L EST-CE (JLE LA LAINE
qualité impoiianle^ puisqu'elle correspond à une différence de prix.
Les laines courtes — dites à carde autrefois — sont celles qui mesurent moins de 5 à 6 centimètres de longueur.
Les laines longues — qualifiées de laines à peigne — ont plus de 6 centimèlres, sans limitation de dimension linéaire. La distinction de laines courtes et longues a beaucoup moins d'importance aujourd'hui, parce que l'on est arrivé à peigner des laines réputées courtes, comme les laines mérinos par exenjple. Deux raisons très sérieuses expliquent, cependant , la préférence accordée aux laines longues à égalité de finesse. Tout d'abord, au point de vue du producteur, la longueur plus grande des brins, pour une mèiiie qualité de toison, correspond à une masse plus considérable de matière textile- Chaque animal, en d'autres termes, fournit, à la tonte, un poids plus considérable de produit marchand.
Au point de vue technique, la qualité des brins plus longs correspond à une nutrition plus active dans l'intervalle de deux tontes successives.
En même temps qu'il produit plus de laine, le follicule pileux plus actif fournit une laine dont le brin est plus dense et partant plus fort ; il résiste mieux à la rupture, ce qui est une qualité recherchée. Une alimentation riche, régulière et abondante a notamment pour effet d'allonger les brins sans diminuer leur finesse, comme on le croyait au commencement du xix® siècle. La finesse ne varie pas, car l'alimentation est sans effet sur le diamètre du col du follicule pileux ; mais, en revanche, l'alimentation provoque une activité de fonctionnement du follicule qui se traduit par l'accroisse-
2 2^1 LA LAINE ET AUTRES FIBRES d'orTGINE AMMALE
ment de la longueur du brin et de la densité. Il dépend de riiomme d'exercer une action sur la qualité des laines en tenant compte de ce résultat de l'expérience.
On pourrait, il est vrai, augmenter la longueur des mèches en laissant plus longtemps les toisons sur l'animal, c'est-à-dire en augmentant l'intervalle des tontes. Tessier * avait déjà reconnu pour les mérinos que la laine pousse et s'allonge toujours. W. van Nathusius, en Allemagne, a montré également que la laine de deux ans de povisse a le double de la longueur de celle d'une année. En fait, la tonte est annuelle, parce que durant Tété la toison fatigue l'animal qui la porte. On choisit pour la première tonte l'époque qui précède les chaleurs. Ce sera, par exemple, en mai dans le Midi de la France, et en juin dans le Nord. Il en est de même dans tous les pays d'élevage, comme TAustralie, le Cap ou l'Argentine, avec cette différence que le mois de la tonte diffère selon les régions. La récolte de la laine est ainsi fixée par des considérations d'hygiène, et la longueur des mèches n'est jamais pratiqviement que celle des toisons d'un an de pousse.
3. — La ténacité du brin dépend, comme nous l'avons vu^ de sa densité ; elle varie également avec la régularité de son diamètre. La même force sur tous les points est due à une nutrition uniforme et constamment bonne.
Les souffrances imposées aux troupeaux des pays neufs pendant l'hiver ou Tété font varier la densité, la réduisent et rendent la laine cassante.
Une autre circonstance influe sur la fovce^ et, selon
* Instruction sur les bètes à laine. Huzard, 1811, 2^ édition.
qu'est-ce que la laine 225
rexpression connue, sur le u nerf)) de la laine. Nous voulons parler de la présence du suint.
Cette substance grasse est produite ])ar des glandes dont le conduit s'ouvre dans le follicule pileux.
La surface du brin s'en trouve couverte et le brin lui-même en est imprégîié, grâce à sa constiUilion anatomiquequi le rend facilement pénétrable aux iluides. Les suints très Iluides imprègnent fortement le filament laineux ; celui-ci devient plus doux au toucher en même temps qu'il reste plus élastique et plus nerveux. Cette qualité, provenant de la présence du suint etde sa nature spéciale, tient également à l'abondance de la matière grasse qui l'imprègne.
Les toisons dont chaque mèche et chaque brin sont fortement imprégnés de suinl fluide se reconnaissent aisément au toucher.
La (( douceur » des laines, qualité si conmie du public et si recherchée par l'industrie, tient en grande partie à cette circonstance.
On comprend aussi pourquoi les toisons lavées avant d'être filées perdent une partie très importante de leur poids.
