ACTE IV, SCÈNE TI
TOCS.
Blessé !
MARIO
Blessé! lu as été blessé?
MICAKL.
Ce n’est rien, mes amis; les soins de mon père m’eurent bientôt ranimé, et nous allions regagner ensemble notre demeure, lorsque nous avons appris l’horrible nouvelle... et nous sommes venus.
LE PODESTAT, interrogeant.
Micaêl, ne deviez-vous pas épouser .\ndrca Frediano 7
MICAEL.
Oui... j’avais la parole de son père.
LE PODESTAT
Et, dans la journée d’hier, vous dites n’avoir jias vu Frediano?
MICAEL.
Je ne l’ai pas vu.
LE PODESTAT
Vous l’affirmez ?
Je l’affirme !
MARIO, allant à Hieatl.
Mais c’est un interrogatoire que vous faites subir à mon frère, et je ne comprends pas...
VITERBI.
Un interrogatoire !
MICAEL, lui prenant la main.
Mario, et vous, mon père, lai.ssez-moi répondre, (au podestat.) Je jure que je n’ai pas vu Frediano !
LE PODESTAT
Et direz-vous au moins la cause de cette blessure?
MARIO
Frère, tu peux nous dire comment tu l’as reçue, n’est-ce pas?
LE CHEVALIER
Parbleu ! un coup de poignard ! il en pleut, dans ce pays-ci.
MICAEL.
Non... c’est une balle qui est venue me blesser à l’épaule.
LF, CHEVALIER.
Et cette balle, qui vous l’avait envoyée?
• MICAEL.
Quelque chasseur maladroit que je n’ai pu voir, et qui ne m’aura peut-être pas aperçu lui-même...
LE PODESTAT
Ainsi, vous ne pouvez désigner personne?
MICAEL.
Personne.
LES FIANCÉS D’ALBANO
MAItIO, à paii.
Mais on le soupçonno, lui! lui !
VITEItni.
Mais qu’iinpoiie, monsieur le podestat, que Micaël sache ou non d’où est partie cette balle? pourquoi exigez-vous qu’il le
dise ?
LE podestat, se Ie»anl.
Pourquoi? parce qu’avant de mourir la victime a déclaré, devant un témoin qui l’atteste, que sou assassin a été blessé...
MICAEL.
Grand Dieu !
VITERBI.
Qui ose dire que mon fils est un assassin?... celui-là a menti.
LF. CHEVALIER, avec force.
Menti... moi !.. (se calmant.) C'est le premier démenti que je reçois, cousin Viterbi... et c’est dur! mais vous avez rai.son de me le donner. Oui, Frediano a blessé son meurtrier; mais tout bles.sé qu’il est# ce n^.st pas Micaël qui a commis ce crime...
MARIO
Non, non, ce n’est pas lui.
MICAEL.
On m’accuse, moi! On m’accuse de ce ce meurtre... de ce crime horrible!.. Moi, le fiancé d’ A ud rca !... j’aurais assassiné celui qui, un moment, m’avait appelé son flls!,. Et après avoir commis cet exécrable forfait... je serais revenu sous le toit de ma victime .. iusulti r à ses mânes, insulter à la douleur de sa fille!., de sa fille orpheline par moi!... Tenez, la voici, elle pleure le père qu’elle adorait... croyez-vous qu’à l’approche du ni( urtrier, toute son Ame ne se révolterait pas... croyez-vous qu’une voix secréte ne crierait pas en elle : « L’assassin de ton père, le voilà!.. » Eh bien ! je vais à elle, je touche sa main, sa main que mon frère devait unir à la mienne... Et maintenant, Andrea, dite.s, dites-leur si vous me croyez coupable!
ANDREA, se jetant dans ses bras.
Non, Micaël, non, mon cœur ne t’accuse pas.
MARIO
Rien, frère, bien! ce n’c.st pas là le jugement des hommes, c’tst le jugement de Dieu.
LE chevalier.
D’ailleurs, mon témoignage ne suffit pas pour le faire condamner.. .je peux me tromper, monsieur le podestat, je peux en vou-' loir à l’accusé... je suis peut-être un faux témoin.
LE PODESTAT
Assez, assez. Monsieur!
Lü) CHEVALIER} à part.
Ail çà! il m’ennuie, ce magistrat.
Mais je vous jure encore...