I. Maillot, Leçons sur le ver à soie du mûrier, p
LA SÉRICICULTURE
Nous ne saurions mieux faire que d'en parler brièveT ment pour rester fidèle à la méthode logique d'expositioh de notre sujet.
La pcbrine est la plus redoutable des maladies du ver à soie. Ce fléau a décimé nos magnaneries à partir de 1849. De iS^o à 1800, notre production de cocons s'élevait en moyenne à 20 millions de kilos. En i853, elle atteignait même le chiflVe maximum de 26 mil lions de kilos.
A partir de i855, la pébrine étend ses ravages avec une effrayante rapidité et la récolte de cocons tombe à 7.500.000 en i856 ; à 6.5oo.ooo en i863 ; à 6.000.000 en 1864 ; à 4.000.000 en i865.
Dans Tespace de dix ans, notre production avait diminué de 22 millions de kilos ou de 84 0/0 !
(( Il faut avoir assisté à ces désastres, dit M. Pasteur, pour comprendre leur étendue et les misères qui en sont la conséquence. Après avoir donné son temps et sa peine à son cher bétail (expression d'Olivier de Serres), dépensé sa feuille, payé ses ouvriers, le malheureux éducateur ne recueille que des cadavres en putréfaction. Jadis, l'époque de la récolte des cocons était un temps de fête et d'allégresse. Malgré la fatigue des derniers jours de l'éducation, où l'appétit des vers ne peut être satisfait qu'au prix d'un travail qui ne connaît de repos ni le jour ni la nuit, des chants joyeux retentissaient partout dans les campagnes, sur les arbres où se faisait la cueillette de la feuille, près des tables où le précieux insecte, le corps rempli de soie, montait avec prestesse sur la bruyère pour y construire sa prison dorée. Un ^eul trait dira la place qu'occupait dans la vie des populations la récolte du précieux textile : les paiements de
LA SOIE
Tannée entière, tous les règlements d'affaires, avaient lieu quelques jours après Tachèvement des éducations* Cet usage antique et respecté n'est plus aujourd'hui qu'un souvenir V n
Tout le monde sait quelle part glorieuse a prise le grand savant français à la lutte contre la maladie qui ruinait les éleveurs.
En i865, Dumas lui écrivait :
u Je mets un prix extrême à voir votre attention fixée dans la question qui intéresse mon pauvre pays ; la misère dépasse tout ce que vous pouvez imaginer, »
Pasteur a retracé lui-même Fliistoire de sa découverte. Nous transcrivons ce passage, parce que les faits qui s'y trouvent consignés sont intimement liés à la question de la sélection des graines.
(( Une chose m'avait particulièrement frappé à la lecture des travaux de M. de Quatrefages : c'était l'existence dans le corps des vers malades de cor])uscules microscopiques regardés par beaucoup d'auteurs comme un indice de la maladie, bien qu'une grande obscurité règne encore, sur la nature, la signification et Tutilitc pratique que l'on peut tirer de la présence ou de l'absence de ces petits corps singuliers. N'ayant que quelques semaines à consacrer à ces recherches, puisque j'arrivais à la fin des éducations, je résolus de m^'attacher exclusivement à l'examen des questions que soulève l'existence de ces corpuscules.
