‹ Les fibres textiles d'origine animaleChapitre 8 sur 122 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

LA SOIE

Son origine, ses caractères, sa nature. Les soies sauvages. Les transformations successives des fils du cocon. La terminologie.

La soie proprement ditc^ celle que tout le monde connaît, celle qui constitue, d'ailleurs, la fibre textile la plus précieuse et la plus chère, est produite par le ver du mûrier Bombyx Mori.

Nous parlerons bientôt plus longuement du u ver à soie » et de son élevage ; notons en ce moment les traits caractéristiques de la vie industrielle de ce merveilleux travailleur ^ui fait de la soie avec quelques feuilles de mûrier !

A peine sorti de son œuf, de sa « graine », selon le vocable usitée, le ver dévore déjà les parties tendres des

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feuilles qu'on lui sert. Après quatre mues successives, après avoir pris d'amples repas d'autant plus copieux que sa taille a davantage grandi, le ver monte vers la bruyère qu'on lui a donnée comme asile.

Lorsqu'il a trouvé une place à sa convenance, il jette par sa trompe soyeuse un fil qu'il attache aux ramilles voisines. Ce fil, replié mille et ni il le fois, forme peu à peu un réseau au milieu duquel le Bombyx s'isole, une prison de soie dans laquelle il s'enferme : c'est le cocon.

Le brin sorti de la trompe du ver est continu ; sa longueur varie de Sooà i.boo mètres ; sa finesse est extrême, puisqu'il n'a pas, selon les espèces, plus de 23 à 36 millièmes de millimèlre de largeur.

C'est le produit de la sécrétion des deux glandes soyeuses, en forme de tubes disposées symétriquement des deux côtés du corps de l'animal et se réunissant à leur extrémité en un seul conduit appelé u trompe ».

On voit ainsi que le fil, le u brin », la ci bave » de soie est constituée parla réunion de deux brins distincts qui s'unissent au moment où ils traversent la trompe.

Aussi, quand on examine au microscope le fil de soie isolé, trouve-l-on dans le champ de l'appareil un ruban visiblement constitué par deux lanières juxtaj^osées et soudées l'une à Tautre.

Trôis substances différentes superposées forment le brin de soie.

La plus centrale, celle qui constitue Taxe du ruban soyeux, est la jibroiiiCj matière essentielle de la soie et capable de résister à l'action de l'eau ou même des alcalis.

La seconde, enveloppant la première, porte le nom de (jrès. Elle est, au contraire, soluble dans l'eau

LA SOIE

savonneuse bouillante, propriété qui permet de la faire disparaître par Topération du décrcusatje.

Enfin la troisième substance est un enduit ou vernis encore gluant au moment où le brin sort de la trompe. Ce vernis permet au ver de coller rima l'autre tous les replis du fil continu de façon à constituer le cocon. L'enduit dont nous parlons est d'ailleurs soluble dans l'eavi chaude.

Nous verrons bientôt que cette solubilité est utilisée précisément pour désagréger la rwasse des brins constituant le cocon et pour permettre de dérouler tout le fil qu'a produit le ver en s'enfermant dans sa prison de soie.

La connaissance de ces trois substances et de leurs propriétés est indispensable pour comprendre combien sont grandes les pertes de poids subies par les cocons et par les fils qu'on en tire avant qu'il soit possible d'obtenir la matière première industrielle qui est seulement la fibroïne.

Ainsi : Le dévidage des cocons opéré dans l'eau chaude fait disparaître le premier enduit ;

2"" La soie brute dévidée, appelée u grège », subit une perte de poids lorsqu'on la décreuse en la débarrassant du gj^ès ;

3^ Enfin l'évaporation réduit encore le poids de la soie, substance hygroscopique qui absorbe la vapeur d'eau et pourrait, au besoin, en être imprégnée frauduleusement dans le but d'augmenter son poids.

Ajoutons à toutes ces pertes : i"" celle qui résulte des déchets ou frisons, première veste soyeuse des cocons qui se détache lors du dévidage, et 2"" le poids même de la chrysalide enfermée dans le cocon.

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Toutes ces réductions du poids de la matière première sont encore accrues par la présence, dans un stock, de cocons doubles, percés, piqués, inachevés, etc.

