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Ces chiffres suffisent à prouver l'exceptionnelle importance de la race mérine comme productrice de
laine. , o c j
Il y a quelques années cependant, après i«95, des
LES MOL TONS
circonstances climatologiqLics, très défavorables et notamment la sécheresse, ont provoque des pertes immenses dans les troupeaux australiens. D'autre part, le nombre des représentants de la race mérinos à l'état de pureté a diminué rapidement. Des circonstances spéciales, ou plus exactement des faits économiques récents expliquent cette transformation. Le prodigieux développement des troupeaux mérinos a donc été momentanément arrêté. La quantité de laines Jines produites avait ainsi rapidement diminué; mais cette rareté provoqua une hausse des prix et détermina une augmentation nouvelle des effectifs de troupeaux mérinos. Ces variations de prix et les différences de cours constatées entre les laines fines et communes décideront pour un temps de l'avenir de la race mérinos.
Il nous paraît certain que Ton renoncera tôt ou tard à des croisements qui diminuent la qualité des toisons.
Les moLitons mérinos peuvent être améliorés sans rien perdre de leur mérite comme producteurs de fibres textiles. Il suffît, pour rendre inutiles tous les croisements actuels, de sélectionner la j^opulation mérinos elle-même en vue de la production de la viande, fonction économique qui ne saurait être considérée comme inconciliable avec la production des laines fines.
Cette transformation consacrera, au lieu de la diminuer, la supériorité des mérinos.
Partout où ces derniers ne sauraient être exploités avec profit, il y a lieu, d^ailleurs, de propager d'autres races, ou de maintenir celles qui s'y trovivent et qu'il convient simplement de rendre plus parfaites.
Nous allons en parler rapidement.
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Les producteurs de laine autres que les mérinos.
Ces races sont très nombreuses el parfaitement distinctes, quelles que soient, d'ailleurs, les différences résulta<nt de la couleur de la toison ou de sa finesse relative, de la taille, de la régularité delà conformation, etc. etc. Ces modifications caractérisent des variétés dans chaque race, mais le type spécifique subsiste toujours quand il s'agit de sujets qui n'ont pas été modifiés par le croisement. Le faciès de l'animal n'est jamais modifié par le milieu dans lequel il vit, et la race mérine, qu'on retrouve identique à elle-même dans les cinq parties du monde, suffirait par son exemple à prouver la justesse de cette opinion.
Les races et les variétés de ces races exploitées en Angleterre présentent un intérêt spécial, à cause de la grande réputation dont elles jouissent. Elles ont été, en effet, l'objet d'améliorations extraordinaires au point de vue de la perfection des formes, du poids vif, du développement rapide et de l'aptitude à l'engraissement.
La laine de tous les représentants de ces races est considérée comme grossière ou tout au moins comme relativement commune. Le type souvent cité dans les statistiques de l'industrie lainière est la toison du jeune mouton antenais ou du mouton adulte (ivether) de la variété de Lincoln. Cette laine blanche, longue, résistante et brillante ne laisse pas que d'être fort utile et très appréciée. Il ne faut pas oublier que durant plusieurs siècles les Anglais ont fabriqué des draps et des lainages estimés avec de pareilles toisons. L'existence de plusieurs races à laines communes et de plusieurs variétés distinctes dans un pays comme TAngleterre
LES MOUTONS
démontre une fois de plus l'impossibilité d'exploiter dans tous les milieux un type déterminé.
Non seulement les éleveurs émérites que possède rx\ngleterre n'ont pas cherché à acclimater les mérinos, mais encore ils ont soigneusement conservé les types adaptés aux diverses régions de leurs pays, en se contentant de les améliorer par une sélection attentive.
C'est le procédé que l'on emploie en Allemagne, en Hollande, en Autriche, dans notre pays même. Toutes les races exploitées en Europe ne donnent qu'une laine commune plus ou moins colorée, plus ou moins longue, plus ou moins grosse de brin. Le diamètre en est presque toujours supérievir à o mm. 026 ; les filaments sonj; simplement ondulés ou frisés au lieu d'être vrillés comme ceux de la laine mérinos ; la qualité spéciale du suint et la faible quantité de cette substance qvii recouvre la laine rend celle-ci plus rude au toucher.
Citons brièvement, sans entrer dans aucun détail, la race du Danemark peuplant ce pays et en outre la Suède, la Norvège, le nord de la Hollande, une partie du nord de l'Allemagne. On la trouve en France dans les Flandres, l'Artois, la Picardie, et même le Poitou, où elle a été introduite par les Hollandais chargés, sous Henri IV, du dessèchement de certains marais.
Notre race du bassin de la Loire, si connue dans le Berry où elle a donné naissance à une variété, est, en outre, répandue jusqu'en Franche-Comté et en Suisse. Elle fournit également une laine commune.
La race des Pyrénées peuple en partie le sud-ouest de la France, les causses ou plateaux calcaires du Tarn, del'Aveyron et de la Lozère ; elle donne naissance à la variété du Larzac, si renommée pour le lait qu'elle four-
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nit et qui est utilisé dans la fabrication du Roquefort.
La même race s'est répandue en Espagne, où elle est en présence des mérinos.
En Asie et en Afrique, deux races distinctes, à laines également communes, mais de finesses très difTérentes, occupent à elles seules une aire géographique immense.
La race asiatique a peuplé la Syrie, la Palestine, la Perse, l'Asie Mineure, l'Inde, la Tunisie, le Maroc, et même une partie de l'Egypte. — Une variété chinoise à brins fins, longs et très blancs, démontre la possibilité d'améHorer la toison. Le Jardin d'Acclimatation à Paris possède quelques exemplaires de ces animaux tous dépourvus de cornes et même de pavillons auriculaires.