(( Mon premier soin, dès que je fus installé dans une petite magnanerie aux environs d^Alais, fut d'apprendre
I. Pasteur, Traité sur la maladie des vers à soie, introduction, p. 12, en
L\ SÉRICICULTURE
à les reconnaîlro et à les distinguer. U'kmi n'esl plus facile. Je conslatais bientôt, a la siiile de toutes les personnes qui fte sont occupées de leur étude, que chez certains vers cpii ne peuvent monter à la bruyère, ils existent à profusion dans la matière adipeuse placée sous la peau, ainsi que dans les organes de la soie. D'autres vers d'apparence saine n'en montraient pas du tout. Le résiillat fut le même pour les chrysalides et les papillons^ et généralement la présence abondante des corpuscules coïncidait avec un état évident d'altération des sujets soumis à l'examen microscopique. Les uns. fortement tachés par les taches noires irrégulières qui ont fait appeler la maladie du nom de pébrine, ou d(* maladie de la tache par M. de Quatrefages, renfer niaient un nombre ]>rodigieux de ces corpuscules. Il en était de même 1(^ j)lus ordinairement des papillons à ailes recroquevillées et tachées. J'acquis peu à peu la conviction que la présence des corpuscules doit é(r(^ regardée, en effet, comme un signe physique de la maladie régnante ^. »
En 1867, Pasteur avait démontré que la pébrine était héréditaire, mais qu'inversement des papillons sains, c'est-à-dire exempts des corpuscules symptomatiques, donnaient toujours naissance à des œufs sains capables de produire des vers bien portants. Il suffisait donc de sélectionner les papillons pour arriver à sélectionner les graines, et à s'affranchir par conséquent du terrible tribut payé par l'éducateur au fléau désormais victorieusement combattu.
I. Pasteur, loc. cit,y t. 11, p. loG. Extrait des observations sur la maladie des vers à soie communiquées à T Académie des Sciences, le 27 sopt('nd)rc i8G5.
FIimES TEXTILES
2(3 I \ son:
L'expérience déiiionUa en outre que les graines pondues par une femelle saine donnaient naissance à des vers sains même si l'accouplement avait eu lieu avec un mâle corpusculeux»
Il suflisait donc d'examiner les papillons femelles pour écarter ou conserver les œufs qu'elles avaient pondus.
Dans la pratique, un dispositif ingénieux et simple permet de procéder à l'examen des femelles sans ris quer de se tromper sur la valeur de la graine qu'elles ont fournie.
L'accouplement ayant eu lieu, on fait pondre les femelles sur des carrés de toile ou tulle léger. Les œufs, toujours coviverls d'un vernis gluant, restent attachés à ce rectangle d'étoffe. Quant au papillon, il est fixé dans un coin à côté de ses graines. Un examen ultérieur permet de constater l'absence ou la présence de corpuscules caractéristiques dans le corj^s du papillon, et ses œufs sont alors soit rejetés, soit coiiservés pour servir à la reproduction.
J^es carrés ou les sachets employés constituent dc:6 cellules: de là ce nom de grainage cellulaire donné à la méthode de sélection indiquée par Pasteur.
L'application rigoureuse de ce procédé n'a donné aucun mécompte depuis quarante ans, et elle est universellement préconisée. Encore est-il nécessaire que l'examen microscopique des papillons soit attentif et qu'une expérience professionnelle acquise dans des laboratoires spéciaux, sous la direction de spécialistes éprouvés, permettent aux observateurs de ne pas coni juettre des erreurs I
De la part de ceux qui font le commerce des graines
LA. SÉRICiGLLTLUE
Cl qui les vendent avec (jarantie aux éleveurs, ton le négligence est une véritable fraude, et nous aurons bienlot à signaler les dangers de ces pratiques, en même temps que nous indiquerons les moyens proposés pour les conjurer.
^ La Jlachcrie est la seconde maladie hcrcditairc dont il y a lieu de se préoccuper. Les expériences de Pasleur ont encore prouvé que les reproducteurs al teints de flaclierie, ou contaminés par le contact d'individus malades, donnaient des œufs qui fournissaient des vers malades.
(( Si j'étais éducateur de vers à soie, écrit l'illustre savant, je ne voudrais jamais élever une graine née de vers que je n aurais pas observés à maintes reprises^ dans les derniers jours de leur vie, alin de constater leur vigueur, c'est-à-dire leur agilité au moment de filer leur soie. Servez-vous de graines provenant de papillons dont les vers sont montés avec prestesse à la bruyère sans offrir de mortalité par la flacherie, de la quatrième mue à la montée, et dont le microscope aura démontré la sanité au point de vue des corpuscules^ et vous réussirez dans toutes vos éducations, si peu que vous connaissiez l'art d^élever les vers à soie. »
Et il ajoute :
u Combien de fois n'arrive-l-il pas que l'observation des vers au moment de la montée à la bruyère est complètement laissée de côté par l'éducateur, qui ne prend conseil, à l'ordinaire, que de l'abondance de la récolte ou delà beauté des cocons., pour savoir s'il doit ou non livrer ceux-ci au grainage !
