‹ Les fibres textiles d'origine animaleChapitre 49 sur 122 · I.KS l'RIX DES SOIES ET LEURS VARIATIONS · texte numérisé non relu

I.KS l'RIX DES SOIES ET LEURS VARIATIONS

de soies disponibles sont peu importanlos par ra|)port aux besoins des fabriques européennes, il maintiendra fermement ses prix, et l'acheteur, s'il partage la manière de voir du vendeur, acceptera de payer les prix anciens ou des prix intermédiaires, c'est-à-dire qu'en fait il subira |m [

une hausse plus ou moins forte. Mais est-il exact de dii c que cette hausse est produite parla hausse de l'arg-enl P ^on. La hausse a été produite ici en réalité par la rareté (le l'offre et rimportance de la demande. La variation du prix du métal a joué un rôle secondaire, et en lui attribuant une influence de premier ordre, on a commis cette erreur de jugement qui consiste à prendre pour cause ce qui n'est pas cause ; on s'est arrêté aux apparences.

On peut d'ailleurs, pour éclairer ce débat, suivre les fluctuations des prix com]>arés à celles des changes, \oici un tableau qui se rapporte pour 1889 et 1890 aux cours en taëls et aux changes, d'après un spécialiste éminent/M. Natalis Rondot.

Variations des prix en taëls du Tsatlee 4 3/4.

Prix Change Prix ^Change

^ . taëls fr. c. taëls fr. c.

J^^^-^pr 370 5.47 357 6. G 7

..... 345 5.35 33o 5.qû

Septembre. . . . 333 5.43 34o 6 69

<^ctobre 355 5 5, 33- (3

Novemljre. ... 36o 5.71 337 (3.o4

Décembre. ... 352 5.72 327 6 18

l84 SOIE

Un lail résulte claireinenl de ce tableau : les prix en laëls ne sont pas fixes, comme on le prétend.

Non seulement ils sont variables, mais ils subissent des oscillations importantes, puisque nous voyons la même espèce de soie varier en deux ans de 370 taëls à 3*27 taëls et demi, c'est-à-dire i3 0/0. Voilà cpii suffit à condamner la théorie de l'influence protectrice de la hausse du métal blanc par rapport aux produits européens similaires des produits de l'Orient. Il est vrai que les variations des prix de la soie n'ont pas été proportionnelles aux mouvements du change ; tantôt les prix en taëls baissent ou montent en même temps que le change, tantôt ils se meuvent en sens inverse. C'est que le taux du change, qui est un élément de la fixation du prix en taëls, se combine avec d'autres facteurs, qui tantôt ont assez de puissance pour contrarier son effet, et tantôt n'ont pas assez de force pour rempêclier d'agir plus ou moins complètement.

Il est intéressant de comparer les variations du prix de la soie à la même époque (vote du Silver hill) avec celles àujule, fibre textile tirée de l'Inde. La roupie d'argent fut cotée, en effet, 2 fr. 20 lorsque la valeur de l'argent se releva, et n'était changée trois mois auparavant que pour I fr. 85.

L'effet fut immédiat ou à peu près en ce qui touche le cours du jute de Bengale ; ce prix s'abaissa (en roupies) à mesure que le taux du change s'éleva. Le cultivateur indien, qui vendait son jute 5 roupies le (( maund » (37 kilos) avant la hausse de l'argent, n'en obtint plus que 3 roupies après la hausse de ce métal. Plus tard, quand l'argent^ commença abaisser, le prix du (( maund » remonta à 3 roupies 1/2. Ces faits

LES PUIX DES SOIES ET LELRS VA Kl AT ION S

sont confirmes par les déclarations d'nn des pins grands industriels d'Enrope en matière de tissus de jnte, M. Cil. Saint.

A propos de cette même question de la dépréciation de l'argent et de son inflnencc sur les cours des denrées venvies de TExtréme Orient, M. M. Grandgeorge et ^î. Kondot soutenaient ro})inion suivante :

« Du moment où Ton admet que la hausse du métal blanc a produit, par sa vertu pro|)re, une hausse proportionnelle de tous les produits qu'exporte TOrient, on est naturellement amené à prétendre que si les gouvernements d'Europe et d'Amérique prenaient en commua les mesures nécessaires pour ramener et maintenir l'argent au rapport légal de i5 1/2, c'està-dire au cours de 61 pence l'once, les prix de toutes les marchandises venant de l'Extrême-Orient seraient du même covip relevés sur nos marchés dans la proportion de la hausse du métal blanc. On voit les conséquences : c'est une protection de 3o^à 4oo/o assurée aux produits de l'Europe et de l'Amérique, blé, riz, soies, coton, chanvre.

(( Nous sommes convaincus que ces idées ingénieuses et séduisantes n'amèneraient dans la pratique que déboires et déceptions. Nous avons fait voir que la hausse de l'argent ne produit pas en faveur de l'agriculture européenne l'effet protecteur qu'on lui prête à tort. Mais des mesures analogues au Silve?^ hill américain ne sont pas indifférentes, elles auraient des conséquences fmanciéres funestes. Leur effet principal et certain serait de provoquer la production de l'argent dans des proportions exagérées qui agiraient dans le sens de rabaissement de son prix. L'argent est un métal

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Irès répandu dans Je monde, d'une extraction relativement facile ; il est donc impossible de prendre des mesures qui en fassent monter le prix sans qu'au bout d'un temps plus ou moins long on provoque un afflvix (le métal assez considérable pour mettre en péril le maintien des cours. Il ne faut pas oublier que, malgré la baisse continue de Targent pendant la décade 1880- 90, la production de ce métal a augmenté sans cesse. En 1880, on avait produit 74.791.000 onces d'argent pour une valeur commerciale de 428.000.000 de francs ; en 1889, on en a produit 1 26.000.000 d'onces, représentant 589.000.000 de francs. Onpeutjviger par ces chiiTres quelle serait la production annuelle si la bausse de l'argent devenait un fait persistant.

(( En résumé, les mesures que l'on préconise pour assurer la permanence de la hausse de l'argent sont décevantes et dangereuses, comme toutes les pratiques contraires à la nature des choses. Nous avons cru qu'il était nécessaire de le montrer ici, puisque c'est a l'occasion du prix des soies que ces doctrines se sont allirmées de nouveau. »

Les idées soutenues par MM. Méline, Théry, Fou^ geirol, etc., n'ont pas eu, d'ailleurs, le moindre succès, et à l'étranger le monométallisme-or a été, au contraire, préconisé ou adopté, même par les États-Unis en 1900.

On constate, en outre, que certaines fibres textiles comme la laine, produites et vendues, en général, dans des pays à étalon d'or, ont subi des baisses analogues à celles que nous avons relevées pour les soies.

Voici la moyenne du prix de la laine de Champagne (Favée à fond) d'après deux spécialistes, MM. Poullaih et Marteau ;

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