Session de
LES ENCOURAGEMENTS OFFICIELS
de la soie est une industrie qui n'a ])as confiance dans ravenir. C^est qu^en effet cet avenir repose en grande partie sur la protection que te budget français lui accorde sous forme de primes, et que le régime des primes est actuellement remis en question. . . »
Considérée comme liée au sort de la sériciculture, la fortune de la filature ne paraît donc guère brillante, bien que chaque année cette industrie spéciale reçoive environ quatre millions de francs sous forme de primes !
Quant à la sériciculture elle-même, le rapporteur de la Commission des valeurs de douane signale la hausse du prix des cocons et ajoute :
(( Peut-être nos populations du Midi trouveront-elles là un encouragement à revenir à une industrie familiale un peu abandonnée chez nous depuis plusieurs années, ou du moins qui ne recrute guère de nouveaux adeptes et qui ne s'étend pas..-
(( Les grands rendements que nous obtenons depuis quelques années tiennent principalement à l'excellence des graines mises à l'éclosion. Aussi l'industrie du grainage reste-t-elle fort intéressante à suivre, »
Les précautions oratoires et l'optimisme officiel de l'homme politique ayant à justifier une mesure politique ne démontrent que trop clairement l'insuffisance de la législation des primes. Le rapporteur de la Commission des valeurs de douane déclare nettement que la sériciculture est dans un état de stagnation et de malaise dont les encouragements de l'État n'ont pas pu réussir à la tirer, et il constate sans hésitation la situation fâcheuse autant qu'anormale de la filature u dont l'avenir repose, en France, sur la protection de l'Etat » I
LA SOIE
Les résultats du système inauguré en 1892 sont donc très médiocres.
D'autre part, les dépenses ont été considérables. L'Etat accorde chaque année /i-5oo.ooo francs à titre de primes aux sériciculteurs, et cette somme représente près de 20 0/0 de la valeur totale de la récolte ! Ce fait démontre l'énormité des sacrifices imposés aux contribuables, sacrifices qui n'ont pas pu, cependant, provoquer un développement delà production, ou prévenir sa décadence incontestable.
Il est donc permis de se demander si les subventions accordées aux sériciculteurs n'auraient pas été plus efficaces si elles avaient été employées d'une autre façon et si, notamment, une partie des 64 millions dis tribués aux éducateurs avait été destinée depuis seize ans aux recherches d'ordre technique visant le contrôle des graines, l'accroissement de la richesse soyeuse des cocons, la reconstitution des mùreraies, etc. A tout le moins est-il bien fâcheux de constater que le budget des œuvres d'amélioration des conditions de production ne représente qu'une fraction presque dérisoire des allocations dispersées par sommes insignifiantes entre les éleveurs.
Nous allons étudier précisément dans le paragraphe suivant les efforts faits par l'Etat pour seconder les producteurs et faciliter leurs recherches relatives aux méthodes techniques de perfectionnement des conditions de la production. Le vote récent de la loi du II juin 1909 ne saurait modifier nos conclusions.
Les encouragemenls au point de vue technique.
Il y a lieu de signaler immédiatement la fondation d'une station séricicole annexée à l'Ecole nationale
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iVagricullure de Montpellier. Celle station a été créée en 1873 dans le but de vulgariser précisément, là où il était utile de le faire, les méthodes de Pasteur appliquées au grainage.
L'établissement scienlirique do Monlj^ellier constitue en même temps une école de sériciculture et un laboratoire de recherches expérimentales. Une magnanerie annexée à la station permet de se livrer à des éducations, de compléter renseignement théorique qui s'adresse tant aux élèves de l'Ecole d'agriculture qu'à des é\b\es libres éf rangers venus d'Italie, de Grèce, de Tiuquie, de Russie, de Roumanie, de Bulgarie, du Japon, de la Chine, de l'Amérique et de l'iVngleterre.
On prépare chaque année à Montpellier des graines saines distribuées gratuitement pour servir à la propagation des races les plus vigoureuses et les plus avantageuses à élever.
Dans un champ de collection récemment créé, on a, de plus, groupé diverses variétés de mûriers, et l'on étudie la culture de cet arbre, les systèmes de taille, les maladies dont ils peuvent être atteints, etc. Une pépinière jointe à ce jardin expérimental permettra de distribuer des boutures et des plants en répandant les meilleures variétés de mûriers.
A Aubenas, dans TArdèche, il existe un établissement officiel dénommé magnanerie-école. C'est, en fait , non une Ecole de sériciculture, mais une magnanerie modèle créée en 1881. Le personnel s'occupe de l'amélioration des variétés de vers françaises et étrangères ; il est chargé, en outre, d'un service d'inspection des cocons destinés au grainage. Les éleveurs sont admis à suivre toutes les opérations de la magnanerie pour y
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recevoir ainsi des leçons de choses- L'Elal s'est propose ^le placer ainsi dans un centre séricicole très important une installation-type, une magnanerie fonctionnant de la façon la plus satisfaisante, pour servir en quelque sorte à renseignement par les yeux.
Des spécialistes bien choisis, attachés à cette École ]>ratique, peuvent rendre des services de tous genres aux éducateurs de la région.
Enfin deux u Stations » séricicoles ont été installées à Manosque (Basses-Alpes) et à Alais (Gard). Ce sont des laboratoires de recherches scientifiques qui peuvent, en outre, être utiles au public, par les contrôles de la qualité des graines, des cocons, des appareils destinés aux élevages, par Tétude des maladies nouvelles comme celles des mûriers, par des tournées de conférences ou d'inspection confiées aux directeurs, enfin par des recherches personnelles de toutes sortes. Rappelons, enfin, que depuis 1907 (Décret du 26 avril) un service de contrôle dugrainage a été créé. Les graineurs ont la faciillâ de soumettre leurs établissements à ce con^ trôle qui garantit la qualité des graines vendues.
