ACTE I, SCÈNE II
N'étes>Tous pas des nôtres ?
LE CHEVALIER
Si fait... mais c'est Monsieur qui n’en sera plus. (ii monire
Pelro.)
PIETRO,afeo dédain.
Moi !
LE CHEVALIER
Monsieur, je suis un homme d'honneur^ et je vous donne ma parole que vous n’en serez plus.
TOUS
Ah! ah!
LE CHEVALIER, arec calma.
J’achève ma proposition. Nous sommes onze Viterbi; envoyons autant de cartels aux Frediano. Demain nous serons vingt-deux sur le pré, vingt-deux bonnes épées qui étincelleront au soleil, qui se croiseront loyalement, et quand elles auront travaillé en tout honneur et eh toute conscience, elles rentreront au fourreau. Puis ce qu’il restera de vivant parmi les Viterbi tendra une main amie à ce qu’il restera de Frediano.
On se donnera le baiser de paix, et la vieille haine sera ensevelie avec ceux qui seront morts dans le combat. Qu’est-ce que vous dites de cela. Messieurs?
VITERBI.
Les nôtres n’ont pas péri en duel, mais en vendetta. Nous . tuerons les leurs comme ils ont tué les nôtres,
LE CHEVALIER
Ah! bon! la vendetta!., des embûches! le guet-apens!..
N’importe de quel côté vienne le coup, pourvu qu'il abatte l’adversaire.
LE CHEVALIER
Mais votre vengeance, nuit et jour à l’affût, est un calcul de lâches...
, TOUS
De lâches !..
VITERBI.
C’est la prudence patiente des hommes qui savent haïr.
LE CHEVALIER
Votre haine, ainsi savourée goutte à goutte, est un poison knt qui consume,
GIACOMO
Vous êtes fou. Monsieur.
LE CHEVALIER
Vous m’ennuyez aussi, vous, dites-donc! (Avec force.) A quoi servent, je vous prie, les tribunaux et les juges avec vos liorribles vendetta, si vous remplacez le magistrat par la carabine et la sentence par le poignard ?
8 ' LES FIANCÉS D’aLBANO.
GIACOMO, lias i un autre.
Décidément ce Français est venu pour nous moraliser, (u
•ourit ]
Dites-donc, vous riez de ce que je viens de dire, vous...
GIACOMO
Moi?..
LE CHEVALIER
Eli! oui, vous riez... je l'ai vu. .
GIACOMO
Du tout, du tout, Monsieur.
LE CHEVALIER
Alors, j’en ai menti?.. Vous m’en rendrez raison.
TOUS
Oh !..
LE CHEVALIER, à part.
Ce sont de vrais sauvages <iue ces gens de la Calabre. (h*ui.J Mais pas un grain de noire lielle civilisation n’a donc pénétre jusqu’à vous? J’arrive, je m’étonne de ccs mœurs féroces, et celui-ci... (Montrant Pinro.) mo forcc de l’appeler en duel! Je veux prêcher la paix, ou du moins conseiller des moyens moins horribles, el celui-là... (Montiam Giacomo.) m'insultc et va me forcer à le tuer!.. Eh bien! puisque ce n’est rien pour vous que la vie d’un homme, puisqu’au lieu d’invoquer les lois et la justice vous ne faites appel qu’au poignard, puisque le sang de vos pareils ne tache pas vos consciences, je ne suis pas des vôtres, et je vous dis : Adieu !.. allons nous battre. Messieurs... (ii va pour
lortir, suivi de Pletro et de Giacomo.)
MICAEL, lui prenant le brai,
Arrêtez... je ne souCFrirai pas...
LE CHEVALIER, se dégageant.
Vous ne souffrirez pas... je vous aime, vous... je ne vous, connais pas encore, mais je vous aime déjà.
MICABL.
Eh bien, je vous supplie, chevalier, de renoncer,..
LE CHEVALIER
Tout ce que vous voudrez, cousin. Messieurs, je renonce à notre duel... (Bas, en passant entre eox deux.) pour Ic moment ; Ce sera pour tout à l’heure.
VITERBI,
Vous blâmez l’àpreté de nos mœurs... vous condamnez nos vengeances... vos duels sont-ils moins coupables que nos vendetta ?
LE CHEVALIER
Allons donc!., on vous a tué votre père ou votre oncle, vous pouvez demander justice, et les tribunaux sont là pour vous la rendre; mais uu homme inc coudoie, ou bien me rit au nez, que diable ! je ne peux pas le traîner devant les tribunaux ; les