Le moulinage et la filature comportent encore des pertes diverses.

En résumé, lorsque l'on cherche à déterminer Iç poids de soie utilisable industriellement, il y a lieu de l'aire subir à la quantité des cocons disponibles une réduction énorme.

Ceci est vrai mém» pour les cocons tels que les vers les ont filés.

loo kilos de cocons frais (renfermant encore les chrysalides) ne donnent plus que 33 kilos de cocons secs après que l'on a étoulfé les chrysalides intérieures et procédé au séchage ;

lOO kilos de cocons frais ne donnent couramment, d'après les moyennes usitées, que le douzième de leur poids de soie fjrège ;

Et 4 kilos de cocons secs ne fournissent que i kilo

de soie.

On devine sans peine que le prix de la soie doit être singulièrement plus élevé que celui des cocons à poids égal, non seulement parce qu'il y a lieu de tenir compte du coût des transformations industrielles, mais encore parce que des pertes ont été subies, et parce que les déchets utilisables ont une bien moindre valeur que la soie : i kilo de cocons peut valoir de 3 à 5 francs, tandis que le cours des soies grèges — non décreusées |)ar conséquent — dépasse fio francs et s'élève jusqu'à 09 î

La soie est une matière d'un prix élevé, une denrée de luxe, non seulement parce que sa production comporte des avances et des risques considérables.

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mais encore parce qu'elle représente un véritable j^roduit industriel, une sorte de métal qu'on doit tirer à grands frais, et avec des pertes énormes, d'un minerai — le cocon — fort peu riche après tout en métal pur, c'est-à-dire en soie véritable.

A cet égard, la soie se distingue nettement delà lainc^ ou du coton, fibres textiles qui ne subissent pas des pertes de poids aussi notables lorsqu'on les prépare pour lesutiliser à titre de matières premières industrielles.

Les soies sauvages.

La soie dont nous avons parlé jusqu'ici est celle que fde le Bombyx nourri avec la feuille de l'arbre appelé mûrier : de là le nom de Bombyx Mori donné à ce ver et au papillon correspondant.

Le même ver peut, d'ailleurs, être nourri avec d'au très feuilles que celles du mûrier, notamment en Chine, où l'on substitue parfois à ces dernières les feuilles du Tché, arbre mal déterminé au point de vue botanique, mais que l'Anglais Forbes a cependant décrit et étudié sous le nom de Cadrania triloba.

Il est également possible que d'autres arbres ou arbrisseaux soient utilisés en Chine pour nourrir le Bombyx Mori.

Cette substitution de diverses feuilles à celles du mûrier ne présente guère d'intérêt, surtout en France, parce que la multiplication et l'acclimatation du mûrier et de ses variétés n'offrent aucune dilïiculté.

Les faits que nous venons de signaler ne paraissent donc pas avoir une sérieuse portée au point de vue technique et économique.

LA SOIE

En revanche, il est indispensable de savoir que Tinsecte appelé Bombyx Mori n'est pas seul capable de produire des soies ayant toutes les qualités d'une bonne fibre textile et remplaçant — dans beaucoup de cas — la soie ordinaire. Les chenilles qui filent des soies sont, au contraire, très nombreuses ; elles sont presque toutes sauvages ou à demi domestiques, et pour cette raison on a donné aux soies qu'elles fdent le nom de soies sauvages.

(( La quanlilé de cocons construits par les vers sauvages, dit M. Rondot ^ est inconnue ; mais elle est certainement très grande. Nous pensons qu'elle est de 35 millions de kilos et qu'élle représente environ 2.100.000 kilos de soie, »

Comme la production annuelle des soies en général était évaluée à cette époque (i885), et par le même auteur, à 18 millions de kilos, on voit que les soies sauvages représentaient plus du dixième de ce chiiTre.

•On cite notamment la soie venue de l'Inde sous le nom de soie ïussah. Ce nom est dérivé, paraît-il, de l'hindoustani Tussnr ou Tusar^ qui est donné dans^ rinde à la soie du ver appelé Antherœa Mylitta.

Les soies grises, blondes ou brunes venant de la Chine et produites soit par l'Antheroea Pernyi, soit par d'autres espèces demi-domestiques ou sauvages,, portent en Europe ce même nom de Tussah.

