DES PRIMES
On donne ce nom de u filatiire » à l'établissement dans lequel est opérée la filature des cocons par le dévidage, puisqu'il s'agit d'un fil continu dont les spirales constituent la prison dans laquelle le ver s'est enfermé pour se muer plus tard en chrysalide et en papillon.
Nous sommes forcés de nous répéter et de décrire à nouveau, comme dans le chapitre i, l'opération du dévidage.
Il s'agit : 1° de trouver l'extrémité libre du fil qui a été replié par le ver ; 2" d'étirer ce fil, joint à d'autres fils provenant d'autres cocons, et d'enrouler ce faisceau sur un tour pour obtenir la soie dite « grège ».
La première opération de recherche du u maître brin » est pratiquée par une ouvrière dite « batteuse », qui agite avec un petit balai les cocons surnageant dans une bassine d'eau bouillante. L'eau chaude dissout le vernis qui agglutine les replis du fil de bavé; le balai les sépare ; les premières enveloppes soyeuses, dites (( frisons n , se détachent et s'agglomèrent en « flottes »
LA FILATURE DE SOIE EN FRANCE IQï
qui deviendront des déchets de soie, matière première de la filature de schappe.
Le fil principal étant trouvé, Touvrière le sépare des frisons; c'est l'opération de la u purge ». Le poids des frisons =: 3o o/o du poids des cocons en bassine.
La purge étant terminée, et tous les maîtres brins étant trouvés, l'ouvrière fileiise porte les cocons à l'appareil de dé vidage appelé tour.
Devant une bassine d'eau chaude, elle réunit 3, /i> 5 ou même un plus grand nombre de fils suivant la grosseur ou u titre » du fil de grège demandé. Le faisceau de fils est inséré dans une filière, — petit disque de porcelaine ou d'agate percé d'un trou, — puis passe dans un appareil croiseur.
La filière et le croiseur ont pour rôle d'arrondir le faisceau, d'en extraire un excès d'eau provenant de la bassine dans laquelle trempent les cocons, de faire adhérer les brins entre eux, et de rendre lisse la surface du brin.
Après le passage dans la filière et le croiseur, le fil est amené sur le dévidoir, appelé (( asple )),par un guide, appelé (( va-et-vient », qui est animé d'un mouvement alternatif et sert à croiser le fil sur le dévidoir.
Le (( grès » ^ ramolli par l'eau chaude de la bassine pourrait agglutiner les divers fils dont se compose le brin de grège. C'est pour cela que l'on place le dévidoir
I. Deuxième enveloppe du fil éjecté par le ver. Le grès n'est dissous que dans une solution chaude alcaline : c'est Topération du décreixso^je.
r()2 LA SOIE
h UJie certaine distance de la bassine et que l'on croise.
Deux systèmes de croisures sont ainsi décrits par M. Vieil :
« Dans la croisure à la tavelle, le fil d'un groupe de cocons s'engage dans un guide placé au-dessus de la filière, monte verticalement, puis oblique pour passer sur une petite poulie en verre, redescend presque verticalement sur une deuxième poulie semblable et reprend après plusieurs croisures la direction verticale jusqu'au moment où il s'engage sur un crochet en verre. Guidé par le va-et-vient, le fil va s'enrouler sur l'aspic.
« Le système de croisure à la Chambon exige le dcvidage simultané de deux groupes de cocons, les deux faisceaux de bave formant chacun un fil de gi'ège. Ces deux fils, peu après leur sortie des filières, viennent se croiser l'un sur l'autre un certain nombre de fois ; ils reprennent ensuite chacun leur indépendance, [)assent sur deux crochets, dits barbins ou tremhleurs, prennent la direction horizontale, et, après avoir été de nouveau croisés un certain nombre de fois, se dirigent respectivement sur un va-et-vient et sur un asple.
« Il existe d'autres systèmes et perfectionnements, notamment celui à torsion, qui est en usage surtout en Italie.
(( La température de l'eau dans la bassine doit être maintenue régulière. Dans la filature à la Chambon, elle doit être de 70 à 80° C, et l'asple, qui a un périmètre de 2 mètres environ, tourne avec une vitesse de 80 à 120 tours à la minute. Dans la filature à la tavelle, l'eau est à5o**C environ, et l'asple tourne moins vite, u