I. Depuis i885 tout au moins
33o LA LAI^E ET AUTRES FIBRES d'oRIGÏNE ANIMALE
surtout un contraste à signaler entre ces deux périodes et la série d'années intermédiaire, 1 800-1875.
La baisse du froment durant la Restauration et le gouvernement de Juillet, se produit après une longue période de hausse pendant le règne de Louis XYI, sous la Révolution et le Premier Empire. La baisse récente qui s'observe à partir de 1870 modifie la marche des prix du blé, marche ascendante depuis i85o jusqu'au début de la période actuelle correspondant au dernier quart du xix'' siècle.
l^e prix du bétail a subi les mêmes fluctuations que celui du froment pendant les trois périodes successives dont nous parlons. Les cours s'abaissent et restent stationiiaires de 1820 à i85o. Ils s'élèvent de i85o à 1870 et même jusqu'à 1880. On les voit ensuite diminuer, bien que la baisse qui les affecte soit bien moins sensible que la diminulion des cours du froment.
En dehors de toutes les causes cpii ont certainement agi dans le même sens : augmenlation extraordinaire de la production, bon • marché des transports, utilisation du mouton comme bêle à viande, la baisse très générale du prix des produits agricoles nous paraît expliquer, en partie, la marche du cours des laines depuis vingt-cinq ans.
Tous les faits qui justifient et ex])liquent ce mouvement ont exercé la même action sur le cours des autres textiles comme le coton et la soie. Cette analogie est mise en évidence par les i\i flexions des courbes de notre graphique. Nous empruntons à une note de MM. Chabrières, Morel et C/% grands négociants à Lyon, les cours de la soie française, ita-
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Graphique 17. —
Variations du prix de divers textiles et de la laine.
332 LA LAINE ET AUTRES FIBRES d'oRÏGINE ANIMALE
lienne et chinoise * depuis 1876 jusqu'à igoS. Nos renseignements sont donc puisés à des sources sûres. La baisse est visible. Un même mouvement semble entraîner tous les cours, qui fléchissent simultanément et presque parallèlement.
C'est là le phénomène économique qui caractérise la période 1875-1 900.
Est-il possible de prévoir un relèvement prochain des cours-?
, C'est ce que nous allons nous demander.
Depuis 1860, les laines brutes sont exemptes de tous droits à l'importation en France.
A rheure actuelle, cette législation est encore appliquée, sauf pour les laines autres que celles du Cap, d'Australie et des Indes, soumises, au tarij générciL à un droit d'entrepôt de 3 fr. 60 0/0. Les mêmes droits s'appliquent au\ déchets.
Cinquième période {premières années du XX^ siècle). — Il est certain, avons-nous dit, que la quantité de laine mise à la disposition deTindustrie a cessé d'augmenter depuis 1890 jusqu'à 1906. La dernière circulaire de Fred. Huth, partie à Londres le 11 janvier 1909, nous fournit des renseignements nouveaux, puisqu'ils se rapj^^oitent à l'année 1908. En relevant le nombre de balles importées pour la saison ^ en Europe
1. Voir également le Tableau graphique publié par cette maison. Lyon, décembre iyo3, imprimerie Ramboz.
•2. Fia novembre à fin novembre.
LE COMMERCE DES LAINES 333
OU dans l'Amérique du Nord, on trouve les chiffres suivants :
Pays de provenance.
Milliei-s
tle balles
Australasie
Cap
La Plata
Total
Moyenne (lo ans).
.'î.io3
La décroissance des exportations coloniales est donc bien visible. En 1904? s'accentue, et pas une fois depuis 1895 on n'avait relevé un chiffre aussi faible. Les envois de la Plata, c'est-à-dire de l'Amérique du Sud, fléchissent brusquement. Nous savons, d'autre part, que la production de l'Europe ou des Etats-
I , Chiffre exact. Il s'agissait d'une année extraordinaire marquée par une baisse énorme. Les vendeurs ont conservé leur laine au lieu de la vendre.
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CiR vi»ii 1(^)1 K i8. — \ ariatioiis des importations de laines en Franco et piix de la laine (1875- 1 (joo)*
LE COMMERCE DES LAINES
Unis n'a pas augmenté et qu'elle ne saurait suffire aux besoins habituels de la consommation industrielle.
La hausse des prix était donc très probable. Nous avons même montré qu'un relèvement des cours s'était produit en Angleterre pour les laines coloniales.
