent.

BRISQUET

Pardon, Monsieur, vous vous étiez trompé, puisque le patient n est par mort; ce n'était que de la corde de dépendu.

LE CHEVALIER

Ah! oui... J’aurais dû attendre qne... Ëh bien ! pends-toi un peu, Brisqiiet... et je suivrai ton conseil.,. Et ces cartes?

BRISQUET

Elles sont prêtes, monsieur le chevalier.

Bien... Ah çàl... réglons un peu nos comptes... Je te dois...

BRISQUET

Deux cent cinquante-cinq mille cinq cent cinquante-cinq livres,

LE chevalier.

Diable! j’ai perdu tant que cola?

BRISQUET

Ohl qu’est-çe que ça peut vous faire? Nous jouons sur parole...

LE CaEVALlER.

Apprends, faquin, que, pour un gentilhomme, les dette* de

Digilized by GoogI

Àcn II, sGÊirB nr. . â;i

jeu sont sacrées. {Reg«rd«Di m «««ire.) Je n’ai plus que trentecinq minutes à moi... il faut pourtant que je mv^^uitle... Jouons quitte ou double... mais ça le va-t-il?

BBISQUBT.

Oh! tout me va, Monsieur. (lU t’autbieot.)

LE CHEVALIER

Bals les cartes... Si je gagne ici, j’ai dans l’ide'e que je gagnerai l’autre partie là-bas ?

BRISQUET

Dieu le veuille. Monsieur! (oonnwt le* canes.) Pour moi... pour vous.

LE chevalier, regardant ses cartes.

Aïe! aïe! 11 me faut une dame pour gagner.

BRISQUET

A moi un valet ; et vous dites. Monsieur, que vous avez un pressentiment? Jésus, mon Dieu, si vous alliez perdre!

LE CHEVALIER, qui suit les caries.

11 n’y a donc ni dame, ni valet, dans ce jeu! (srisquot s'arr^ie tout à coup le regardant.) Pourquoi pàlis-tu?

BRISQUET

Ah! Monsieur! (Laissant tomber tes caries.) C’est que...

LE CHEVALIER, regardant les cartes.

C’est un valet! (se Utant.) Allons, les dames m’auront trahi jusqu'à la fin. (Gaiement.) Va préparer ma carabine.

BRISQUET

Votre... Mais vous n’en avez pas.

LE CHEVALIER

Il y en a à choisir... là... dans une galerie... tu m’y attendras. Eh bien?

BRISQUET

Pardon, Monsieur, j’avais à remettre ce billet à la senora Andrea.

LE CHEVALIER

Je m’en charge ; il serait par trop impoli à moi de quitter ce logis sans prendre congé d'elle. Justement la voici. Fais ce que j’ai dit. Ah 1 Brisquet !

Monsieur? <

LE CHEVALIER

Inscris toujours la'’somme sur ton calepin. On ne sait pas ce qui peut arriver.

BRISQUET

Oui, Monsieur. (ll tort par la gauche. Andrea entre par U porte i droite.)

Page 1