LA LAINE ET AUTRES FIBRES DORIGINE AMMALE
temps de la viande grasse telle qu'elle pouvait être demandée en Angleterre Il était dès lors très naturel de faire intervenir comme reproducteurs les représentants des variétés précoces du Royaimie-Uni, béliers de Kent, de Lincoln, de Leicester, etc. etc., qui se développent rapidement sous rinfluence d'une nourriture assez abondante et donnent la viande grasse recherchée par les Anglais*
Ces reproductevu's ont fourni des métis plus amples, ( n elTet, plus précoces que les mérinos d'Australie, qui n'avaient jamais été sélectionnés dans ce but précis. En revanche, la nature et la finesse des toisons ont été modifiées dès la première génération ; à mesure que s'est accru le nombre des reproducteurs anglais à laine longue, commune ou grossière, on a vu augmenter sur le marché de Londres la proportion des u croisées » parmi les laines exportées d'Australie.
Ces transformations si profondes et si rapides sont la conséquence d'autres transformations économiques, celles de l'industrie des transj)orts et des applications du froid, l'accroissement de la demande de viande sous l'influence du développement général de la richesse publique dans un grand pays importateur comme l'Angleterre, et la baisse du prix des laines de toute qualité, baisse qui a rendu nécessaire, en même temps qu'elle devenait possible, l'exportation de l'animal luimême considéré comme bête de boucherie-
Était-il toutefois indispensable de modifier la qualité des toisons pour augmenter la production de la viande
I. Les importations de moutons d'Australasie se sont élevées de i.85o tons(i.oiG kilos) en 1882. à 83. 080 tons en iSqd. (Voir Agricultural dépression, final report, 1897, p. 65.)
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et hâter le développement des moutons destinés à la consommation? Nous ne le croyons pas. Les mérinos — comme les variétés anglaises — sont parfaitement capables d'être exploités en vue de la production de la viande. Il suffit pour cela de constituer parla sélection des variétés précoces, de conformation irréprochable, de poids vif individuel élevé et de fort rendement en viande par quintal de poids vif. On peut obtenir ces résultats sans croisements, par la simple sélection des reproducteurs et par une alimentation plus abondante dès le jeune âge. Le succès éclatant des mérinos français du Soissonnais nous fournit une preuve décisive à l'appui de cette opinion.
Il était à coup sûr naturel que les colons australiens eussent la pensée de se servir des magnifiques reproducteurs que TAngleterre pouvait leur fournir immédiatement. Il était également judicieux de cherchera obtenir ainsi par un croisement rapide la nature et \ A qualité de ylande qui sont appréciées en Angleterre par suite d^une accoutumance séculaire. — On peut se demander, toutefois, si les éleveurs australiens ne seront pas obligés de revenir en arrière. Il suffira pour les y forcer que la laine mérinos fihe devenue plus rare augmente de prix. — C'est alors à la race mérinos elle-même qu'ils auront recours pour produire simultanément des laines fines et des individus précoces, d'engraissement rapide et de développement considérable.
Contrairement à un préjugé très répandu, l'amélioration du mérinos comme béte de boucherie ne diminue en r/e/i la qualité de sa toison.
Nous assisterons peut-être d'ici quelques années â une
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nouvelle transfornialion dans ce sens. Aujourd'hui, Tintroduction des reproducteurs anglais à laine commune, explique immédiatement la réduction des effectifs de mérinos pins, et la composition nouvelle des stocks de laines exportées. D'autre part, cette substitution des croisés aux mérinos j)urs se trouve elle-même expliquée par la nécessité d'obtenir rapidement des bètes de boucherie dont la vente est assurée sur les marchés anglais sous forme de a carcasses ».
Les mérinos du Cap et de V Amérique du Sud.
Nous savons qu'il existait dés la fm du xviu® siècle des troupeaux de mérinos dans la colonie du Gap. C'est parmi eux que le colon Mac-Arthur choisit les premiers reproducteurs de race pure qu'il importa en Australie. Il est certain que les mérinos se multi- ^ plièrent rapidement à partir du moment où la réputation des laines fines coloniales leur assigna une haute valeur sur les marchés anglais.
La colonie du Cap nourrit depuis vingt ans un troupeau de i3 à 17 millions de botes qui était jiresque uniquement composé de mérinos. Il n'est pas douteux que, sous l'influence des causes déjà signalées plus haut, des croisements se soient opérés. Cette transformation dépendra des facilités offertes aux éleveurs pour transporter leurs animaux jusqu'à la côte, où ils doivent être abattus, puis exportés.
