‹ Les fiancés du SpitzbergChapitre 42 sur 47 · PÉTRARQUE · texte numérisé non relu

PÉTRARQUE

i,p ve it brise et llétrii, le soleil brûle et lane jeune tille et jeune fleur.

Ch.\teajbri.\nd.

\u commenccineni de février, un jour vers midi, Lax, posté près du mât de beaupré, vit poindre la clarté du soleil et annonça, par ses clameurs, cet événement à ses compagnons. Tous se rendirent près de lui, heureux de revoir enfin briller la lumière chérie qui depuis trois mois les avait si complètement abandonnés.

Qu'il était terne et faible, ce soleil si désiré ! Son disque débile, dont on n'entrevoyait encore que le contour supérieur, pénétrait à peine à travers les ténèbres qui l'entouraient. Un instant, on le vit se dessiner à l'horizon comme une voile blanche que l'œil exercé du matelot distingue au loin dans la solitude de l'océan, puis il disparut.

Dans sa pâle et rapide apparition, il avait cependant réjoui tous les regards. C'était le premier indice de l'approche d'un meilleur temps, une lueur de l'aurore après tant de longues nuits, un signe de résurrection dans le deuil mortel de l'hiver.

lîien n'alTecte plus profondément le moral de l'homme que l'isolement et l'obscurité. Les enfants, qui n'ont pas la moindre notion du mal, éprouvent un effroi instinctif dans une chambre sombre. Les mythologies de tous' les peuples représentent les démons trônant dans les ténèbres. Les membres du vvehmsgericht, ces terribles juges de la vieille Allemagne, rendaient leurs arrêts dans une sorte de caveau sépulcral ; les Tugs de l'Inde étranglent leurs victimes après le crépuscule du soir; et de toutes les tortures inventées par le moyen âge, il n'en est peut-être pas une plus cruelle que celle du régime pénitentiaire américain, qui condanme le coupable à la séquestration absolue dans l'ombre silencieuse de sa cellule.

Dans leur captivité, sur les derniers confins du globe, au milieu de leur rempart de glace, les innocents habitants de la Rosa- Marie

avaient la consolation de vivre ensemble, et ils se soutenaient et se réconfortaient par leur cordiale association. Mais cette nuit perpétuelle, celte nuit sinistre, tempérée seulement de loin en loin par la lueur blafarde de la lune ou les fugitifs scintillements de l'aurore boréale, oppressait, atterrait leurs esprits ; puis le froid, cet autre redoutable ennemi de l'homme, subjuguait leur énergie et paralysait leurs mouvements.

Pendant le luois de janvier, l'intensité du froid s'était accrue de telle sorte qu'à peine pouvaient-ils le supporter en se tenant enfermés dans leur chambre, en s'envcloppant dans leurs burnous et dans les couvertures de leur lit. Tandis ([u'ils étaient rangés autour du foyer, une couche de givre se collait sur leur dos ; une couche de glace s'était formée à l'orifice même de la cheminée de leur poêle, et la fumée du foyer, n'ayant plus d'autre issue que par quelques étroits interstices, retombaient autour d'eux en noirs tourbillons, comme dans une tente de Lapon. Leurs barils de vin et d'eau-de-vie étaient gelés : ils en détachaient des morceaux qu'ils faisaient fondre devant le feu, et ce liquide dénaturé n'avait plus qu'une insipide saveur. Les légumes et les viandes salées fatiguaient leur palais. Par bonheur, ils avaient encore une ample provision de thé et de café : c'était leur meilleure boisson ; puis, de temps à autre, Carine leur préparait une salade de cochléaria qui ravivait leur appétit ; puis enfin, Marcel réussit encore à tuer trois ours. Leurs peaux, amollies avec de la sciure de bois dans des vases remplis d'eau chaude, étaient employées à calfeutrer les portes et les cloisons. Leur chair se maintenait parfaitement intacte ; on la suspendait à un mât, et longteiups après on pouvait en couper un quartier sans crainte de le trouver corrompu. La teiupérature boréale la conservait mieux qu'aucun procédé de cuisson ou de dessiccation.

Marcel, le vigiLant Marcel, ne cessait de stimuler l'énergie languissante de ses compagnons ; tantôt il s'ingéniait à trouver pour eux un nouveau jeu et un nouvel exercice ; tantôt il employait toute son éloquence à leur démontrer la nécessité de sortir, malgré le froid cl malgré les ténèbres. Parfois il les appelait ])0ur enlever avec lui les masses de neige que les rafales impétueuses lançaient sur le l)ont ; parfois même il réussissait à les entraîner sur la plage pour y faire une nouvelle récolte de cochléaria, et dans ses diverses combinaisons, il était fidèlement secondé par Carine. Mais souvent aussi ses généreux elîorts

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