u Bien plvis, il fait grainer, le plus souvent, des cocons qu'il n'a point obtenus Ivii-méme et. Tannée
2*5 LA SOIE
suivanle, il s'étonne de voir l;i naclieiie décimer ses
éducations. »
La conclusion à tirer de ces faits s'impose a 1 attention de tous. Il est démontré que le contrôle des graines et leur sélection rigoureuse décident du succès de l'élevage, puisque les u éducations » peuvent être décimées soit par la pébrine, soit par la flacherie.
Les nations étrangères ont depuis longtemps réalisé, à cet égard, des progrès considérables dus à des mesures énergiques qu'elles ont prises en vue d'assurer la livraison de graines saines aux éducateurs de vers à soie.
A peine le système Pasteur était-il connu que l'Autriche et l'Italie en assurèrent l'application. Dès 1869 line station séricicole était fondée à Goritz dans le but de préparer et de contrôler les graines, de poursuivre des essais de tous ordres et de former de bons éducateurs. Des leçons y sont données à des élèves, et les cours, d'une durée de cinq à six semaines, permettent aux auditeurs de subir un examen à la suite duquel des certificats de capacité sont distribués. Cette organisation multiplie à la fois les graines de botme qualité et les
bons éducateurs.
En 1 87 1 , le gouvernement italien créait à Padoue une station séricicole expérimentale. Des cours sont faits aux hommes ou aux femmes qui désirent s'instruire et obtenir un certificat de capacité leur permettant de devenir des u graineurs » (fabricants vendeurs de graines) ou chefs de magnaneries expérimentales. On compte en Italie plus de soixante de ces établissements, auxquels le public peut s'adresser pour faire examiner les graines et les papillons.
La Hongrie a fondé 1' « Inspectorat.» de Szegzard,
LA SÉRICICULTURE
qui assure rinstruction des éducateurs, contrôle leurs opérations et les approvisionne de graines de bonne qualité.
L'Administration de la Dette publique ottomane a fondé à Brousse en 1888 une station séricicole dirigée par un ancien élève du laboratoire de la station française de Montpellier ^.
Chaque année, au moment des élevages^ on fait, à la station de Brousse-, des cours et des applications techniques auxquels assistent des élèves venus de toutes les régions de la Turquie. Un diplôme de a graineur » est délivré à la suite d'un examen spécial.
Un très grand nombre de Chinois, de Japonais, d'Indiens, de Russes, de Roumains, sont venus en France, à la station de Montpellier, étudier le système de sélection préconisé par Pasteur et les méthodes d'élevage dont Texpérience a consacré le mérite.
« En France, écrivait récemment le directeur d\ine station séricicole du Midi, le premier ignorant venu a le droit de fabriquer et de vendre aux éducateurs, c'està-dire aux paysans confiants, de la graine de ver à soie. Il cherche, bien entendu, à produire le plus d'onces possible afin d'encaisser une forte somme, et, comme il ne connaît les principes de grainage que pour en avoir entendu parler superficiellement, il ne peut, la plupart du temps, 'que livrer de la graine douteuse qui, entraînant des échecs, ruine les magnaniers de toute une région.
(( Les pouvoirs publics devraient intervenir, ainsi que cela a lieu dans les pays étrangers, pour prévenir ces désastres.
I. Laboratoire annexé à l'École nationale cragriculture de cette vlUc*
3o LA SOIE
« Le conseil général du Gard Ta si bien compris qu'à la session d'août 1890 il a adopté le vœu suivant :
(( Qu'une surveillance soit exercée ou que des mesures particulières soient prises pour que des graines de ver à soie malsaines ou demi-saines ne puissent être mises en vente. »
« J'estime, dit notre auteur, qu'au point de vue de « la sauvegarde des intérêts des agriculteurs, la liberté u du comnierce des graines de ver à soie devrait être « réglementée comme celle des substances pharmaceu- (( tiques. »
iSous ne pensons pas qu'il soit nécessaire d'aller avissi loin, mais nous sommes persuadés, en revanche, que la vente de graines malsaines ou peu saines constitue un délit qvii doit être puni. Nous sommes également convaincus que l'activité si bienfaisante à tant d'égards des syndicats agricoles serait utilement employée à protéger l'éducateur français contre les dangers dont il est menacé, contre ceux que lui fait courir spécialement son ignorance ou son imprévoyance.
