CHAPITRE XIV
An dcr Brant. die dcr mann sich envahit,
lasst qleich Slrh evkeimcn
Weldies Ceister cr ist, und oi; er seinen
eigenen llerf/i fulilt.
GiKTiiE, llcrniann et Dorothée.
Par la liaiicce qu'il se choisit, l'Iionimc
montre aussitôt (iiu'l est son espril, et s'il
sent sa propre vakur.
Ces frais convolvulus, à la corolle l)leue et blanche, qui, le matin, s'entr'ouvrent aux premières clartés de l'aurore, qui, tout le jour, se dilatent à l'air, à la lumière, puis, le soir, referment leur calice et se penchent mollement sur leur tige ; ces charmanles fleurs que les botanistes classent dans la famille des liserons, et auxquelles on a donné, très justement, le nom de Belles de-Jour, ne sont-elles pas le vivant emblème du mouvement qui s'opère dans le cœur de l'homme, lorsque, après une radieuse journée, il se recueille en lui-même, comme pour contenir et savourer en silence ses émotions ^
Ainsi faisait Marcol. lors(|ue Carine l'eût quitté : il était seul sur le pont, absorbé dans ses méditations. Douces et graves méditations !
En quelques semaines, ciuelle révolution dans ses volontés ! quel cliangement dans ses projets 1 II avait résisté à l'attraction des nobles qualités et de la fortune de Rosa-.Marie ; il s'abandonnait à celle d'une humble fdle d'un pêcheur. II avait dit à Blondeau. avec l'accent d'une énergique résolution : « Aon, je ne me marierai pas ; je n'enchaînerai pas ma liberté d'action aux chenets du foyer domestique ; je naime que la mouvante et aventureuse car rière d.u marin : je resterai marin » ; et maintenant, il n'aspirait qu'à retourner à terre pour y célébrer son mariage I
Le cœur de rhonime le plus ferme est comme un château enchanté des contes arabes. 11 résistera plus d'une fois à une violente attaque; il se croira impassible et immuable; mais qu'une délicate émotion le surprenne à limproviste, et il cédera à une émotion inattendue, connue les portes de fer des voûtes d'or et de diamant, à la magic^ue puissance d'une petite plante d'Orient : Sésame, ouvretoi :
'< Oui, se disait-il, c'était là l'idéal que je n'avais pas même entrevu, mais que je cherchais confusément dans mes rêves ; l'idéal de la beauté touchante, de la grâce naturelle et de l'esprit, de l'intelligence la plus vivace et de la plus pure candeur, (ie-n'est pas l'aveugle hasard cjui me l'a fait connaître: c'est Dieu lui-même qui. dans sa bonté suprême, l'a mise sur mon chemin. Pauvre comme moi, presque orpheline comme moi, elle a besoin d'un appui : je serai cet appui, et elle sera ma joie, mon guide, mon bon génie.
« Ah I reprenait-il. un instant après, nous n'aurons point une magnifique maison, comme M. Vanskep, et je ne pourrais pas déposer dans sa corbeille de mariage une parure de diamants : mais le lis de la vallée n'a-t-ii pas un vêlement plus beau que celui des rois .' et n'est-elle pas. comme un de ces lis, décorée des dons les plus précieux ? Xo'ûk. ajoutait-il en se parlant gravement, comme un homme qui examine avec soin sesalVaires, nous louerons, près delaplage de Dunkerque. un modeste appartement. Son père viendra demeurer avec nous, et se complaira dans ce mouvement de la rade. Moi je naviguerai pour subvenir à nos besoins, pour acquérir peutêtre, graduellement, une petite fortune ; je naviguerai en pensant à la chère gardienne
de mon foyer : je reviendrai on songeant qu'elle est là qui m'attend, et chaqiio fois que je la roverrai. après une longue absence, ce sera pour moi comme l'aurore d'une nouvelle vie. »
En parlant ainsi, Marcel ne faisait point un rêve exagéré. Si, pour lemarin uni à une douce et honnête femme, c'est une dure nécessité de quitter le trésor de ses affections, à son retour aussi, quelle joie ! quelle efïtision de tendresse longtemps contenue ! Quel bonheur pour lui de revoir celle qui lui tend les bras avec amour, et la maison qu'elle a parée pour ce jour de fête, et les enfants qui ont grandi sous l'aile maternelle, et qui viennent s'asseoir sur les genoux de leur père, et qui. en posant sur son épaule leur tête blonde, lui lacontent ce qu'ils ont appi-is. comme ils parlaient de lui sans cesse, et comme ils priaient dévotement pour son bon voyage, matin et soir. Si. selon l'opinion de quelques rigides observateurs de notre condition humaine, tout bonheur en ce monde est comme un larcin qui doit s'expier, le marin n'a-t-il pas d'avance expié son bonheur par les regrets de son absence i^ N'a-t-il pas sufTisamment payé son tribut aux dieux ennemis, jiar ses fatigues et les anxiétés de son voyage, et ne doit-il pas regarder sans inquiétude son anneau de Polycrate, son anneau de mariage !'