Le fil élémentaire ou a bave » - des vers à soie

1. Voir l'ouvrage classique et si remarquable de M. Rondot : les Soies^ t. II, p. 20. Paris, 1887.

2. On donne ce nom au fil continu avec lequel la chenille tisse son cocon. Cette bave, comme nous l'avons dit plus haut, est constituée par deu\ brins soudes ensemble an sortir de la trompe soveuse.

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sauvages peut d'ailleurs être aussi lin que celui du Bombyx Mori, bien que l'épaisseur moyenne en soit généralement plus considérable.

Au point de vue de la ténacité et de l'élasticité, les soies sauvages ne le cèdent en rien à la soie ordinaire,

Les essais de M. Persoz père ont mis ce fait en lumière, et Ténuméralion des espèces de vers sauvages montre combien est grande leur variété.

Voici le tableau dressé par cet babile expérimentateur :

Brins lires de cocons

Vers (In mnrier :

D'Avignon. ....

De Brousse

De Chine

Vers sauvages.

De rAnlherœa M>liUa (TussalO.

De TAntherœa Pernyi (Chine). .

De FAnlherœa Assama (Inde). ,

De l'Actias Selene

DuTelca Polyphemus (Etats-Unis\ De TAttacus Aura ta (Brésil):

Du Philosamia Cynlhia (Chine).

Du Philosamia Ricihi (Inde).

Du Samia Cecropia (Etats-Unis).

Du Plat} samia Ceanœthi (Californie)

Truacité ' grammes

Elasticité *2 millimètres

ifig

io3

Aux noms des vers sauvages que nous venons de citer, il y a lieu d'ajouter celui du ver à soie du chêne

1. Nombre de grammes nécessaires pour rompre un brin de o m, 5o de long.

2. Allongement d'un brin de i mètre de long avant sa rupture.

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qui est l'objet d'un élevage régulier au Japon. On le trouve d'ailleurs à l'état sauvage dans diverses forets du Nippon. C'est TAntherœa Yama Maï.

En outre, un très grand nombre de chenilles peuvent fournir des soies susceptibles d'être utilisées industrielîement.

M. Rondot écrit à ce propos :

(( Les vers à soie sauvages, et en particulier l'Antherœa Pernyi et TAntheroea Mylitta, les (îlevirs, nous ne disons pas les meilleurs, mais ceux qu'on compte par myriades, nous intéressent à double titre : à raison de la soie tirée de leurs cocons par le procédé du dévidage et à raison des bourres provenant des cocons percés et des déchets divers filés sur nos métiers. Les deux •espèces que nous avons nommées ne sont pas les seules qui alimenteront de soie nos manufactures ; on peut tenir pour certain qu'il y a d'autres espèces dont l'abondance est également infinie, l'Antherœa Assama, le Philosamia Gynthia, le Philosamia Ricini, le Cricula Trifenestrata, etc., etc., qui peuvent fournir un jour un large contingent à nos approvisionnements. »

Il est certain que l'usage des soies sauvages est aujourd'hui fort répandu en France, où des essais heureux ont été faits depuis cinquante ans pour l'utiliser dans nos manufactures

Ajoutons, enfin, qu'on a trouvé des araignées capables de fournir une fibre analogue à la soie. L'Epeira

I. On a tenté d'acclimater et crutiliser en France vers 1860 le ver à soie de TAilanthe. Des résultats intéressants ont été obtenus à cette époque par M. Guérin Méneville et divers collaborateurs. (Voir rapports oIRGciels, ministère de l'agrîcultvire, 1870.)

LA SOIE

Diadema, qu'oa trouve presque partout en Europe, d'autres variétés encore rencontrées au Mexique, en Indo-Chine, à Madagascar, dans l'Inde, filent une véritable soie, c'est-à-dire une « bave » constituée par de la u fibroïne » recouverte de « gros » .

Des fds et des tissus ont été obtenus en utilisant cette matière première, mais sa rareté rend jusqu'ici son emploi sans importance au point de vue économique-

Les transformations successives des fils du cocon.

La terminologie.

