PREFACE DU TRADUCTEUR
Il y a bientôt un demi-sidcle que ftit publiée à Paris la seule traduction française qui ait été faite du célèbre roman historique italien / Promessi Sposi (Les Fiancés), de Manzcni; et, si l'on considère la baute valeur de ce livre, il y a lieu d'être surpris que, dans une période de t«mps aussi longue, il ne se soit trouvé, en France, personne qui ait tenté d'en Èiire aoe nouvelle et meîlleui-e traduction.
Celle qui existe, en effet, fourmille de fautes grandes et petites, de non-sens, de contre-sens, de quiproquos qui dénaturent le texte en une foule d'endroits et font, çà et là, dire à Manzoni de ces inepties qui auraient dù certainement mettre en garde l'esprit et arrêter la main d'un traducteur mieux avisé.
Toutefois laissons la les fSiutes de traduction auxquelles une insnfllsante connaissance de la langue italienne peut, jusqu'à an certain point, servir d'excuse. Mais ce qui n'est pas excusable, ce qui mérite même le blâme le plus sisïére, c'est que, sans même s'être donné la peine d'en avertir le lecteur, le traducteur se soit permis de tronquer l'ouvrage de Manzoni et d'en supprime;- do son autorité privée, non pp.* seulement quelques pbrasee.
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^k notre illustr
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quelques lignes par-ci par-là, mais des paj^s entières (chap. XXIV, XXXIV, XXXV, XXXVI, XXXVII etXXXVUI), et jusqu'au quart (chap. XXXII), jusqu'au tiers (chapitre XXVIII), jusqu'à la moitié (chap. XXXI) de certains chapitres ; et ce qui n'est pas moins grave, ce qui outrepasse même toute licence, c'est que le traducteur se soit aussi permis de faire table rase de presque toutes les citations et de tous les renvois aux sources authentiques auxquelles Manzoni a laborieusement et sci-upuleusemeni puisé pour nous faire les deux admirables récits de la famine et de la peste ; enlevant ainsi à ces récils leur caractère positivement historique, et laissant au lecteur la faculté de croire que Manzoni a pris dans son imagination la description qu*il nous donne de ces deux terribles âéaux.
Quoi qu'il eu soit, et malgré ses nombreuses imperfections, cette traduction a néanmoins sufd à établir en France la ri'^putation de ce livre, et à donner de son auteur la haute opinion que sa belle intelligence et son noble cœur lui ont à si juste titre et ai universellement méritée.
Mais, b. coup siir, bien des réserves ont dû être faites in petto par les lecteurs compétents qui, en France, n'ont pu juger l'ouvrage do Manzoni que sur la traduction en question; et ces réserves n'étaient que trop légitimes.
C'est dans le but de leur enlever tout prétexte, en rétablissant la lettre et l'esprit de cet admirable livre dans leur vérité, dans leur exactitude et dans leur intégrité les plus scrupuleuses, que j'ai entrepris cette nouvelle traduction des Promeisi Siiosi, que j'offre aujourd'hui au public.
En m'imposant cette tâche si ardue, je n'ai pas eu, jedois bien l'avouer, seulement en vue un intérêt littéraire d'ordre purement spéculatif; je me suie aussi, et surtout, inspiré d'un sentiment de patriotique susceptibilité. Du moment, en effet, où le hasard a fait tomber sous mes yeux cette traduction des Fiancés, et que j'ai eu ainsi l'occasion d'en relever les nombreux défauts, mon amour-propre national
'est révolté à l'idée de laisser plus longtemps ces défauls tacitement et impunément courir au compte et à la charge de notre illustre Manzoni, et de laisser croire au public fran-
FcerACB ùa TSADocrEUR m
çais qu'un auteur qui aurait écrit un oiivra,;j émaUlé de pareilles inepties eût pu âtre porté au^ nues par le public itallea, et son livre être accueilli dans toute la péninsule paruQ mouvement si unanime et si persistant de sympathie et d'admiration.
Aucune autre traduction, j'ose l'affirmer, ne pourra surpasser celle-ci, en tant qae fidélité ft l'original. Quant à la pureté du style, elle pourra, sans doute, laisser a désirer et prêter aux sÔTéritâs de la critique : aussi je réclame pour cette partie do mon travail toute Ciudulgence des lecteurs. 11 est, hélas ! bien dîCBcite, en effet, de pouvoir jamais parvenir a écrire d'une manière irréprochable une langue étrangère quand on a d^a souvent tant de peine à écrire correctement sa propre langue maternelle.
Qu'il me aoit permis, on terminant, de payer ici un juste et public tribut de reconnaissance & mou excellent et illustre ami Luigi Zini pour tous les utiles renseignements et les précieux conseils qu'il m'a, avec un si affectueux empressement, prodigués dans le cours de ce travail, et qui ont assurément, dans plus d'une circonstance, grandement «latribué à m'en faciliter les moyens et & i«ndre ma tâclie [ilus légère.