On analyse des engrais avant de les acheter, et les syndicats agricoles prennent cette précaution au nom de leurs membres ; il est donc naturel que la graine de ver à soie soit pareillement l'objet d'un examen spécial confié à des spécialistes autorisés.
Avant tout, il convient de persuadci ragriculteur luimême ; de le convaincre en lui prouvant qu'il perd au lieu de gagner toutes les fois qu^il achète des graines à bas prix, sans se rendre compte exactement de leur productivité par rapport aux graines sélectionnées et pures-
La réglementation sévère du commerce des graines de ver à soie est, en outre, impraticable ou inutile si
LA SÉRICICLLTLUE
Ton ne se résout pas à interdire la vente faite par rediicatenr à son voisin, ou la mise en circulation des œufs produits par le sériciculteur lui-même. L'assimilation proposée du graineur au pharmacien n'est pas acceptable, en thèse générale- Il est tovitefois parfaitement possible de soumettre les négociants graineurs à des inspections qui serviront leurs intérêts au lieu de les compromettre, car le service de cette inspection, en rendant témoignage de la bonne qualité de leurs prodviits. leur assure la confiance justifiée d'une clientèle intelligente.
La richesse soyeuse.
Avant de terminer ce chapitre, nous ne pouvons pas manquer de signaler les efforts tentés en vue de pratiquer la sélection dos graines capables de fournir des vers vigoureux fdant individuellemenl des cocons plus riches en soie. L'expérience démontre, en effet, que tous les cocons sont loin de fournir le même poids en fils de soie grège. Il est donc avantageux d'élever des chenilles qui filent des fibres plus longues et donnant également au dévidage plus de grammes de soie marchande.
Les remarquables recherches de M. Georges Coûtagne ^ ont éclairé cette question, qui offre un intérêt considérable. Voici l'exposé que nous lui devons :
« J'appelle, dit-il, richesse en soie d'un individu le rapport du poids p de la coque (du cocon) au poids P du cocon ; et richesse soyeuse moyenne d'un lot de
I. G. Coutagne, Recherches expérimentales sur 1* hérédité chez les vers à soie. Bulletin scientifique de la France et de la Belgique^ t. XXXVII, Paris, 1902.
LA SOIE
plusieurs cocons le rapport du j)oids total des coques au poids total des cocons. Ce rapport étant variable d\in jourà Tautre, par suite de la respiration et de la transpiration de la chrysalide, il va de soi que toute détermination de ce rapport n'aura de valeur que lorsque, en même temps, ou connaîtra, avec une certaine exactitude l'âge de la chrysalide, c'est-à-dire le nombre de jours écoulés depuis la montée ou à écou- 1er encore jusqu'à l'éclosion du papillon, afin que dans toute comparaison avec d'autres individus ou d'autres lots on puisse éliminer, par des corrections convenables, l'influence de ce facteur accessoire. »
En ramenant le poids du cocon à ce qu'il eût été à un jour fixe, soit par exemple 7 jours avant la sortie du papillon de la coque, M. Coulagne a déterminé très exactement, en utilisant une balance spéciale, la richesse soyeuse que la simple inspection ne permet presque jamais de déterminer avec précision.
En choisissant comme reproducteurs les papillons dont les vers avaient tissé les cocons les plus riches en soie, on se procurait une graine dont les produits devaient — par atavisme — être eux-mêmes producteurs de cocons pesants.
Cette œuvre desélection fut poursuivie par M. Coutagne en accouplant les papillons issus eux-mêmes de vers particulièrement capables de produire les plusriches cocons ; de cette façon, les qualités recherchées étaient développées et lîxées sous la double influence de l'individualité et de la consanguinité. C'est la méthode employée par les éleveurs de nos grandes variétés de bovidés telles que la variété Durham, et par les habiles producteurs de moutons améliorés.