Pour éclairer tous les développements qui vont suivre et permettre au lecteur d'embrasser dans son ensemble l'œuvre de préparation de la soie avant qu'elle puisse être employée dans l'industrie^ il convient dès à présent d'indiquer les façons qu^elle subit et de préciser les termes usités.

Le cocon, enveloppe soyeuse du ver, représente la soie brute et la matière première de toute l'industrie de la soie.

Ce cocon renferme ordinairement la chrysalide avant sa transformation en papillon. La chrysalide est, en effet, étouffée par le sériciculteur ou le fdateur pour que le papillon ne perce pas le cocon dont le fil continu serait ainsi coupé ou rendu indévidahle.

Le cocon non percé par le papillon doit être dévidé. Cette première opération industrielle a pour objet de trouver et de dérouler le fil continu dont nous avons

lO lA SOIE

déjà parlé, fil appelé souvent u bave », parce qu'il a été directement rejeté ou éjecté comme une bave par le ver au moment de la confection du cocon.

Le dé vidage est obtenu de la façon suivante : les cocons étant placés dans une bassine d'eau chaude, ils surnagent, et une ouvrière appelée u batteuse » les agite avec un petit balai en les faisant tourner. La preniière enveloppe du cocon se détache parce que l'eau chaude dissout le vernis qui colle et agglomère les replis de la bave. Une partie de la « veste » constitue le « déchet » ou « frison ».

L'ouvrière cherche, et ne larde pas à trouver le fil ou (( maître brin » qui peut être déroulé sans solution de continuité. Une fois ce brin trouvé, l'ouvrière effectue la u purge », c'est-à-dire sépare les « frisons » du maître brin. Le « frison » constitue un déchet qui sera filé d'une façon spéciale, comme toutes les bourres ou déchets, tandis que le « brin » tout filé par l'animal est dévidé sur un tour.

Le dévidage au tour est d'ailleurs fait de façon a réunir un certain nombre variable de brins élémentaires selon la grosseur désirée du premier fil industriel appelé fil de (jrèfje. Le faisceau de brins constitue lui-même la matière appelée soie grège.

Cette soie n'est pas employée au tissage des soieries ou étoffes de soie. Elle subit auparavant une laçon spéciale : le moalinage ou ouvraison. Cette préparation industrielle purement mécanique a pour objet d'assembler entre eux en les tordant un nombre variable délits de soie grège. Les fils ainsi obtenus i^orlent deux noms : 1° les trames ; 2** les organsins.

La trame s'obtient en tordant ensemble plusieurs

LA son:

fils do grège qui n'avaient pas été tordus au préalable j ndi viduel 1 eni on t .

Les organsins (employés pour la chaîne des tissus) sont obtenus en tordant ensemble^ apros les avoir assemblés, plusieurs fds de grège tordus préalablement et individuellement.

Ces façons sont exécutées à l'aide du u moulin à soie » ; de là le nom de moulinage donné à l'opération dans son ensemble.

Eufin la soie grège doit être débarrassée do son « grès » avant d'être teinte. Cette nouvelle façon industrielle porte le nom de i< décreusage ».

Quant à l'examen de la soie grège au point de vue de sa pureté, de sa teneur en eau, de sa finesse, de son élasticité ou de sa ténacité, de sa netteté, de la quantité de u grès » dont elle est couverte, etc., etc., ce sont là des opérations délicates exécutées dans des laboratoires spéciaux qui déterminent toutes les « conditions » dans lesquelles se trouvent les échantillons soumis à l'examen dos experts. De là le nom de a conditions des soies » donné à ces établissements indis^ pensables dans tous les grands centres industriels pour déterminer la valeur marchande des soies vendues.

On voit combien sont nombreuses les transformations ou préparations de la soie avant que celle-ci devienne la matière première du tissage.

Nous étudierons, dans cette première partie, les diverses opérations dont la simple énumération était ici nécessaire pour faciliter rintelligence de notre exposé.

12 LA SOIE

Auparavant il est indispensable de parler d'élevage des vers à soie, c'est-à-dire de la sériciculture, puisque cette industrie fournit précisément la matière brute dont les soies sont tirées avant de subir les façons multipliées dont elle est ultérieurement l'objet.

