Idem, cli. m. ti. Idem, cil
docteur Dick, le savant auteur du Ciel sidéral, que ces mondes matériels doivent, comme le nôtre, appartenir à des èlres à qui Dieu a donné les organes matériels.
<< Qu'est-ce donc, disait-il un joinà ses amis réunis autour de lui, qu'est-ce que la vanité de nos anciennes chronologies, quand on songe qu'il y a par là-haut des étoiles dont une des pages d'histoire est accomplie depuis quatorze mille ans, lorsque leur rayon de lumière arrive jusqu'à nous ') Herschel prétend même qu'il en est dont les rayons, dans leurs constantes et rapides eflluves, ne traversent l'espace qui les sépare de la terre que dans le cours de trois cent trente mille années. Qu'est-ce que notre humble planète au milieu des globes innombrables qui tournoient dans l'immensité, en face de la voie lactée qui répand sur nous les clartés de dix-liuit millions de soleils .' Qu'est-ce que ce pauvre petit monde, si l'on compare son étroite circonférence à celle de Saturne, de Jupiter ou à celle du soleil, qui à lui seul représente l'étendue de cent cinquante mille globes tels que celui sur lequel nous nous agitons dans notre faiblesse et notre orgueil !
« Cependant il y a des planètes près desquelles la nôtre apparaîtrait dans des proportions gigantesques ; des archipels de planètes, qui, selon l'opinion de M. Olbers, le savant astronome allemand, doivent être les fragments d'un orbe immense rompu et lacéré par une révolution aérienne, comme les îles détachées de nos continents par les fiots des mers.
« 11 en est une entre autres à laquelle j'ai souvent songé, lorsque la longueur d'une de nos distances terrestres irritait mon impatience. C'est X'Astrsea, découverte en i3^5 par un astronome prussien, M. Hencke. Elle n'a pas plus de cent lieues d'étendue. Cent lieues! à peu près le trajet de Dunkerque à Paris. J'imagine qu'elle a, comme notre fier univers, son équateur, ses deux hémisphères, et ses différentes zones de végétation. Si ses habitants se sont aussi passionnés pour les révolutions de la science et les œuvres de l'industrie ; si un Fulton leur a fait connaître la puissance de la vapeur ; si d'actifs ingénieurs leur ont tracé un réseau de chemins de fer, quelle succession rapide d'émotions, quelle variété d'images on peut avoir en quelques heures dans cette petite île de l'océan sidéral ! Le matin, on peut monter dans un \vagon au pôle sud, savourer à midi les fruits du palmier sous les tropiques, et le soir contempler au pôle nord le soleil de minuit. Les riches peu-
veut avoir leur maison d'Iiiver au milieu des caféiers cl des bananiers comme les heureux seigneurs d-c (luba, et à quelques lieues de là leur chalet d"élc sous les frais sapins, comme les montagnards de la Franche-Comté. Les savants, emportés par un désir d'exploration, peuvent en quelques semaines accomplir, comme des Dampier ou des Bougainville, un voyage de circunmavigation ; et les fiancés et les époux qu'une circonstance impérieuse entraîne au dehors du sanctuaire de leurs affections, ne sont point séparés l'un de l'autre par d'affreuses distances. Ils peuvent en quelques instants communiquer ensemble, et en quelques heures se rejoindre. Voulez-vous venir dans VAstrœa, Carine.^ Il me semble que c'est la planète réservée à ceux qui s'aiment, et qui n'aspirent qu'à vivre constamment réunis dans le plus petit espace. »
Et Carine somiait à ces digressions de son ami, et Blondeau disait qu'il voudrait bien être dans un globe d'une belle circonférence, pour ramener plus vile à M. Vanskep sa Rosa- Marie.
Quelquefois aussi Marcel lisait à haute voix des descriiitions du Nord et des rotations de voyages, mais il avait soin d'omettre les passages qui pouvaient attrister ou inquiéter ses compagnons ; puis quand il avait achevé sa lecture, il cachait ses livres, comme une mère prudente cache à son enfant une œuvre malsaine. Un jour pourtant, en montant sur le pont, il laissa par mégarde un de ses vieux volumes ouvert sur la table, Carine le prit et y lut un triste récit. C'était celui d'un Hollandais qui, en i(33^, avait entrepris de passer l'hiver au Spitzberg avec six hommes résolus comme lui.
Le pauvre Hollandais racontait jour par jour les souffrances qu'il avait éiDrouvécs dès le commencement de l'hiver, la mort de deux de ses compagnons, le dépérissement des autres. Le -^G février, il traçait d'une main défaillante ces dernières lignes : « Nous sommes encore quatre ici couchés dans notre cabane, si faibles et si malades que nous ne pouvons nous aider l'un l'autre. Nous prions le bon Dieu de venir à notre secours, et de nous enlever de ce monde de douleurs où nous n'avons plus la force de vivre. »
Ici s'arrêtait sa douloureuse chronique.
