‹ Les fibres textiles d'origine animaleChapitre 63 sur 122 · LE SUJET · texte numérisé non relu

LE SUJET

Nous n'avons pas l'intention de remonter très haut dans le passé pour étudier l'histoire économique de la laine. Les transformations accomplies depuis un demisiècle sont assez dignes d'intérêt pour que nous nous contentions de les marquer. Celles que l'on observe depuis dix ans seulement mériteraient à elles seules de fixer notre attention.

Il est certain, en revanche, que nous ne pourrons pas limiter notre étude à l'histoire économique de la laine dans notre pays.

C'est loin, très loin par delà les mers, dans de nouveaux continents, qu'il nous faudra aller constater et analyser des phénomènes économiques du plus haut intérêt.

Enfin, et nous tenons à le dire tout de suite, c'est de la laine seulement que nous parlerons surtout ; c^'est-àdire de la matière brute et de ses premières transformations. Ainsi limité et circonscrit, le sujet nous paraît déjà assez vaste. Notre dessein, précisément, est d*appro-

9i8 LA laim: I l \t ii<i:s i inui:s d'okkiim; animale

fondir une question mai connue, celle de la production de la laine ; problème scientifique et économique tout à la fois : scientl(i([ue, parce que les animaux |)roducfeurs de laine sont soumis aux lois de la physiologie ; économique, j)arce que la production se trouve liée aux transformations des moyens de transport, aux modifications de l'outillage industriel des manufactures, aux débouchés ouverts dans les grands pays importateurs.

L'histoire économique de la laine doit être éclairée par cette double étude scientifique et économique de la production. Si nous avons quelque chanced 'intéresser nos lecteurs, c'est précisément en montrant que le problème scientifique se trouve lié au problème économique.

qu'est-ce que la lai^e ?

La laine est une production épideimiquc ; c'est un poil dont le diamètre est plus faible que celui des poils ordinaires. Les différences de diamètre des laines caractérisent leur finesse. La chèvre, Talpaca^la vigogne, / le chameau, fournissent de;* poils susceptibles d^êtreTîTés î on feutrés, mais on i^e serve [TTrcisc ini îit le nom de j laine aux toisons les plus fines de brins : à celles des oh èypes du Cachemire et du Thibet ; aux toisons des dîièvres d^Ang^a qui fournissent le Mohair ; à celles de * l'alpaca et de la vigogne dont les fils ténus, souples, brillants et doux vSe prôlent merveilleusement à la confection des étoffes. Entre le poil et le brin de laine on compte donc une foule d^'intermédiaires et l'on passe de l'un à l'autre par une série de modifications successives portant sur le diamètre d'abord, puis sur la longueur, sur les ondulations, etc. etc.

Cela est si vrai que le mouton lui-même, la bêle à laine par excellence, produit également des poils durs, grossiers, raides, non ondulés ou frisés, que l'on désigne sous le nom de jarre. On trouve ces poils sur la tête, sur les membres, sur la face inférieure de la poitrine et de l'abdomen. Certaines variétés de moutons des races de Syrie et du Soudan sont même entièrement couvertes de jarre et ne portent pas de laine- Sur d'autres

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montons, la jarre est mêlée à la laine, et réduit par conséquent, dans une large proportion, la valeur de la toison. Par la culture, c'est-à-dire par un choix judicieux des reproducteurs, on arrive à faire disparaître la jarre, sauf sur la peau de la face et des membres. La peau du mouton est partout ailleurs recouverte par de la laine sans mélange avec des poils grossiers.

Ceci n^empéche pas la toison du mouton d'être fort difierente, selon les parties du corps qu'elle recouvre. La laine, même sans mélange avec la jarre, n'a pas les mêmes qualités, c'est à-dire la même finesse, la même longueur, la même élasticité, dans toutes les zones de la toison. L'éleveur compétent et exercé cherche précisément à modifier la composition des toisons, en augmentant la surface proportionnelle qu'occupent les zones de laine de qualité supérieure et d'une valeur marchande plus élevée. Il y j^arvient par la sélection^ c'est-à-dire par un choix attentif des reproducteurs présentant, à ce point de vue spécial, une supériorité bien marquée.

Enfin l'étendue même des toisons, ou, en d'autres termes, la surface couverte par le revêtement laineux de la peau, varie évidemment avec la taille de Tanimal, avec son ampleur, avec la place qu'occupe la laine sur le corps de l'animal. Pour certains moutons appartenant, par exemple, à la race mérinos, la toison s'étend jusqu'au bout du nez et jusqu'aux onglons.

Toutes choses égales d'ailleurs, le poids des toisons est proportionnel à la surface couverte, et la supériorité économique individuelle ou de race s'affirme lorsque la toison recouvre presque tout le corps.

Comme les poils, la laine est de couleur variable,

o L j:st - ci: () i \: J. v i ^ a i n i:

noire, brune, rousse, grise, jaunâtre ou blanche. Otle dernière teinte est la plus estimée, parce qu'elle permet à rindustriel de colorer diversement le brin par Toperation de la teinture.

Nous allons nous demander, maintenant, quelles sont les principales propriétés du brin de laine, propriétés qui ont une importance considérable au point de vue technique et économique.

Les qualités de la laine. — On en distingue trois: la finesse, la longueur et la ténacité.

T . — Contrairement à une opinion fort répandue, la finesse du filament ou a brin » de laine n'est pas le privilège d'une seule race, la race mérinos, dont la toison est toujours cataloguée parmi les laines fines ou superfines. Une classification précise doit reposer sur des mesures exactes, celles qui se rapportent au diamètre du brin. On cite des laines de moutons anglais southdown dont la finesse ainsi définie ne le cède pas à celle des animaux de race mérinos.

En fait, les laines superfines ont moins de omm. 02 (2 centièmes de millimètre) de diamètre ; les laines fines ont de G mm. 02 à o mm. o3 ; les laines ordinaires ou grossières ont toutes plus de o mm. o3 de diamètre.

Ainsi entendue, la finesse varie avec les races et dans chaque race avec les individus. Les limites de ces variations sont même fort étendues. Un spécialiste anglais, F. H. Bowman, cite dans un ouvrage bien connu ' les résultats qu'il a obtenus pour des laines Lincoln, SouthdoAvn et Mérinos d'/Vustralie.

T. TIiJ structure of the wool Jîhre^ Manchester, iSSr>.

22 2 LA LXÏNK KT AUTRES ITBRES d'oRTGINE ANIMALE

Les maxima et les minima sont très différents :

Diamètre en fractions décimales de pouce anglais (« inch »)

Minimum

o . oo 1 9 o.ooi35 o.ooi43 0.000157 0.000100 o.oooiSo o . 000 I \ 0,0001 I o . 000 I I

La finesse du brin dépend exclusivement de la dimension du col des follicules pileux qui produisent la laine. Nous ne pouvons pas exercer une influence immédiate sur le diamètre des brins.

Il est inexact de ])rétendre que l'alimentation peut réduire ou augmenter Ja finesse des laines. Les différences observées varient avec chaque race et dans chaque race avec les individus. En revanche, nous savons, avec une pleine certitude, que l'hérédité joue un rôle prépondérant dans les variations du diamètre des brins de laine. Il est donc en notre pouvoir de choisir les reproducteurs parmi les individus dont la peau est pourvue de follicules pileux d'un très faible diamètre. Ces résultats de l'expérience acquise ont une grande portée technique et économique.

On peut, en effet, réduire par la sélection le diamètre des laines d'une race déterminée, rendre ces laines plus fines, et en augmenter la valeur marchande.

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