LA SÉRICICULTURE

Comme nous l'avons dit plus haut, les neuf dixièmes des quantités de soie produites sont obtenus par l'élevage d'un ver domestique, le Bombyx Mori.

Ces deux mots sont indispensables parce que le ver à soie dont nous parlons ne consomme et ne peut consommer en général que la feuille du mûrier. La multiplication de cet arbre est donc indispensable au développement de l'éducation du ver à soie. D'autre part, il est nécessaire que le sol et le climat d'une région ou d'un pays favorisent le mûrier et que la pousse des jeunes feuilles coïncide avec la période de Tannée durant laquelle la température et l'état hygrométrique de l'air sont également favorables soit à l'éclosion des œufs de ver à soie, soit à la vie normale de la chenille fîleuse.

Il n'est pas moins nécessaire, enfin, que cette époque convienne aux habitants des campagnes dont les soins assidus sont uniquement consacrés pendant un mois au précieux animal.

Toutes ces conditions de sol, de climat, d'époques ou de nature des travaux agricoles, ne sont pas toujours réunies, et telle est la raison pour laquelle l'élevage du ver à soie, la sériciculture en un mot, est

LA SOIE

liLs nellcmcnt localisée, soit en France, soit dans le monde entier.

Enfin ajoutons que les circonstances économiques, c'est-à-dire le prix de la soie, et les causes qui agissent sur celle valeur marchande, — concurrence étrangère, prix des transports, intensité de la demande, — doivent nécessairement réagir sur la situation de la sériciculture en faisant varier les profits de ceux qui consacrent leur activité à cofto industrie.

Le Mûrier.

Si Ton veut bien observer et respecter la succession logique et nécessaire des faits, il est clair que la culture du mûrier doit précéder tout élevage. Une once de graines ou d'œufs de vers à soie peut donner naissance à 3o.ooo chenilles qui consommeront au moins de 700 à 800 kilos de feuilles.

Or un miirier de haute tige, un arbre de dix ans, donne, à l'époque des élevages, une centaine de kilos de feuilles et ne fournit 200 kilos qu'entre quinze et vingt ans ^. Certes, des procédés spéciaux de taille, la nature de certaines variétés du mûrier, permettent d'obtenir plus rapidement une récoUe de feuilles, mais, de toutes façons, la production régulière et sûre de l'aliment des vers ne peut être qu'une œuvre de longue haleine, si le sériciculteur ne bénéficie pas de la prévoyante industrie de ses pères.

Dans la plupart des pays séricicoles, les avances

1. M. (le Gasparîn indique même des récoltes moitié moins considérables. (^Cours d'agricullure^ p. 716, t. IV.)

LA SÉRICICULTURE l5

considérables exigées par la culture du mûrier ont été faites, et û suffit d'entretenir les plantations, en renouvelant les pieds cpiand le besoin s'en lait sentir.

En France, l'introduction du inùrier coïncide, cela va de soi, avec les premiers élevages et remonte probablement au xive siècle. En tous cas, Olivier de Serres disait déjà en 1599 : « C'est chose assurée qu'en divers endroits de la Provence, du Languedoc, du Daiiphiné, de la province d'Orange, et sur tous de la Comté de Venaissins et Archevesché d'Avignon... ces « meuners » et leurs services, y sont aujourd'hui très bien recogneus ^. »

Lorsque Henri IV voulut répandre dans les cam pagnes les gra mes de ver à soie, il distribua en même temps des plants de mûrier et fit rédiger des instructions pour servir à « l'establissement des meuriers ».

L aire géographique du mûrier et de ses diverses variétés est, d'ailleurs, immense, puisque cet arbre est utilisé, en vue de l'éducation des vers, en Chine, au Japon, en Perse, dans toute l'Asie Mineure et les pays de l'Europe méridionale.

En France, ses limites géographiques se confondraient avec celles de la vigne, si d'autre part la culture n en avait pas été restreinte pour des raisons économiques.

(( Ces limites économiques, écrit Gasparin 2, sont celles où sa production cesse de donner une rente du terrain notablement supérieure à celle des autres

/•//■ ^/'' %f"^"^ i^^" soie, parla nourriture des vers qui la font. Echan- Paris "s^"""''' '^'«jrtcaftare d'Olivier de Serres, seigneur de Pradel. à

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