I. — LES FIBRES ELASTIQUES
1° Leur siège dans le poumon normal. 4
En plus des vaisseaux et des bronches autour et dans lesquels ‘ les fibres élastiques sont abondantes, isolées ou en amas, il existe de ces éléments en quantité considérable dans la paroi de l’unité physiologique du poumon, l’alvéole, et l’ensemble de celles-ci forme la presque totalité du contenu de la cage thoracique. Il n’est donc pas étonnant, en cas de nécrose; que des fibres élastiques se rencontrent dans les crachats.
Le simple examen microscopique d’alvéoles du poumon de grenouille, grâce aux colorants électifs de l’élastine, montre que ces fibres, si peu que la coupe ait été tangente au fond de l'alvéole, la tapissent en un inextricable feutrage dans tous les plans. Les coupes de poumon humain présentent les mêmes | aspects, en sorte qu’on peut dire qu'en dehors du tissu conjonctif de soutien, qui pénètre à peine dans le lobe, la char-
pente de la presque totalité des poumons est formée de tissu élastique. |
2 Leur structure histologique.
Nous laisserons de côté ici, pour la reprendre ultérieurement,
là question des placards amorphes de substance élastique, que MM. Bezançon et Brodiez ont trouvés dans certaines expectorations tuberculeuses et que contestent MM. Bonnamour, Sautureau et Doubrow. Nous nous en tiendrons à la description de la fibre élastique en nous inspirant du beau travail de M. le
. professeur Georges Dubreuil : Modifications structurales et dis-,
parition des fibres élastiques au cours de l’inflammation du mésentère de la grenouille (in Bibliographie anatomique, t. XII, fasc. 3, 1904)
Après exposition du mésentère de la grenouille à l’air pendant un à six jours, et coloration élective des fibres élastiques par la méthode de Weigert, le professeur Dubreuil a pu observer la fragmentation, le morcellement et enfin la désintégration des fibres suivant le temps d'exposition à l’air. Il a surtout, au cours des processus de morcellement, observé des « formes en sablier » qui ont pu lui permettre de différencier dans la fibre élastique deux éléments : : |
a) La « gaine ductile », selon son expression, ou membrane externe molle, sans propriété élastique, qui se laisse étirer, cylindre creux étroit qui seul persiste à la partie médiane de la forme en sablier. | 5
b) La couche centrale amorphe, en forme de cylindre plein, très réfringent, seule colorable par les colorants électifs, semble être la substance élastique proprement dite, l’élastine, et posséder seule la propriété élastique. Ce cylindre, brisé par le processus de morcellement dans les formes en sablier, ne se perçoit pas dans la partie rétrécie de celui-ci, et n’existe que là où la gaine ductile a conservé son diamètre normal.
Il trouve une preuve de ces observations dans le fait que la fibre -saine, à ses embranchements, présente une structure particulière : le cylindre central d’élastine se continue au delà
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de l’embranchement des deux côtés, tandis que le cylindre creux de la gaine ductile, se continuant aussi sur les deux branches, « présente dans le sinus de l'angle formé une lamélle de substance non colorable, parfois perforée, et même pareou-. rue par de fines fibres d’élastine colorée (Ranvier). Cette membrane représente à cet endroit la gaine ductile étalée ».
Il pense que, peut-être, le soutien élastique, même quand il semble former une masse homogène, a une structure fibrillaire, une fibre s’accolant par sa gaine ductile à une autre, gardant son individualité propre comme élément élastique, ce qui correspond à l’ « appui adhésif » que le professeur Renaut avait admis pour les fibres nerveuses. Une action mécanique ou chimique, potasse par exemple, peut séparer ces fibres entre elles et donner à l’ensemble une apparence de réseau.
Nous retiendrons une notion de la plus haute importance pour nos recherches : les fibres élastiques se présentent au fort grossissement avec un double contour, car elles sont assez épaisses, qui, avec leur coloration élective, nous les fera facilement distinguer de tous les autres éléments.
3° Le processus d'élimination des fibres.
