I. dut verloren, niclits verloren
Mutti verloren, was verloren.
Etir verloren, viol verloren.
Seele verloren, altos verloren.
Skb.vstie-v Brvnd.
n"clail plus la délicak' et tiinidc jouno lilloqui parlait, c'i'lait la IVmnio d'iine boaulc Ultc et d'un caract("'re imposaiil :
« Pardon, dit-il avec l'humililc d'un coupable, et désormais ayez confiance en moi ; désormais, je vous le jure, vous n'aurez plus aucun reproche à me faire.
— J'ai confiance, lui répondit-elle en reprenant sa douce intonation habituelle et en lui tendant la main qu'il serra dans la sienne. Disons adieu maintenant à ce ravin dont nous parlerons sans doute plus d'une fois, et conservons à nous deux la blanche renoncule qui nous y atlendalt. »
Tous deux se mirent en marche pour regagner la chaloupe, mais ils n'y retournèrent point en dioito ligne par le chemin qu'ils avaieiil déjà suivi. Sans se dire qu'ils voulaient i)rolonger leur promenade, ils allaient de c(')lé et d'autre dans leur heureux élan de cceur, tantôt recueillis en silence dans le charme de leurs pensées, tantôt se révélant l'un à l'autre par un regard, par un serrement de main, le mutuel accord de leins rêveries, tantôt riant comme deux jeunes écoliers, puis causant gravement de leurs projets pour l'avenir. Oli 1 les délices du premier amour I oh ! les trésors de l'iiine cjui s'épanouit à sa céleste aiu'ore ! oh ! j(>unessc, prinlemps de la vie !
(iiiivciili'i, |>riina\cr;i ilella vila.
Dans le cnui's de celle marche vagaijonde, soudain les yeux de Carine se fixèrent sur une masse de débris confus qu'elle entrevoyait au pied d'un bloc de glace.
(< Qu'est-ce donc qu'on aperçoit là ? demanda-t-elle ; on dirait des planches éparses, et il me semble même distinguer quelque chose qui a la forme d'une croix.
— Je ne sais, répondit Marcel, qui devina du premier coup d'œil ce que c'était, et cpii désirait éloigner Carlnc d'une image de deuil. C'est probablement quelque reste de barcjue bi'isée ; mais cela ne vaut pas la peine que nous nous détournions de notre chemin. Venez par ici, je vous en prie, venez.
— Non, non. Laissez-moi voir ce cfue c'est. » Et elle entraîna le lieutenant, qui déjà ne
pouvait lui résister.
Ce qui aval! attiré son attention, ce qu'elle avait voulu voir de plus près, c'était une fosse de pêcheur, \m cercueil enfoui à plusieurs pieds dans le sol par des mains fraternelles ; mais les ours avaient enlevé la terre qui le recouvrait, brisé ses planches fragiles et dévoré le corps qu'il contenait. Çà et là gisaient
quel([ues os.semcnls démidés, un lambeau de linceul et les fragments d'une croix.
« Oh ! Dieu ! oh ! Dieu ! s'écria la jeune fdle avec un saisissement d'effroi et de douleur, en se mettant les deux mains sur le visage. Oh I Dieu ! le malheureux ! La mort est partout l'implacable mort ! Mais mourir ainsi, loin des siens, loin de l'église qui donne à ceux qui s'en vont un religieux adieu, loin du cimetière où les amis et les parents vont prier ; seul, à cette extrémité du monde, sur cette terre de glace, sous la dent des bêtes féroces ! C'est horrible ! Partons, mon ami. Je vois bien, à présent, que vous vouliez m'écarler de ce spectacle, et je ne comprenais pas votre résistance, et j'ai eu tort de ne pas vous céder. »
En parlant ainsi, Carine s'éloignait d'un pas rapide, la tête baissée ; elle s'assit dans la chaloupe, pensive et triste. De retour sur le navire, elle n'avait pu encore surmonter sa pénible impression ; elle essaya pourtant de sourire à Marcel, puis se retira dans sa chambre.
Poiu- la [)reiuière fois, l'idée de la mort entrait dans son esprit, à l'heure même où la vie venait de lui apparaître si riante, el l'avenir si doux. Sa jovirnée. commencée par nu rayon céleste, se terminait par un nuage sombre.