‹ Les fiances d'Albano drame en cinq actesChapitre 48 sur 76 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LE CHEVALIER, MARIO

Pauvre Andrea, elle se trompe ; le messager de malheur, c’est moi.

MARIO

Vous, chevalier?

LE chevalier.

Mario ! Mario! c’est notre bonne étoile qui vous a fait arriver ici précisément ce matin... vous seul pouviez apprendre à Andrea...

MARIO

Quoi donc?

LE CHEVALIER

Ab! mon ami! quel pays que le vôtre! je m’étonne qu’il y reste encore un être vivant. Je me tâte en vous parlant, pour m’assurer que je n’ai dans le corps ni balle de caranine ni pointe de poignard. Rref, j'arrivais ici fort embarrassé de la mission qu’on m'avait domice; je comptais un peu sur votre frère Micaël, mais depuis hier personne ne l’a vu. Je me trouvais donc forcé de raconter ntoi-môme la triste nouvelle à Andrea... mais vous voilà, mol! révérend, et ces sortes de révélations vont bien mieux à un franciscain qu’à un cx-licutcnanl des mousquetaires du roi.

MARIO

Le malheur que vous me faites pressentir n’a atteint, n’estce pas, ni mon père, ni Micaël?

LE CHEVALIER

Jusqu’à présent je n’ai pas entendu dire qu’il fût arrivé rien de fâcheux à Micaël. Quant à votre père, il est parti depuis quatre jours; il a dû se rendre jusqu’à la ville pour certaines formalités relatives au’ mariage de votre frère et d’Andrea... mariage forcément ajourné maintenant.

Pourquoi? - . - - -

LES FIANCÉS d’aLBANO.

LE CHEVALIER

Parce qu’avec moi le deuil vient d’entrer dans cette maison, parce que là, dans le petit oratoire ouvrant sur cette galerie, nous avons silencieusement déposé le corps sanglant, inanimé (bïs.) de Paolo Prediano.

MARIO

Le père d’Andrea!

LE CHEVALIER

Assassiné cette nuit à l’entrée des ruines du monastère par un misérable resté inconnu, mais qu’on retrouvera, je l’espère, car l’énergique vieillard, avant d’expirer, a pu saisir sa carabine, faire feu et blesser son meurtrier.

MARIO, à part.

Oh! c’est Prediano queDelmontea frappé!

LE CHEVALIER

Voilà, mon cher Mario, ce qu’il faut que vous appreniez à Andrea. Ah! j’ai pris ce pays en exécration, et je l’aurais quitté aujourd’hui môme, si je ne m’étais imposé le devoir de retrouver et de faire punir l’assassin du digne vieillard qui fut mon hôte et qui m’a dit en expirant : « Vous me vengerez. » Oh ! oui, sur mon honneur de gentilhomme, je retrouverai le misérable. Une blessure d’arme à feu ne se dissimule pas facilement.

MARIO

Qui vous dit que cette blessure n’a pas déjà tué le meurtrier?

LE CHEVALIER

Tant pis, mordieu! il manquerait encore quelque chose à ma satisfaction... une haute et bonne potence pour l’assassin; mourir d’un coup de feu, c’est une mort de gentilhomme et de soldat, une noble mort. Ce qu’il faut, à ce misérable, c’est un supplice de bandit, un supplice honteux, la corde enfin. Oh ! si je peux faire accrocher mon scélérat, je jure bien de le laisser en l’air jusqu’à ce que mort s’en suive, et Brisquet aura, cette fois, une corde de vrai pendu.

MARIO

Andrea!

LE CHEVALIER

Je vous laisse avec elle et vais au-devant du podestat qu’on est allé prévenir. Consolez l’orpheline; moi, s il plaît à Dieu, je vengerai son père.

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