C'est là précisément l'explication de l'extraordinaire diminution du nombre des mérinos purs dans la République Argentine. Le nombre des représentants de cette race n'avait pas cessé de s'accroître depuis i85o jusqu'à
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1895, passant ainsi de 5 millions à loo millions de tètes ^ (( Il y a quelqnes années à peine, dit M. Grandgeorge dans l'un de ses rapports -, la presque totalité de la tonte était composée de toisons mérinos ; aujourd'hui, on estime la proportion des laines croisées aux deux tiers de l'ensemble. Un mouvement de cette force ne s'arrête guère, car il a des causes profondes et permanentes. Ces causes, nous les avons dites maintes fois : c'est que la viande du mouton, autrefois sans valeur dans ces contrées, a trouvé un débouché avantageux, soit pour la boucherie et des besoins locaux grandissants, soit pour l'industrie des conserves, soit pour l'importation des viandes gelées. Ces débouchés ne peuvent que s'élargir, et ils seront un obstacle de plus en plus fort à la production sur une échelle aussi large qu'autrefois delà laine du type mérinos pur. »
M. Grandgeorge a, en effet, indiqué la cause réelle du croisement opéré en Argentine et de la réduction des troupeaux mérinos purs. Mais il paraît admettre implicitement, comme une vérité évidente, que ce croisement est indispensable pour obtenir des animaux de boucherie. Nous répétons que ce n'est pas là une nécessité inéluctable. Les éleveurs de l'Argentine ont cherché comme reproducteurs des béliers anglais à laine commw/ie, capables de développer chez leurs descendants la taille, la précocité et l'aptitude à l'engraissement
1. Voir : Wo(jI and manufactures, par Worlhington C. Ford, chierof'tiie lUircaii oï stalislics, Wasliington.
2. Commissioa permaneate des valeurs dédouane, Rapport sur les textiles^ par G. Grandgeorge, années 1898-1903.
^. Voir : la République Argentine, par Ch. Wiener. Importations de béliers anglais dans TArgentine : 1892, I.58G; 1893, 2.010; 189^, 1.737 ; 1895, 2.828 ; 189O, 7.20O.
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Ils auraient pu obtenir les mêmes résultats avec des mérinos précoces des variétés françaises du Soissonnais, de la Bourgogne ou de la Champagne.
(( ]^es mérinos précoces, dit Sanson S produisent, . ans le même temps et avec la même alimentation, autant de viande que les Leicester ou les SoutlidoAvn (variétés anglaises). Seulement cette viande est de qualité bien meilleure que celle du Leicester, et au moins aussi bonne que celle du Southdown. »
En outre, le mérinos amélioré et sélectionné en vue de la production de la viande produit une laine aussi fine que celle des mérinos ordinaires.
Le producteur colonial aurait donc intérêt à utiliser des reproducteurs empruntés à des variétés précoces de la race mérinos. Si la rareté des laines fines détermine une liausse persistante de leur prix, il est vraisemblable, nous le répétons, qu'on emploiera cette méthode en renonçant aux croisements avec des animaux à laines communes.
Conclusion.
La prodigieuse extension de la race mérinos est évidemment expliquée par la supériorité incontestable de sa toison.
Toutefois, iln'estpas vrai quecette racedoive être partout substituée aux autres types spécifiques. L'acclimatation du mérinos est, en effet, impossible ou ruineuse dans certains milieux où les moutons des autres races peuvent au contraire être exploités avec profit. — Le type
I. Traité de Zootechnie, par A. Sanson, tome V, p. iGo. — agricole de la Maison rustique.
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mérinos a pu, néanmoins, s'adapter avix climats et aux conditions d'existence les plus diverses soit en France, soit dans le reste de l'Europe, puisque Ton a réussi à constituer des variétés nombreuses en état de prospérité.
Cette faculté d'adaptation a permis, en outre, de propager la race mérine dans TAuslralasie, au Gap, dans l'Amérique du Sud, et d'y constituer des troupeaux dont les toisons représentaient, il y a quelques années, plus de 700 millions de kilos, c'est-à-dire près du double des quantités produites en Europe et dans l'Amérique du Nord. A cette époque, la laine mérinos produite dans les trois zones du monde que nous avons nommées représentait plus delà moitié des laines utilisées à la surface du globe. Cette proportion serait naturellement bien dépassée si nous tenions compte des toisons mérinos produites en Europe et dans l'Amérique du Nord. Voici, en effet, quelles pouvaient être, en 1906 et 1907, les quantités de laine mises à la disposition de l'industrie dans le monde * :
Quantités de laine mises à la disposition de l'industrie dans le monde^
i"" Production.
Milliers de kilos
1907 IQOG
l^Vancc. A3. CGC 43. 000
(Îrande-Brelagae 59.265 58.890
Continent d'Europe (France exceptée). . 160. 85o iGo.85o
A^mérique du Nord. . . . - . . . . i Ao.883 i 4i .33G
Totaux /403.998 /404.07O
I. Voir à ce sujet les circulaires faisant autorité de Fred. Hulli, de Londres, et les rapports de la 4* section (textiles) pour les valeurs de douane en France {Annales du Commerce extérieur),
riliRKS TEXTILES 8
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Laines mérinos
prcsqvie exclusivemen jusqu'en 189
20 Exportation.
Australie. ....
Cap
Plata et Uruguay.
Autres pa>s hors d'Europe.
Totaux • •
os / .o.(
356 5ii /18.934 208.380
Voici, d'autre part, une indication précise sur la proportion de mérinos et de croisés dans les exportalions des colonies anglaises ou de la Plata :
Poids des laines provenant des colonies anglaises ou de la Plata.
Millions (le Lb. (/l'fi grammes)
Total Mérinos Croisés Proportion