« Avant tout, reprit Marcel après un instant de réflexion, il faut que j'obtienne le consentement de Lax, et il faut aussi que j'annonce à Blondeau ma résolution. Ce brave Blondeau I il avait formé pour moi d'autres projets, et il sera chagrin d'apprendre qu'ils ne peuvent se réaliser. »
Le bon capitaine regrettait en efl'ct vivement de n'avoir pu décider son jeune ami à tourner ses vœux du côté de Rosa-Maric ; mais, sans en rien dire, il obserAait depuis plusieurs semaines les relations du lieutenant avec Carine. et il ne parut point surpris dfe s-a confidence.
« A la garde de Dieu ! lui dit-il. Vous savez que j'avais rêvé pour vous un autre mariage. Pourtant, je dois avouer qu'après l'excellente fille de M. Vanskep, nulle personne ne m'a inspiré plus de respect et de sympathie que Mademoiselle Carine. J'espère que vous serez heureux avec elle ; sans fortune... Mais, hélas ! j'ai assez vécu près des riches pour savoir ce qu'il y a de sombres soucis et de plaies douloureuses sous le manteau de leur fortune, et les Espagnols ont bien raison de dire : « Pour (' bien user des armes et de l'argent, il faut
« de bonnes mains '. » Nons rolonrnerons à Dnnkoniue, après ce voya^re. Madeinoiselle Kosa-Marie ne refusera pas, je l'espère, de vous protéfïer ; d'ailleurs, vous vous protégez assez vous-même par vos (lualilôs. et je serai votre ami.
— .Mon ami. s'écria Marcel, et celui de ma teinme ; je lui enseignerai à vous préparer de bons verres de grog, ^ous viendrez chaque jour, avec votre pipe, passer la soirée près de nous. Vous n'avez point de famille, point de maison; noire maison sera la vôtre: vous tiendrez i)rès de moi la place de mon pauvre père, le jour de mon mariage, et vous serez le jtarrain de mon premier enfant. Puisque vous me citez toujours des sentences espagnoles, moi, je NOUS en citerai aussi. Souvenez-vous de celle-ci : Mas vale biien amifjo que pariente ni primo '^.
— C'est bien ! c'est bien ! on verra, » répondit le capitaine en détournant la tête et en passant, à la dérobée, vuie main sur ses paupières humides.
Cette première explication étant finie, Marcel alla prendre Lax par le bras, le conduisit dans la dunette, et lui exposa, avec une atlectueuse sincérité, sa situation et ses vœux.
IjC vieux pilote l'écoutait, la tête penchée sur s« poitrine, immobile et muet, dans l'attitude d'un homme surpris tout à coup par une nouvelle cj^ui lui va choit au cœur et absorbe toutes SCS facultés.
Le jeune lieutenant avait achevé son récit. Le pilote se taisait encore. Enfin, il releva la tète, et fixant sur Marcel ses petits yeux gris où brillait un feu extraordinaire :
(( Elle vous aime P dit-il d'une voix lente, mais fortement accentuée.
— J'ose le croire, ré|)ondit Marcel intimidé à cette brusque interpellation, et ne sachant ce qu'il devait en augurer.
— Et vous l'aimez ?
— Oui.
— Vous l'aimez comnre on doit aimer une l)rave et honnête fille, comme un homme de c(pur doit aimer sa femme ?
— Oui, cei'tainement.
— Vous savez c[u'elle n'a, pour toute fortune, que la petite dot cjui lui a été léguée par sa bienfaitrice ?
— • Je le sais.
— El qu'elle est la fille d'un pauvre matelot qui n'a pas même pu, après de longs services,