LA SÉUICICL LT L UK
Dans l'espace de dix ans, M. Coutagne a élevé progressivement de la façon suivante la richesse soyeuse de ses cocons, c'est-à-dire le rapport du poids de la coque à celui du cocon tout entier, y compris la chrysalide :
ao.2
. . ai. 8
Les deux chilTres allerents aux années 1891 et 1896 accusent des diminutions de richesse, mais cette singularité est expliquée par des croisements de races opérés pour éviter les dangers de la consanguinité au point de vue de la vigueur des familles toujours unies les unes aux autres. En définitive-, M- Coutagne fit passer de i5 à 23 0/0^ c'est-à-dire augmenta de 53 0/0 la richesse soyeuse de ses cocons.
Cette méthode, dont l'application doit évidemment être féconde en heureux résultats, devrait être partout conseillée et utilisée.
Un spécialiste autorisé, M. Mozziconacci, décrit ainsi l'opération de la sélection :
Pratique de la sélection en vue de la richesse soyeuse des cocons. — u La sélection des reproducteurs en vue de la richesse soyeuse est facile à pratiquer ; voici en quelques mots en quoi elle consiste :
« Pour chaque lot à conserver en vue de la reproduction, après avoir choisi les cocons les meilleurs en ce qui concerne la forme, le grain, la couleur, la fermeté, etc., provenant de chambrées qui n'ont laissé à désirer
on î ion au point de vue de la santé des vers et de la montée à la bruyère, on commence à séparer, à Taide de la balance tarée au poids moyen d'un cocon, les mâles des femelles ; puis on établit la ricbesse en coqvie soyeuse de chaque cocon. Pour cela, on pose d'abord le cocon au centigramme ; ensuite, à l'aide d'un canif bien tranchant, on l'ouvre à Tune de ses extrémités; de façon à figurer un couvercle adhérent par un point ; on extrait la chrysalide, ainsi que la peau ridée et sèche qui l'accompagne, et on pèse la coque. On réintègre ensuite délicatement la chrysalide dans le cocon, la tète tournée vers la partie qvii n'a pas été sectionnée, et on ferme le couvercle en le faisant pénétrer légèrement. Deux balances spéciales, l'une pour les cocons, l'autre pour les coques, construites sur les données de M. Brandi ^ par M. Restorf, à Paris, permettent d'eflectuer très facilement ces pesées.
« Supposons que le poids d'vui cocon soit i gr. 78 et celui de sa coque de p gr. 27, nous obtiendrons la richesse soyeuse en divisant o gr. 27 par i gr. 73, soit G gr. i56, ce qui revient à dire que 100 kilos de cocons pareils a celui que nous venons de peser donneraient i5 kg. 6 de coques soyeuses. — Il est bon de noter que la richesse soyeuse des cocons habituellement filés varie de 11 à t3 0/0.
« On dispose, pour la sélection, de boîtes désignées chacune par une lettre et contenant 5o casiers numérotés, fermés à l'aide d'vine toile métallique. De ces
T. M. Hraiicli, directeur de la station séricicole de Manosque (Basses- Alpes), est l'auteur de recherches très intéressantes sur la richesse soyeuse des cocons.
LA SÉRICICULTURE
boîtes, les unes sont employées pour enfermer et isoler les mâles, les autres pour les femelles.
(( Chaque cocon, après avoir été pesé ainsi qu'il vient d'être dit, est déposé dans un des casiers, numéroté et inscrit avec ses poids respectifs sur un registre à la subite du numéro de son casier.
(( Tous les cocons étant ainsi isolés, on attend la sortie des papillons, puis on n'accouple entre eux que les reproducteurs à aspect irréprochable, appartenant à des familles de la même race, dont le poids du cocon et la richesse soyeuse sont le plus élevés ; de cette façon on tend à améliorer la richesse soyeuse des cocons, tout en leur maintenant un poids favorable à la vente.
ce II est bien entendu que nos reproducteurs doivent provenir d'éducations parfaites, n'ayant présenté aucun cas de mortalité, et sont examinés au microscope pour avoir la certitude qu'ils sont absolument exempts des corpuscules de la pébrine.