Conclusions.
Les encouragements techniques donnés par l'État à la sériciculture sont uniquement représentés par les deux magnaneries modèles de Montpellier et d'Aubenas, par les trois stations scientifiques de Montpellier (annexe de la magnanerie), de Manosque et d' Alais. Le budget de ces fondations est des plus modestes. C'est ainsi que les frais de cours et d'expériences de la station de Montpellier ne dépassent pas 1.700 francs.
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Le personnel fort réduit, deux personnes à Montpellier et dans les autres établissements, est en outre insuiïisamment rétribué, et leur rayon d^action aussi bien que leurs moyens d'investigation ou d'étude soni beaucoup trop restreints.
Une industrie capable de produire chaque année pour 3o ou 35 millions de francs de denrées utiles méritait, à notre avis, d'être étudiée avec plus de soin, d'être protégée avec plus de frais contre les dangers de Tignorance, de la fraude s'exerçant grâce au commerce des graines douteuses et mauvaises, contre la propagation des maladies qui détruisent le mûrier...
Une partie des primes distribuées eût été avantageusement consacrée à des recherches scientifiques, à des distributions de plants de mûriers, à des conférences nombreuses, à des expériences publiques, nombreuses et répétées, une foule de points^ servant à démontrer par exemple le succès technique et financier des bonnes éducations.
Sans nul doute, la diversité de nos cultures, la richesse et la productivité de certaines d'entre elles, la faveur excessive dont a joui la viticulture, expliquent parfois, justifient même exceptionnellement l'abandon ou la décadence de la sériciculture. Mais, dans la grande majorité des cas, c'est surtout l'insuffisance des connaissances, le défaut de conseils éclairés et d'exemples probants, — placés sous tous les yeux, — qui ont provoqué en France la réduction du nombre des éducations.
Si l'action persistante et, selon nous, efficace des encouragements techniques avait été, au contraire, reconnue stérile et inopérante, on se serait rendu compte
LA SOIE
avec précision dos causes de l'irrémédiable décadence de la séricicidlure française, et l'on eût alors cessé de faire des sacrifices en faveur d'une industrie que la force et la nature des choses condamnaient à disparaître.
Les primes eussent été réduites avec toute raison et en toute justice. La France n'eût pas dès lors consenti à gaspiller 6\ millions de francs, depuis seize ans, dans le but de donner satisfaction à des intérêts électoraux ou à des réclamations injustifiées. L'Etat n'a pas pour fonction sociale de faire vivre artilicièllement aux frais des contribuables les industries cpii sont vouées à la ruine, *mais bien de secourir momentanément celles qui n'ont besoin pour se développer ou pour renaître que d'encouragements techniques donnés au nom de la nation quand l'initiative privée est impuissante à les fournir.
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LA PRODUCTION UNIVERSELLE DE LA SOIE
Précisions nécessaires.
L'iiiduslrie utilise, dans le monde, trois catégories de soies dont nous parlerons dans ce chapitre :
i"* La soie provenant des cocons dévidés du Bombyx Mori, ou ver à soie du mûrier.
C'est, de beaucoup, la fibre la plus recherclu'e, la plus chère, et produite en quantités plus considérables.
2'' La soie sauvage, provenant de tous les vers dont nous avons déjà parlé et qui dans la Chine, IMiide, le Japon, Madagascar, etc., nous filent des soies utilisables dans rindustrie tout en restant beaucoup moins estimées que celles du Bombyx Mori. Ces soies sauvages sont ainsi dénommées parce que les vers qui les fdent ne sont pas l'objet d'une éducation domestique, réglée, localisée dans des magnaneries, et midtipliée au besoin indéfiniment par les soins diligents de l'éducateur.
3'' Enfin, indépendamment des deux catégories de soie dont nous venons de parler, il existe des déchets provenant surtout des éducations du Bombyx et représentés par des cocons ])ercés, doubles, piqués, avariés, déchets que Ton ne dévide pas en un fil continu, mais qui sont cardés, peignés et filés comme la laine ou le coton.
Ces déchets proviennent encore des résidus du filage,
LA SOIE
du moulinage, de la fdature même, c'est-à-dire de la Iransfoimalioii des soies grèges en Jils servant au tissage des étoffes de soie.
En 1888, M. Rondot, dans son ouvrage classique sur la soie, portait à 3 millions de kilos le poids des fils de déchets de soie qu'on est parvenu depuis i83o à produire pour utiliser des résidus moins chers, et partant indispensables quand il s'agit de fabriquer des étoffes à bas prix.
Les statistiques relatives à la production de la soie en France et dans le monde se rapportent presque exclusivement à la première catégorie des soies, à celle que nous avons visée en tête de ce chapitre ; il s'agit de la soie filée par le Bombyx Mori.
Cependant, depuis une vingtaine d'années, les soies sauvages provenant des Indes, de Chine et du Japon, et dénommées u Tussah » d'une façon générale, sont com~ prises et englobées dans le relevé des exportations de ces pays, sans que Ton puisse exactement connaître levir poids.
M. Rondot estimail il y a vingt ans (évaluation toute personnelle) que la soie sauvage représentait deux millions de kilogrammes.
Voici le tableau qu'il a dressé à ce propos * :
Vers à demi domestiques ou sauvages ou d'autres arbres.
Production cocons soie
Vers du mûrier sauvages (Chine).
rii -1 . ( Cynthia (Chine) .
Plnlosamia \ ^. . . . s ^ ( liicini (Inde) .