Celui-ci ne donne lieu à aucune controverse. La présence des fibres élastiques dans les crachats indique une élimination de la charpente élastique du ‘poumon. Celle-ci n’a été constatée que dans les affections nécrosantes comme gangrène, abcès du poumon et infarctus. Pour la tuberculose, elle apparaît dès que le processus nécrosant est amorcé, comme le disent MM. Bezançon et de Jong, même dans la pneumonie caséeuse, dès qu'un point est ramolli, et, a fortiori, quand il s'agit d’ulcérations plus prononcées ou de cavernes.
4° Dans quelles expectorations tuberculeuse pourra-t-on trouver des fibres élastiques? Les causes d'erreur.
On pourra en trouver dans toutes les formes de tuberculose ouverte, depuis le simple ramollissement jusqu'à l'ulcération
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la plus nette, dès qu'il y aura élimination, fût-elle très mi nime, de la charpente pulmonaire, et même si la forme est
torpide ou stabilisée. Les expectorations où les fibres élastiques seront le plus sûrement trouvées seront celles des formes ulcéro-caséeuses chroniques communes.
On pourra, au contraire, ne pas en trouver dans les cas suivanis :
a) Congestion œdème pulmonaire . type pneumonie tuber-. È
culeuse avant le ramollissement;
b) « Tuberculose maladie » selon l'expression de M. le professeur Leuret, dont la petite lésion pulmonaire n’est pas ulcérée « au dehors », mais est en communication avec « le de-
dans » par les vaisseaux ou les lymphatiques. C’est la tuber-
culose « infectante » à type bacillémique ou septicémique.
c) Tuberculose fermée, granulie par CES EN où tunercuiose
commune au début du type Grancher.
d) Tuberculose à lésion minime cicatrisée, « non évolutive »ou du moins dépourvue de processus ulcératif actuel.
e) Peut-être affection pulmonaire aiguë compliquant une
tuberculose. La tuberculose pulmonaire commune est une maladie chronique qui peut léser la charpente élastique et en provoquer l'élimination fragmentaire, mais elle n’agit pas généralement sur la fibre elle-même en la fragmentant, la morcelant et la désintégrant comme le professeur Dubreuil vient de nous le montrer. Seule, une action mécanique violente, chimique ou une inflammation aiguë peuvent donner ce résultat. Aussi est-il séduisant, quoique sans preuves, d'admettre, dans ce dernier Cas, qu'une lame de crachat a ne plus présenter aucun élément élastique figuré.
f Tuberculose avec gangrène pulmonaire. Ici le processus nécrosant est tel que les fibres élastiques, atteintes dans leur forme et leur coloration au maximum, peuvent ne plus être reconnaissables sur les lames. 5
Donc, pour faire par l’examen des fibres élastiques un diagnostic de forme clinique, de stade d'évolution ou un pronostic, 1 faut savoir éliminer toutes ces causes d’erreur. Celles-ci inter-
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viennent toutefois bien rarement dans la Hubert ulcéro- Caséeuse commune.
5° Historique des recherches des fibres élastiques. Importance qu’on leur a donnée avant la découverte du bacille de Koch.
Avant l’admirable découverte de Robert Koch, on admettait
que les fibres élastiques ne se rencontraient dans les expec-
iorations que dans la gangrène, l’abcès du poumon, l'infarctus
et la tuberculose à toutes ses périodes. Les autres maladies - précitées étant d’un diagnostic elinique relativement aisé, on
en vint par élimination de celles-ci à faire de la présence des fibres élastiques dans les crachats un signe presque pathogno-
monique de la tuberculose.
Fenwick chaulfait l’expectoration avec une solution de soude dans l’eau, laissait déposer et examinait le dépôt au microscope. <
Remack ayant constaté des fibres tantôt libres, tantôt enfermées dans un étui fibrineux, portait un diagnostic suivant la présence d’un de ces types.
Biermer s’opposait à Remack, car il n'avait pas rencontré
aussi fréquemment que lui ces éléments dans les crachats.
Jusqu'à ces derniers temps, on dissolvait l’expectoration dans la lessive de soude ou de potasse à 40 p. 100. On laissait déposer et colorait le dépôt soit par la fuchsine avec lavage ultérieur par l’eau acétique (Mathias Duval et Lereboullet), soit par l’éosine (Balzer). Hérard et Cornil utilisaient l’acide
acétique pour dissoudre les parties solides des crachats.