Résultats obtenus . — « La station expérimentale d' A lais ayant été créée en 1897, ^^9^ j'appliquais cette méthode et en 1899 j'élevais un lot de 4 gr. 5oo de graines sélectionnées qui produisit 9 kg. 600 de cocons fins. Voulant me rendre compte du rendement en soie grège de ces cocons, je les confiai A une filature industrielle de notre ville.
(( Ces 9 kg. 600 de cocons frais se sont réduits à 3 kg, 750 de cocons secs qui ont fourni 1.200 grammes de soie grège, soit une rentrée de 8 kilos de cocons frais pour I kilo de soie, alors que nos filateurs comptent généralement, ainsi que nous l'avons dit, sur une rentrée de 11 à 12 kilos de cocons frais pour obtenir cette même quantité de soie.
LA SOIE
(( Les vers de ce lot, qui s'étaient bien comportés pendant le cours de leur éducation, ont été un peu lents à la montée à la bruyère ; Taugmentation de leur sécrétion soyeuse s'était faite au détriment de leur vigueur, et cela d'autant plus qu'ils avaient été reproduits en consanguinité.
(( C'est, nous l'avons dit plus haut, en faisant reproduire des individus issus, non pas de la même cellule, c'est-à-dire frères et sœurs, mais de familles différentes élevées dans le même local, ou mievix encore dans des milieux différents de la même localité, que l'on peut maintenir la robusticité des vers.
« MM. Messac frères, fîlateurs à Alais, que je m'empresse de remercier pour leur bienveillant concours, ont estimé industriellement en 1899, 1900, 1901 et 1902 les lots decoconsque j'avais obtenus en pratiquant la sélection en vue de la richesse soyeuse. Les résultats de ces essais sont résumés dans le tableau suivant :
Rentrée *
Rentrée^
Cocons fins
Réduction
Rendement
en cocons
en cocons
livrés
en
en
secs pour
frais pour
Années
à la filature
cocons secs
soie grège
I kg. ae soie
I kg. de soie
lO k. 700
9 k. 3oo
3 k. 4oo
I k. 3oo
1. On désigne par « rentrée » le poids de cocons nécessaire pour obtenir I kilo de soie. Ce poids (kilo) est ordinairement égal à 12 kilos quand il s*agit de cocons frais^ c'est-à-dire de cocons renfermant encore la chrysalide vivante, avant le passage à l'étouffoir qui fait perdre aux cocons un poids important d'humidité et avant le a séchage » des cocons.
2. La « rentrée » pour les cocons secs est de U kilos ordinairement, c'està-dire qu'il faut dévider h kilos de cocons secs pour obtenir i kilo de soie
LA SÉRICICULTURE
(( Ainsi que je l'ai dit, les vers de réducatioii de 1899, qui avaient été obtenus par la consanguinité, ont présenté une certaine lenteur à la montée à la bruyère ; par contre, ceux des élevages de 1900, 1901 et 1902. qui provenaient de l'union de variétés difTérentes, se sont très bien comportés.
(( Afin de multiplier les essais en filature, j'ai installé à la station de sériciculture d'Alais une petite bassine expérimentale, construite par M. Berthaud, de Lyon, qui permet de dévider un seul cocon ou un fil de grège. J'ai pu ainsi me rendre compte que le choix des reproducteurs ayant une richesse en coqiie élevée donne, toutes conditions égales d'ailleurs, un fort rendement à la bassine.
(( J'extrais à ce sujet de mon registre les résultats suivants :
Kichesse
Kichesse
soyeuse
soyeuse
Cocons
Rendement
Rentrée^
Rentrée-
du
de la
secs
total
en cocons
en cocons
maie
femelle
filés
en
secs pour
frais pour
Variétés élevées p. cent
p. cent
soie grège
ik.de soie
ik.de soie
kg.