L'été suivant, lorsque les pêcheurs hollandais abordèrent au Spitzberg, ceux qui les premiers pénétrèrent dans les cabanes occupées par leurs compatriotes n'y trouvèrent que sept cadavres.
Carine remit le livre sur la table, et se sen-
tit le cœur saisi par une pénible appréhension. Lax était aussi dans une sondjre disposition d'esprit, et Blondeau se plaignait de ne pouvoir se réchauffer, quoiqu'il eût les genoux presque collés au poêle.
Marcel, en redescendant, vit du premier coup d'œil ces funestes impressions, et se hâta de prcndie la parole.
« Mes amis, dit-il, ne nous plaignons pas. Dans notre malheur, la Providence nous a fait une grande grâce. Combien de braves gens se sont trouvés ici, abandonnés comme nous aux rigueurs d'un fatal climat, qui n'avaient pas comme nous des vêtements, des vivres, et une demeure assurée sur un bon bâtiment. Et voyez : déjà nous avons passé une partie de la mauvaise saison. Voici venir Noël, qui est une des grandes époques de l'année, vous le savez, Carine, vous dont les compatriotes, depuis un temps immémorial désignent cette époque par le mot de Jalnal (la nuit de la roue, c'est-à-dire la roue du solstice). A Noël, le soleil a atteint son dernier point d'éloignement, et peu à peu revient vers nous. Autrefois, en France, on commençait l'annéepar ce jour-là, et nous, nous entrerons ce jour-là dans une nouvelle phase. Noël ! Noël 1
— Ah ! lajoyeuse fête ! s'écria Carine, comme on la célèbre dans mon cher pays de Suède I Depuis la demeure du riche jusqu'à celle du pauvre, partout de cordiales réunions de parents et d'amis, partout les rapides traîneaux sillonnant les chemins, et les chevaux, animés par l'air vif, agitant dans leur course leurs colliers de grelots. Puis, sur toutes les tables, les verts sapins, avec les bougies qui les éclairent, et les présents suspendus, comme par une fée prodigue, à leurs rameaux, et les enfants qui tendent avec impatience leurs petites mains vers leurs étrennes, et les parents qui rient de ces transports naïfs. Quelle douce et heureuse fête ! On dit que les morts même y prennent part. On dit qu'en souvenir de ces aftectueuses assemblées de famille, ils se lèvent dans leurs cercueils, et viennent en silence assister à l'office de minuit. Dans les campagnes, par un usage traditionnel, sans doute en mémoire de l'âne et du bœuf qui de leur .souille réchauffaient la crèche, le paysan a ce jour-là des soins particuliers pour ses animaux ; il leur donne une meilleure ration de fourrage, et sa fdle répand sur la neige des grains d'orge et d'avoine pour les petits rouges-gorges, afin qu'ils se réjouissent aussi de cette solennité de Noël et la chantent dans leurs chansons.
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— Sur ma foi ! dit Dambelin, je voudrais bien aussi célébrer gaiement celte fête qui me rappelle le temps où ma pauvre bonne femme de mère me donnait un gilet et des soviliers neufs que le petit Jésus avait, disait-elle, déposés sous la tronche du foyer, parce que j'avais docilement appris mon catéchisme. Mais, comme nous n'avons autour de nous que des animaux qui ne méritent pas une grande pitié, je voudrais pouvoir prendre, pour Noël, quelques renards et un ou deux ours. Avec la fourrure blanche de ces renards, nous ferions un manchon pour Mademoiselle Carine ; avec la peau de l'ours, nous lui ferions un chaud tapis. Puis, il paraît que la chair de ce gros quadrupède est excellente. Un bon bouillon de viande fraîche, et quelques côtelettes cuites à point par Frisquet, ne me seraient point désagréables.
Qu'en dites-vous, capitaine ? ajouta le timonier en regardant du coin de l'œil Blondeau. — Je dis, répéta le sensuel capitaine en se passant la main sur les lèvres, comme s'il s'apprêtait déjà à savourer ce festin, je disque, si après notre long régime de légumes secs et de viande salée, vous nous donnez un quartier d'ours, j'y joindrai quelques bouteilles d'un vieux liquide que ce féroce hiver n'a pu encore dénaturer. Mettez-vous donc à l'œuvre, et puissé-je bientôt vous adresser, avec mes félicitations, le proverbe espagnol : Miicho sabe la raposa, pers mas elche la loina '. »
Dambelin et Lax, qui avaient achevé leurs préparatifs, s'en allèrent à l'extrémité du navire tendre deux pièges, l'un pour les renards, l'autre jjour les ours. Dans le premier, ils saisirent, après deux ou trois déceptions, un gros renard à la peau blanche, aux longs poils soyeux, dont on pouvait faire, en elfet, un joli manchon ; quant à sa chair, à moins d'un cas de famine, on ne pouvait y goûter : elle était trop coriace.