Le suint qui recouvre la surface du brin disparaît alors, et la balle de laina ainsi préparée perd 30^ ou 50 OjO de son poids, perte distincte de celle qui résulte de la disparition des autres impuretés dont la laine se trouve débarrassée.
Ceci nous explique encore pourquoi la cote des laines lavées est toute différente de celle des laines brutes dites a laines en suint ». Les différences de rendement sont parfois considérables, etpoiu'ctreappréciées, elles exigent de la part des acheteurs une expérience
2Si6 LA LVTNE ET AUTRES FIBRES DORTr.fXE AMMALE
consommée. On se ferait par exemple de singnlières illusions sur la masse des laines utilisables poiu^ l'industrie si Ton se bornait à relever le poids des importations de toisons brutes ou de la tonte d'un pays.
Voici, à titre d'exemple, le tableau ^ qui représente l'approvisionnement de l'industrie française en 1898 :
Importation et production des laines en France Cl 897) A l'état brut et à Trtat de laine pure.
Laine en suint
Rendement
Laine lavée
Origine
ou lavée
moyen
à fond
milliers de kg.
milliers de kg.
Australie et Gap. . ,
Montevideo et lîuenos-
A^res. . . . . .
Laines de peaux . ini-
Laines d'Europe fines. .
Laines communes. .
Tonte française. .
iT). 770
Laines des moutons ini-
I lO . \ 10
Les différences de poids constatées entre la laine brute et lavée à fond sont très grandes. Le rendement est ici, comme on le voit, inférieur à 5o o/o.
Les quantités de suint adhérant au brin, aussi bien que les impuretés diverses, sont, d'ailleurs, tellement variables que l'on a coutume de coter les cours en tenant compte seulement du poids brut.
I . Voir : commission des valeurs de douane, Rapport sur l'industrie t^xtile^ p. 218 (session de 1898).
QU'eST-CK OL E TA T. Al NE 22"]
Il serait très difTicile, pour ne pas dire impossible, de procéder à des essais sur les halles de laiaes en masse et de baser des cours sur des rendements moyens. C'est aux acheteurs qu'il appartient d'apprécier eux-mêmes les pertes possibles au lavage d'après les résultats que l'expérience a permis de constater. Sur les grands marchés de laine, comme celui de Londres, la laine arrive, d'ailleurs^ en suint la plupart du temps.
On dislingue, en outre, soigneusement les laines brutes des laines lavées à dos et des toisons lavées à chaud qui figurent dans les statistiques sous le nom de u scoured ». En ce cas, une cote spéciale est dressée et les dilTérences de prix attestent précisément l'étendue des pertes résultant de la disparition du suint.
Ainsi nous relevons dans la circulaire bien connue de Fred. Hulh et Ci* pour iQoS :
Prix par LJ>. en deniers
lO
On voit que, pour une même qualité, la perte au lavage élève le prix de la livre de lo à 17 d. ou de 1 3 à 21 d.
Ces différences s'expliquent très naturellement quand on connaît la nature des laines et les conditions de leur production.
Toutefois, le statisticien et l'économiste soucieux de la précision doivent être avertis des diflerences considérables que présentent les laines au point de vue de leurs rendements, et par conséquent de leurs prix. Rien
Laine de Sydney en suint (bonne). .
— — en suint (courte). .
— — scoured (bonne).
— — scoured (courte).
2 38 LA LAINE ET AUTRES FIBRES d'oRIGINE AîVIMALE
de plus délicat et de plus difficile que d'apprécier exactement les écarts de valeur relevés entre des laines difl'érentes dont les rendements ne sont pas identiques. C'est le cours de la laine peignée, par exemple, ou de la laine lavée à fond qui fournit la base la plus sûre pour apprécier la valeur des laines.
Quand nous parlerons plus tard des variations du cours des laines en France au xix^ siècle, nous aurons recours aux statistiques qui se rapportent à la valeur de la laine lavée à fond. Nous prendrons les mêmes précautions pour calculer le poids réel des toisons qu'utilise l'industrie française.
Qu'il s^agisse de son prix ou de la masse utilisable, un minerai doit être apprécié d\iprès la quantité de métal pur que les traitements industriels permettent de dégager. Cette observation est tout aussi exacte pour la laine et trouve naturellement sa place dans ce chapitre, consacré à des considérations générales et techniques.