‹ Les fiancés du SpitzbergChapitre 27 sur 47 · I. Come over tlic sea · texte numérisé non relu

I. Come over tlic sea

"Nlaiden, witli me.

En plaisantant ensuite. Ions deux se mirent en marche ; mais le trajet n'était pas facile. En certains endroits, la ncipe amollie, par nne température inaccoutumée, s'efTondrait sous les |jieds : dans d'autres s'élevaient des blocs de glace qu'il fallait contourner, ou franchir avec précaution pour ne pas glisser. Carine appuyait son bras sur celui du lieutenant, et le jeune amoureux profitait de tous les passages un peu diniciles pour serrer plus étroitement ce bras contre sa poitrine.

Ils allaient ainsi de cà, de là, comme deux oiseaux qui piétinenl an tiasard à travers ciiamps, et de coté cl d'autre ils ne voyaient toujours que la même nappe de neige.

« Adieu, dit Carine, nos rêves de gloire et notre médaille d'or ! Nous ne verrons pas même un des... cominent appelez-vous ces |)lantes dont parle mon compatriote Keilhau ?

— Des phanérogames.

— Phanérogames ! Eli bien, nous n'en découvrii'ons pas même un. C'est pourtant triste d'avoir fait de si beaux projets et de s'être ainsi trompé dans son espoir. Je me rappelle avoir lu, quand j'étais petite, un conte de fées où l'on voit comment un pauvre garçon se mit à la recherche de la fleur qui chante. Etes-vous sur que la prétendue végétation du Spitzberg n'est pas une fable du luême geni'C ?

— La fleur qui chante, répliqua vivement Marcel, n'est pas une fable : c'est la femme que l'on aime et dont on écoule la voix mélodieuse.

— Vous ne répondez pas à ma question, » repartit Carine avec un joli petit sourire d'enfant.

Mais tout à coup elle s'arrêta, et fit une exclamation de joie. Devant elle était un ravin arrosé par un ruisseau de neige fondue, et au bord de ce ruisseau on distinguait des plantes verdoyantes. Elle pressa le pas pour arriver plus vite à rattrayant vallon : c'était pour elle une oasis, et, sur ce sol glacé, une oasis plus étonnante, plus admirable dans sa chétive existence, que celle des arbres iii^ajestueux que Linnée appelait les princes du règne végétal, des palmiers qui s'élancent comme des colonnes de marbre et répandent leurs fruits savoureux dans les sables du désert, ou dans les iles de la Polynésie.

Par un de ces phénomènes de végétation qui surpi'ennent les regards du naturaliste, et doivent être notés comme des exceptions dans les règles de leur statistique, entre deux plateaux couverts d'une neige éternelle, apparaissaient deux bandes de terre, revêtues de

lichen, de cochlearia et de plusieurs espèces de graminées, parmi lesquelles Marcel reconnut quelques agrostides et quelques alopécurus. Une de ces dernières plantes, favorisée spécialement par la place où elle avait germé, s'élevait à un pied de hauteur et dominait comme une reine toutes les autres. Au pied de celte tige audacieuse fleurissait une renoncule pâle et débile, plus faible que la pauvre marguerite de Burns, dont la tète délicate surgissait à peine sur le sein de la terre sa mère '.

(( Oh ! la douce fleur ! s'écria Carine en se penchant vers le sol pour la voir de plus près : je voudrais bien la cueillir ; mais n'est-ce pas un meurtre que de l'enlever à ce ravin qu'elle décore ?

— Elle est née il y a quelques jours, répondit lejeune lieutenant : elle mourra dans quelques jours, peut-être plus tôt, au pi-emier couij de vent ; vous pouvez l'enlever sans remords.

— Eh bien ! je la prends, dit Carine en la cueillant délicatement pour ne pas blesser sa racine, et je la garderai comme une des reliques de mon voyage, comme un souvenir de ma première journée dans la baie Magdeleine.

— D'une journée à jamais mémorable pour moi, s'écria Marcel avec une ardente animation. Oh ! Carine, laissez-moi vous le dire, sur ce désert où la Providence m'a conduit avec vous, sous ce ciel qui nous regarde, dans ce silence où Dieu nous entend : je vous aime ! je vous aime ! »

A ces mots, la jeune fille pencha un instant la tète sur la fleur qu'elle tenait entre ses doigts, puis, relevant son visage dont la pâleur s'était subitement empourprée d'un pudique incarnat, et fixant sur Marcel ses beaux grands yeux noirs, expressifs et francs : « ,Te vous aime, Marcel, murmura-t-elle d'une Toix un peu troublée, mais i-ésolue.

— Mon Dieu !... merci ! Et vous serez à moi ?

— Je serai à vous comme une honnête, fidèle femme, est à son mari.

— Et votre père consentira ?...

— Mon père aussi vous aime et vous estime.

— El vous ne regretterez pas de quitter votre pays pour une terre étrangère ?

— Votre Dieu est mon Dieu, votre peuple est mon peuple, répondit Carine, comme la tendre fille de Noémi.

— Merci encore, merci mille fois ; à vous

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