Ooisement de H.-
Alpes et de C hi ne. 16.7
(boisement de 11.-
Alpesetde Chine. iS.q
(Iroisement de Ch.
et de H. -Alpes. 18.2
Hautes-Alpes. . 18. G
Il l .390
\ ar sélectionné. . 18. y
Il est à peine besoin d'insister sur la portée économique de ces faits. Notons toutefois que toutes les transactions portant sur des cocons sélectionnés (ob-
LA SOIE
tenus par la méthode de grairiage perfectionne) doivent être modifiées. La vente au rendement en soie doit être seule pratiquée, puisque Ton perdrait sans cela le bénéfice attaché à la production de cocons contenant beaucoup de soie par rapport au poids de la chrysalide.
La sélection telle que nous venons de Tétudier doit être complétée par celle des races ou des variétés qui conviennent à une région soit à cause du climat, soit à cause des demandes de l'industrie. Le grainage a donc pour objet, non seulement d'obtenir des œufs exempts de toute tare héréditaire morbide (pébrine, flacherie), mais encore de fournir des vers appartenant aux espèces recherchées pour l'éducation.
(( Il en est des vers à soie, dit un spéciahste, comme de tous les êtres animés : telle variété donnera pleine satisfaction dans une région et des résultats médiocres ou déplorables dans une autre. Ce serait une utopie de s'attacher à améliorer et multiplier une race unique pour en faire une sorte de type universel.
« Dans telle région, les cocons blancs sont préférés ; dans d'autres, les jaunes ; ailleurs, les croisements chinois ou japonais réussissent seuls. Sur tel marché, les gros cocons ont plus de valeur que les petits ou inversement. Le graineur doit donc étudier les races ou variétés qui conviennent le mieux à chacune des régions qu'il approvisionne et s'appliquer à les améliorer. »
En France, notamment, par une sorte de division du travail, la production et la vente des graines de ver
LA SÉRICICULTURE
à soie sont spécialisées. Les industriels qui sé chargent de ces opérations sont presque tous établis dans les départements du Yar, des Havites et Basses-Alpes, des Pyrénées-Orientales, du Gard, des Bouclies-du- Rhône et de Yaucluse.
Le grainage cellulaire (voir plus haut) devrait être la régie pour permettre de rejeter les papillons corpusculeux, et d'autre part l'examen des vers au moment de la montée à la bruyère devrait également être fait par l'industriel pour prévenu- la transmission de la flacherie.
En fait, le prix de vente des graines ne permettant pas, à cause de sa modicité, des dépenses excessives, le graineur se contente souvent de faire procéder à des élevages spéciaux en vue de la reproduction dans des régions bien choisies, où les éducations sont d'ordinaire exemptes de maladies, bien soignées, et faites dans des magnaneries assez éloignées les unes des autres pour que les chances de contamination soient aussi faibles que possible. Les éducateurs reçoivent la graine gratuitement et suivent les instructions données par le graineur qui fait procéder à des inspections.
La qualité des graines sorties des ateliers ou magasins des graineurs industriels varie nécessairement selon la valeur technique professionnelle du directeur et de ses divers collaborateurs.
Nous ne saurions entrer ici dans les détails de l'organisation intérieure d'un laboratoire de graineur ; mais nous devons signaler une lacune dans l'organisation du contrôle exercé soit à titre privé, soit à titre officiel. Il existe en France des laboratoires d'essais de semences pour les graines employées en agriculture. Les mar-
4o J.V SOIE
chands graînicrs se trouvent ainsi contrôles. Rien de pareil n'existe en ce qui concerne les vers à soie, et il serait précisément utile que des syndicats, des sociétés a^^ricoles, des commjiines, des départements ou l'Etat réussissent à multiplier les stations de contrôle dans lesquelles on procéderait à un examen méthodique des graines pour en déterminer les qualités à tous les ^^oints (le vue, c'est-à-dire la proportion d'éclosion et par suite de graines vivantes, la piueté au point de vue <les races, l'absence de toute maladie héréditaire, l'aptitude à produire des cocons de grande richesse soyeuse, vAc. etc.