La race du Soudan se distingue aisément de toutes les autres par la forme des oreilles pendantes et la courbe arrondie de son profil. On la trouve dans le nord de l'Afrique, en Egypte, et même en Asie Mineure, vivant mêlée avec les diverses variétés de la race asiatique.
Nous avons cité cette race à propos de la nature des laines qu'aucune différence fondamentale de structure et de formation ne distingue des poils. La race du Soudan est parfois dépourvue de laine et couverte seulement de poils durs, grossiers et dressés. On peut voir à Paris, en ce moment, trois individus présentant cette particularité. Ce sont trois vieilles brebis présentées aux visiteurs du Jardin d'Acclimatation sovis le nom de moutons de l'Yémen. Il s'agit, en réalité, de bêtes de la race du Soudan, dont tout le corps est couvert de poils analogues à ceux des chiens de chasse à poil ras. Une variété de la même race existe en Italie, où elle est connue sous le nom de race de Beigame. Sa toison est.
LES MOUTO.NS
au contraire, abondante et relativement fine. Ce sont là des différences dues au climat et à la sélection.
Résumé el conclusion.
Les races à laines communes mcritentd'être connues, malgré Tinfériorité de leur toison par rapport aux mérinos. L'appoint qvi'elles fournissent à la consommation de la laine dans le monde n'est nullement négligeable. Nous avons vu plus haut que le type mérinos, grâce à sa merveilleuse extension, fournissait plus de 600 millions de kilos de laines fines ou croisées, alors que l'Europe et l'Amérique du Nord n'en pouvaient guère produire que 4oo millions. Encore est-il certain, comme nous le faisions observer, que l'Europe produit elle-même une forte quantité de laines mérinos.
Il faut reconnaître, toutefois, que nous ignorons absolument les quantités produites en Orient par la race asiatique. Les chiffres que nous citions tout à l'heure ne se rapportent, en effet, qu'à la production des vieux pays d'Europe dont les troupeaux ont pu être évalués. L^Asie Mineure, la Perse, l'Inde et la Chine consomment une quantité sans doute considérable de laines produites dans le pays. On constate même un mouvement d'exportation soit sous forme de laines brutes, soit sous forme d'étoffes. En 1908, l'Inde envoyait à Londres 100.000 balles de laines provenant des provinces septentrionales de ce pays ; la Perse en faisait vendre 22.000. La Turquie, l'Egypte, le Maroc, approvisionnent également le marché de Londres.
Le jour où des moyens de communication plus rapides, et surtout moins coûteux, permettront aux
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laines asiatiques de venir se vendre en Europe, il est possible que la production augmente sous l'influence toute-puissante des débouchés ouverts.
Nous pouvons très bien admettre également que la race mérinos pénétrera dans des régions nouvelles oii elle éliminera les races asiatiques et du Soudan.
C'est ce qui se produira sûrement en Tunisie et en Algérie par exemple.
Mais il faut reconnaître que cette substitution hypothétique n'a pas une importance et n'offre pas iin intérêt comparable à la transformation opérée dès à présent dans les troupeaux de l'Australasie ou de l'Argentine par l'introduction de reproducteurs à laines communes.
La quantité de ces laines augmente avec une extraordinaire rapidité ; celle des laines fines mérinos diminue.
Alors même que le cours de ce produit supérieur viendrait à augmenter momentanément , cette hausse n'aurait peut-être pas d'au Ire effet que de généraliser l'emploi des étoffes faites ^n fils croisés, c'est-à-dire tissées avec des laines communes. Le bon marché s'impose aujourd'hui pour les objets de consommation courante, et l'emploi des étoffes à bas prix répond à cette nécessité. — Pour que le mérinos cessât de reculer devant l'invasion des races à laines communes, il faudrait que la valeur de sa toison augmentât rapidement et se maintînt longtemps à un niveau plus élevé que celui des laines croisées. Nous ne pouvons hasarder à cet égard que des hypothèses. Ce qui est certain, en revanche, c'est que les opérations de croisement pratiquées sur une vaste échelle dans les grands pays d'élevage augmentent la quantité des laines communes,
LES MOUTOINS
et tendent par conséquent à en abaisser le prix soit dans les colonies, soit enEurojie^. Cette conséquence eût été bien plus visible si, d^^utre part, la quantité totale des laines produites n'était pas restée stationnaire, alors que les besoins de la consommation grandissaient. Il est, en effet, hors dedoutequela masse totale des laines mises à la disposition de l'industrie en Europe et dans TAmérique du Nord a cessé d'augmenter depuis près de dix ans, et n'augmente que très lentement depuis
Ce phénomène offre un si grand intérêt qu'il est indispensable d'en rechercher les causes et d'en prévoir les conséquences. C'est ce que nous allons faire dans les chapitres suivants.
Nous nous trouvons en présence de deux opinions fort accréditées dans le public. La première consiste à supposer que le mouton est devenu surtouP un animal de boucherie et que la production de la laine est inconciliable avec la production de la viande. La seconde opinion peut être ainsi résumée : Le nombre des moutons décroit normalement et régulièrement dans tous les pays civilisés, tandis qu'il diminue également, par suite de circonstances extraordinaires, dans les pays d'élevage et de pâturage.
Nous allons examiner successivement ces deux opi-
I . La proportion des laines croisées a augmenté de la façon suivante
pour les laines coloniales :
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nions et clieiclicr à en apprécier la valeur, après avoir établi toutefois d'une façon certaine que la quantité totale des laines produites a cessé, effectivement, d'augmenter à partir de i8()5.