Le mouvement ascensionnel des cours s^arrêtera probablement, mais la fermeté persistera, comme on l'a vu de iC)ofi à 1909, malgré une baisse accidentelle en 1908. La rareté relative de la matière première en relèvera le prix. Ce que nous ne pouvons pas prévoir dès à présent, c'est la persistance et l'amplitude de ce mouvement de hausse par rapport aux prix cotés à la fin du xix^ siècle. Il sera limité et de courte durée si la production peut s'accroître sous l'influence de la hausse qui augmentera les profits réalisés par les éleveurs. Il sera^ au contraire, très accentué et très prolongé si nous entrons dans une période nouvelle de hausse générale des produits agricoles. Nous ne sommes pas loin de penser que le premier quart du xx® siècle sera précisément marqué par un phénomène de ce genre. Déjà nous constatons une fermeté remarquable du cours des céréales, et notamment du froment.
La production du monde n'a pas diminué ; les récoltes françaises depuis dix ans sont en progression constante, et cependant, les cours augmentent au lieu de fléchir.
Ce sont là des indices. Nous ne nous hâterons pas de conclure et d'affirmer, mais l'hypothèse d'une hausse nous apparaît comme probable.
Nous savons, d'autre part, que la production de l'or
336 LA LAINE ET AUTRES FIBRES d'oRIGINE ANIMALE
a augmenté rapidement depuis quinze ans ^ . Il est donc possible — possible et non certain — que l'or subisse une diminution de valeur. Nous assisterons, dans ce cas, à un phénomène déjà connu et observé, celui d'une hausse générale qui se produisit de i85o à 1875.
La laine et la plupart des autres produits agricoles en ressentiraient l'influence, — comme ils l'ont ressentie après i855, — et les cours monteraient.
Ce sont là, nous le répétons, des hypothèses ; l'avenir seul peut nous renseigner sur leur valeur.
I , Voir rapports au ministre des Finances, Administration des Monnaies.
Production de Vor dans le monde.
Kilos
LA VENTE DES LAINES BRUTES
Nous avons déjà indiqué le total de la production des laines dans le monde, ou plus exactement la quantité dont dispose l'industrie des grands pays manufacturiers. — Le poids des fibres textiles utilisées annuellement s'élève à i milliard de kilos, ovi dépasse ce chiffre, — 2^^^^^ correspondant aux laines brutes ou lavées Sur ce total, les colonies anglaises^ la Plata, rUruguay et quelques autres pays situés hors d'Europe fournissent 600 millions de kilos.
Nous parlerons plus loin des ventes ovi des modes de vente usités pour les laines d'Europe ; indiquons immédiatement dans quelles conditions sont vendues les laines coloniales.
Les ventes de laines coloniales.
Il y a lieu de faire ici une distinction. Les laines de la Plata sont presque toutes vendues directement à Buenos-Ayres ou à Montevideo aux acheteurs européens et américains, puis exi^ortées dans les pays qui doivent les utiliser. C'est la méthode d'achats directs faits sur place, qui tend à se généraliser depuis une vingtaine d'années.
I. Un peu plus de 5oo millions de kilos en laine lavée k fond.
338 LA LAÎXE ET AUTRES FIBRES d'oRIGINE ANIMALE
La France importe ainsi des quantités croissantes de laines d'Argentine et d'Uruguay venant directement des pays d'origine :
Voici les chiffres empruntés aux documents officiels :
Laines d'Argentine et d'Uruguay importées directement en France.
Millions de kilos.
1905-08. io4
Beaucoup de ces laines sont expédiées aux usines ou aux maisons de commerce qui ont procédé par achats directs. Il en est de même pour les autres pays d'Europe. Une certaine qiiantité est, cependant, vendue sur des places de commerce par la voie des enchères, à Liverpool notamment, à Londres, à Marseille ou au Havre. Le grand marché de Londres n'a pas réussi à centraHser les ventes de laines provenant de l'Amérique du Sud.
Il en était tout autrement, il y a vingt ans, pour les laines des colonies anglaises, de l'Australasie et du Cap, qui arrivaient à Londres pour y être vendues aux enchères et réexportées, au besoin, dans les grands pays manufacturiers.
Aujourd'hui encore, près de 4o 0/0 des laines d'Anstralasie et du Gap passent par le marché de Londres et
LA VENTE DES LAINES BRUTES
sont adjugées au plus fort enchérisseur. Les achats directs sont toutefois devenus phis fréquents et portent sur des quantités phis considérables, bien que les grandes enchères de Londres^, distribuées en 6 séries de janvier h fin novembre, aient conservé une importance énorme.
Dans le tableau suivant, nous résumons le mouvement des laines coloniales (Australasie et Cap), en montrant la décroissance relative des transactions opérées à Londres
Importations de laines coloniales, consommations totales en Europe
et en Améri
que^ ventes à L
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