Ce sont là, comme nous le disions plus haut, des institutions que l'initiative privée doit former et que l'Etat S à son défaut, devrait favoriser en utilisant les établissements scientifiques dont il dispose ; ce serait là également une très vilile garantie, capable d'ailleurs de favoriser la vente des bonnes graines par les bons graineurs et l'exportation de nos graines dont le bon renom favorise dés à ])résenl la vente à Vcfranr/cr.
^"Sns crpoi'htllons de f/rai/ics.
Nous sommes, en effet, chargés, depuis ra])plication des méthodes pastoriennes à la sélection des graines, d'approvisionner les régions séricicoles à l'étranger.
I. Par lin docret en date du 9.6 avril 1907 (voir aussi, loi de finances tltî 1907, art. 37), on a erré au ministère de l'Agriculture un service de i onlrôle avec garantie de ri^tat, pour assurer dans de meilleures conditions la vente des graines à Tintérieur de la France, et leur exportation. Les graineurs ont la faculté de soumettre leurs établissements à ce contrôle facfillttlify une « bande de (jaranlie » tricolore permet d'envelopper les graines exportées en boîte et garantit le contrôle exercé par l'Etal IVanvais^
LA ÎSKUICICULTURE
Certes, des elTorts considérables onl été faits dans les pays séricicoles pour - se procurer de bonnes graines en sélectionnant sur [)lace. Nous avons drjà fait alhision à l'école de Brousse, fondée en 1888, qui donne en Turquie ^ un enseignement professionnel et délivre un certilicat de capacité sans lequel il est interdit de s'occuper de grainage. Des stations semblables ont été créées a Salonif[ue, Antioclie, Damas...
La station impériale de Tiflis est fort bien organisée. Des établissements existent dans l'Asie russe depuis dix ans a Tasclikend, Samarcande, Petro AlexandroAvno.
Néanmoins les sériciculteurs de la Turquie d'Europe ( I d'Asie ( I l( s stations séricicoles elles-mêmes acbetent des graines françaises. Tl est de même i"" pour l'Italie, bien que le grainage soit très perfectionné ; 9.'' pour la Russie, la Grèce, l'Espagne, etc. etc.
Nos exportations d'œufs de ver à soie ne flécbissent pas depuis 18 ans, comme le [Houvent les cbifPres suivants que nous emprvmtons aux rapports de la section (tissus) de la Commission des valeurs de douane :
EXPOI\T ATIONS D'OEUFS DE VERS A SOIE
kilos kilos
1891. . . . '^A-OOO 1899. . . . 18.000 189*^. . . 19.000 1900. . .'^9.000
1894. . . • ;ii.ooo 190/1. . . 3i.ooo
1895. . . î^i .ooo 1905. . . . j\ 000
1896. . . . !>5I.OOO 1906. . . !i5.000
f. I/école de Brousse dès 1894 fournissait en Turquie 116.000 onces de graines et en vendait 20.000 onces à la Russie.
LA SOIE
Et rhonoiable rapporteur ajoute :
(( Nous avons exporté, en 1907, 27.607 kilos de graines contre 25.219 en 1906. C'est un gain qui ne laisse pas que d'être appréciable. En effet, la pratique méthodique de la sélection des graines a fait de si grands et de si heureux progrès jiour toute l'Europe et en Turquie qu'il est satisfaisant de voir notre chiffre d'exportation se maintenir ot même augmenter légè^ rement.
« Cela fait hoinieur à nos établissements de grainage français. Mais notre collègue, M. Emile Carrière, nous signale une autre cause de cette amélioration de notre exportation de graines. Les graineurs italiens viendraient de plus en pkis nombreux installer leurs propres grainages en France, rendant ainsi hommage aux qualités do nos races de vers à soie. Le grainage fran(;ais semble donc prendre une vitalité nouvelle sous l'inlhience de cet apport de nos voisins d'Italie. »
Voici d'ailleurs quelles ont été, depuis quelques années, les quantités de graines exportées de France, et ce même tableau indique les pays de destination :
Poids net
(milliers
f>e kg.)
Pays de destination
if)oO
i(jo5
Italie.