L'autre piège ne donna point aux deux trappeurs le même succès. Ce n'est pas sans raison que les Finlandais ont illustré parleurs chants populaires les finesses de l'ours. Le rapace animal est très empressé de se jeter sur sa proie, et lorsqu'il est tourmenté par la faim, ce qui lui arrive souvent dans les arides régions du Nord, malheur 'a qui se trouve exposé à sa griffe terrible ! Cependant, même en ces moments-là, sa voracité n'aveugle point son intelligence. Avec son long nniseau pointu, il Ilaire le danger qui le menace, et
I. Le renard est très savant, mai; plus savant est celui qui le prend.
trouve, pur son instinct, le moyen d'y échapper.
Lax et Dambelin avaient cru d'abord pouvoir opérer la capture qu'ils désiraient, en déposant au pied du na\1re une pièce de lard à laquelle ils avaient fait un nœud coulant. Un ours, alléché de loin par l'odeur de cette pâture, arriva jusqu'à l'endroit où elle était placée, s'arrêta une ininute, écarta prudemment la corde avec sa patte, prit le lard et s'enfuit.
« Nous sommes volés, mon pauvre Dambelin, dit Lax.
— ^ ous avez disposé de la peau de l'ours avant qu'il fût tué, s'écria Blondeau en riant.
— C'est ma faute, répliqua le vieux pilote ; j'aurais dû me rappeler que ces diables d'animaux ont la force du lion et l'astuce du serpent. Demain, nous tendrons de nouveau notre embûche ; mais nous cacherons notre cable sous la neige, et nous nous tiendrons aux aguets. Que Fours pose seulement le pied dans le nœud coulant, nous tirons rapidement la corde à nous, et le voilà pris ! »
Le lendemain, en effet, le piège fut disposé avec de minutieuses précautions ; mais l'animal rusé enleva la neige sous laquelle il pressentait une traîtrise, écarta de nouveau le lacet dangereux, et se retira impunément comme la première fois avec sa proie.
Les deux chasseurs revinrent, fort humiliés de leur échec, près de leurs compagnons.
« Quelle honte ! mon cher Lax, dit ilarcel, de vous laisser ainsi jouer par une lourde bêle ! Je vois bien qu'il faut que je vous vienne en aide. Amarrez la carcasse du renard sur le bloc de glace qui s'élève juste en face de l'escalier de bâbord ; liez-la de telle sorte que Fours ne puisse Fenlever du premier coup. Je pense qu'à Faide de mon fusil, je réussirai mieux que vous avec vos nœuds coulants. »
Ainsi fut fait. L'ours, qui s'habituait à celte provision journaHère. revint d'un air de satisfaction chercher son repas, et, ne voyant ni corde ni embûche, saisit entre ses deux rangées de dents aiguës la nouvelle pâture qui lui était olFerte. Mais, tandis qu'il s'efforçait de Farracher aux liens qui la retenaient, Marcel, qui avait eu le temps de le viser, lui lança deux balles dans la tête. L'animal poussa un effroyable gémissement, tournoya une minute sur lui-même, puis tomba tout de son long. Il était mort.
Lax et Dambelin, après s'être assurés qu'il ne pouvait plus faire aucun mouvement, le traînèrent sur la glace et le hissèrent en
LES l-I.VNCÉS DU SPITZBERG
Irioniplio sur lo navire. C'étail un vieil ours aux dcMils pleines et dures comme livoire. au poil toullu el douv comme une toison de brebis ; sa peau avait Imil pieds de long. Sous une épaisse couche de graisse, le couteau de Dambelin découvrit une chair blanche comme celle de l'agneau.
Le lendemain, c'était la fête de Noël. Les six captifs s'assirent autour de la table où fumaient le bouillon savoureux et le rôti succulent promis par le timonier. Blondeau n'avait point manqué à sa parole ; Rlondeau avait déposé sur cette même table deux bouteilles de vieux vin de Bordeaux, qu'il gardait précieusement. En fouillai dans une cassette, avecCarine, il était même pai'venu à composer un plat d'amandes et de raisins secs. Entin, il tenait sournoisement en réserve un flacon de rhum, pour faire un punch le soir.
« Quel luxe! dit-il en s'asseyant: quel banquet splendidc ! Le pauvre M. Vanskep, qui nous croit perdus, comme il serait lieureux s'il savait que nous sommes encore pleins de vie !
— Et que bientôt, ajouta Marcel, nous nous disposerons à lui ramener son navire ; car nous sommes assez forts pour le conduire au moins jusqu'à Hammerfest, et là, s'il le faut, nous prendrons des auxiliaires.
— Que Dieu vous entende ! Plus fort est celui à qui Dieu aide, que celui qui se lève de bon matin '.
A la santé de M. Vanskep !
— Et de tous nos amis, reprit Marcel.
— A la santé de Mademoiselle Carine ! » ajouta Dambelin d'un ton respectueux.
Blondeau avait envie de prononcer aussi le nom de la fille de l'armateur ; mais il craignit de contrarier Marcel, et se contenta de penser tacitement à la généreuse Rosa- Marie.
Une belle aurore boréale qui éclata dans la