‹ Les fibres textiles d'origine animaleChapitre 54 sur 122 · LV SOTE · texte numérisé non relu

LV SOTE

3^ Purgeage pour arriver au point précis où le fil grossier du frison devient pur fil de soie ;

4"" Dévidage du cocon avec réunion d'un certain nombre d'entre eux * en faisceaux pour constituer le fil de grège ;

S"" Nouage des fils de soie qvii se rompent souvent au cours de leur enroulement sur le dévidoir.

Dans l'ancien système, la fileuse procède elle-même à toutes ces manipulations. L'ouvrière, qui travaille dans une position fatigante, est obligée de veiller à tout, de penser à tout, de s'absorber dons des travaux différents et quelquefois simultanés, de se dépenser sans compter. De là énervement, travail souvent défectueux, perte de temps entre chaque opération et, comme conséquence, faible production de travail par ouvrière, mais surmenage pourtant.

Avec les nouvelles méthodes adoptées en Italie, au prix de lourds sacrifices, ces cinq opérations sont exécutées par des ouvrières spécialisées, ou même mécaniquement (dégommage, cuisson, battage). On arrive ainsi à disposer d'une main-d'œuvre dont la dextérité est incomparable. La production par ouvrière se trouve doublée, sans surmenage.

Ce principe a donné naissance à de nouvelles filatures aux dispositifs totalement dissemblables de celui de nos antiques filcries françaises. D'importantes usines de construction se sont créées pour fabriquer le nouvel outillage. Il en existe de nombreuses en Italie ; il s'en est organisé en France aussi, dont une à Lyon, des plus puissantes comme moyens de production.

I. Nombre plus ou moins grand, suivant le titre qu'on veut obtenir.

LA FILATURE DE SOIE Ex\ FRANCE

Ces consUiicteiirs italiens, ces conslrucleurs f rançais, ont envoyé dans les pays les plus proches comme dans les régions les plus lointaines leur outillage perfectionné. La grande usine de Lyon a établi des fdalures pour les contrées les plus diverses ; elle en a jalonné la route séricicole des Alpes jusqu'à Shanghaï. Seule, la France est restée en dehors de ce beau mouvement vers le progrès : nous ne possédons quiine seule filature du nouveau type.

Soutiendra-t-on que nos industriels ont manqué des capitaux nécessaires pour transformer leur outillage? Certes^ la situation précaire d'un grand nombre d'entre eux leur interdisait d'engager une dépense de premier établissement qui n'est pas inférieure à 700 ou 800 fr. par bassine. Mais nous avions cependant des fdaleurs assez riches, assez entreprenants, pour se lancer dans une tentative de modernisation. Pourquoi n'en ont-ils rien fait? Parce que le système actuel de primes les condamne à la routine. Mais il y a mieux encore. Certains iilateurs qui, avant 1898, avaient installé un matériel nouveau à production intensive, ont dû le supprimer. Ils en sont revenus à la vieille bassine orthodoxe dont les quatre bouts, qu'ils filent bien ou qu'ils fdent mal, qu'ils produisent peu ou qu'ils produisent beaucoup, rapportent invariablement bon an, mal an, 4oo francs à son propriétaire. Ils ont ainsi jeté au vieux fer un outillage précieux que tous leurs concurrents étrangers ont adopté, et cela pour ne pas être en état d'infériorité vis-à-vis de leurs concurrents français.

Voici comment.

La fdature perfectionnée comporte au minimum une

LA SOIE

bassine accessoire (dégommage, cuisson, .battage, purgeage) pour deux bassines lîleuses, parfois même autant de bassines accessoires que de bassines fîleuses. Les bassines accessoires fonctionnent mécaniquement, eniin des ouvrières noueuses sont, à raison d'une pour quatre fileuses, spécialement chargées de rattacher les fîl qui se rompent.

En France, on n'admet à la prime, et par voie de conséquence à la vie industrielle, qu'une accessoire pour 3 bassines fileuses. Dé plus, si cette bassine acces-^ soire travaille mécaniquement, ce qui est pourtant un incontestable progrès, elle n'enlraîne pour le filateur aucun droit à la prrme. Enfin les ouvrières noueuses ne sont pas primées. L'absurdité théorique du système est patente^ Mais des chiflres seront plus éloquents encore.

Yoici trois filatures qui appartiennent à un industriel du Gard.

La première, la filature A, est une filature ordinaire, sans bassines accessoires ; elle a 60 bassines fileuses.

La deuxième, B, comporte des bassines accessoires à main, à raison d'une pour trois fileuses, elle a 76 fileuses.

La troisième, C, est une usine moderne pourvue de tous les perfectionnements ci-dessus décrits. Elle se compose de 20 bassines fileuses seulement, mais est munie par contre de 10 bassines accessoires et de 5 ouvrières noueuses.

Ces trois filatures ont filé pendant une semaine les mêmes cocons jaunes Cévennes au titre de ii/i3.

Page 1