ER 6° Procédés récents de coloration.
a) Lessive de soude ou de potasse, centrifuger, colorer le
culot soit par l’éosine, soit par le picrocarmin, soit par les réactifs spéciaux tels l’orcéine.
b) Technique de Barth (Séméiologie de l'appareil respira
toire, in Traité de médecine de Brouardel et Gilbert).
Faire agir 24 heures :
OLCÉRE ere en oo eeiree mienne STORE 1 gramme. Eau “ LR SE RL RER NE ee De rte 40 grammes.
ATCOOI OA TORTES NA EL EEE ee 80 grammes.
ACITeMNETIQUE CS Eee ne : XL gouttes.
Laver à l’eau et différencier par :
Alcool 90 degrés ....:.............:..... 50 grammes. Acide.-chlorhydrique 7 NET I goutte.
Les fibres élastiques apparaissent rouge brun foncé.
e) Technique de Bezançon et de Jong avec le colorant électil pour les fibres élastiques de Weigert ou fuchséline de Weigert fuchsine ferrique). (Weigert : Ueber eine neue Methode zur Färbung elastischen Fasern, in Centralbl. f. allg. Path. und pathol. Anat., BA IX, S. 289, 1898), soit sur étalement simple, Soit après homogénéisation des crachats
Fixer à l’alcool absolu, 5 minutes; Fuchséline pure, 20 à 30 secondes; Décolorer le fond par l’alcool absolu.
Les fibres élastiques apparaissent en bleu violet.
d) Technique de Bezançon et Brodiez (in Revue de la tuber- : culose, n° 4, août 1922, p. 398) pour la coloration simultanée des bacilles de Koch et des fibres élastiques.
Ziehl chaud, 10 minutes;
Acide azotique au 1/3, 3 minutes (laver à l’eau);
Alcool 90 degrés, 1 minute;
Fuchséline de Weigert, 20 minutes (Pi éparée par le. procédé de Longeron, elle se conserve plus de six semaines dans un flacon à large ouverture, bouché à l’émeri, dans lequel on place les lames à colorer);
Lavage alcool absolu, 4 minute;
Colorer le fond au bleu de méthylène.
Les fibres élastiques apparaissent en violet, les bacilles en rouge vif, le fond en bleu.
ATOS
7° La technique à laquelle nous nous sommes rallié.
Afin de n’envisager qu'un procédé simple, à la portée de tout phtisiologue ou de tout médecin, nous avons éliminé de nos recherches l'homogénéisation. Simplifiant ainsi nos-investigations, nous n’aurons à envisager que des examens directs distribués en deux classes : présence ou absence de fibres élastiques.
Coloration à l’orcéine. Procédé Letuelle et Normand (légèrement modifié) : É \
a) Fixer, sans employer la chaleur, par alcool-éther P. E.
b) Faire baigner l’étalement de quatre à huit jours (six en moyenne) suivant son épaisseur dans une quantité suffisante
- de la solution suivante :
| Orcéine bien pure ..... 1 gramme.
AlCGOL absolue 80 grammes pour dissoudre
Mettre l'orcéine dans un mortier et la piler en ajoutant peu à peu l'alcool. Laisser dissoudre pendant vingt-quatre heures. Filtrer.
Ajouter à cette solution :
Acide ChOrhY TIQUE DUT EE, 4 2. 000 XL gouttes. Eau distillée ..:... nes eme rene -..+ 40 grammes. (Cette solution d’orcéine se conserve longtemps.)
€) Laver largement la lame à l’eau. d) La traiter par une quantité suffisante d'alcool chlorhydrique de Unna :
Acide “chlorhydrique. .:,7...:44. 00 { gramme.
Fans Bt ARE te PAR AS 50 grammes.
AICOUS OP E ARSTÉR ER Eten eme 200 grammes
e) Alternativement recommencer les opérations c) et d) jus: qu’à différenciation spécifique des fibres élastiques. Pour cela, laver soigneusement à l’eau, sécher, examiner sans immersion (si possible un seul élément élastique repéré une fois pour toutes) et réitérer les opérations c) et d) jusqu’au virage des fibres élastiques au rouge brun foncé.
f) Colorer le fond au bleu de méthylène.
Les fibres élastiques apparaissent avec leur double contour (fort grossissement) en rouge brun foncé, quelquelois noir et se distinguent nettement du fond bleu.