Cours il'afjriculture, t. IV, p
LA SOIE
genres de culture. Nous disons notablement supérieure et non pas seulement égale, parce que rétablissement du mûrier et des industries qui l'accompagnent exige des avances prolongées de capitaux que la supériorité de la rente et des produits doit appeler et amortir. »
L'observation intéressante à faire au point de vue économique, c'est Tétroite dépendance de la nature du mûrier et de l'élevage des vers à soie. La production de la fibre textile est subordonnée à un problème d'ordre agricole.
Le Bombyx est un agent de transformation comme la vache, le bœuf, le mouton ou le porc ; il donne de la soie au lieu de produire de la viande, de la graisse, du lait ou des peaux. De toutes façons, la question de Talimentation est d'une importance capitale.
Dans notre pays, le mûrier noir, les nombreuses variétés du marier blanc^ sont les seules espèces du genre mûrier qui servent à la nouiTiture des vers à soie. Le mûrier noir a presque partout cédé la place au mûrier blanc, et sa culture a été abandonnée dans tous les pays où le développement de Tindustrie du ver a été considérable. La lenteur de sa croissance, le peu d'extension de sa végétation annuelle, auraient seuls contribué à lui faire perdre l'avantage dans la lutte, mais on a reconnu, d'autre part, que la soie qui en provenait était plus grossière et bonne seulement aux ou^ vrages qui n'exigent pas de finesse.
Un des obstaclesqui s'opposent aujourd'hui en France au développement des éducations du ver à soie, c'est précisément la dilTiculté de se procurer une quantité suffisante de bonnes feuilles. Beaucoup de mûriers
LA SERICICL LTL RK y > I
ont été arrachés on délaissés ^^^^f ;^^ moment où les diverses maladlG^/des avaient diminué le nombre des éleVét^rs dans d^ndrmes proportions. ^'oX >
D'autre part, les petites éducatiot\§'^t^nl avijourd/Hiij^ seules possibles, parce qu'elles sont^^ules ca^^^J^îes de donner des profils, les petits cultivateurs ^qui s'y livrent ne peuvent guère supporter les frais et faire les avances de plantations nouvelles.
11 y a là, dans quelques cas du moins, pour des propriétaires avisés, une œuvre intéressante à réaliser dans le but de procurer à leurs tenanciers le bénéfice d'une recette additionnelle, et Toccasion même temps une partie de leurs terres^
lucrative. ^ ^ L^Y ^/P/ ^
La feuille de mûrier constitue, en eper,/ uue^tli de vente, et le produit d'un hectare planté en rnl^rô^i productifs ne laisse pas que d'être considérable. Au" /^^^ moment où Gasparin observait les faits qu'iL rapporte dans son Cours cV agriculture, la feuille dès.m^ vendue au moins 7 francs par quintal et dnii*" rrn ditions un hectare planté en mûriers pouvait donner, tous frais déduits et toutes dépenses d'amortissement comptées, un revenu de 5oo à 700 francs 1
Ajoutons que la feuille du mûrier constituant une provende de bonne qualité pour les animaux de l'espèce bovine, la constitution d'une plantation de mûriers ne saurait être inutile dans le cas où un propriétaire ne trouverait pas de locataire disposé à utiliser les feuilles ou à vendre ces dernières.
Il ne faut pas se dissimuler que les plantations de mûriers ont été fort négligées en France depuis qvielque
ï8 LA SOIE
vingt ans. Déjà en 1890 le rapporteur de la 4^ section de la commission des valeurs de douane jetait un cri d'alarme :
« Si la production des graines saines est la condition essentielle de la reconstitution et de la conservation de nos races, il est une autre question qu'il ne faut pas perdre de vue lorsqu'on envisage l'avenir de notre sériciculture, c'est celle de nos plantations. Il est évident que pour obtenir une production de soie abondante, il ne suiïit pas d'avoir de bons rendements à l'éclosion ; il faut encore pouvoir fournir une nourriture sulFisante à nos vers. Or nous n'avons pas assez de mûriers pour alimenter une production de soie très abondante. La culture du mûrier, loin d'être en progrès chez nous, tend à décroître ; la plupart des terrains de montagne qu'elle occupe sont maigres et épuisés ; il faut s'occuper sans retard de faire des plantations nouvelles et procéder avec méthode. »
Sans attendre l'aide et les indications des pouvoirs publics, il appartient aux conseils locaux et aux syndicats agricoles de veiller sur cette richesse qui disparaît en constituant des pépinières et en facilitant la lutte contre les maladies cryptogamiques dont les mûriers sont atteints.
Il ne faut pas se le dissimuler, l'abandon du mûrier est une conséquence de la réduction du prix des cocons et de la baisse des profils attachés à leur éducation. C'est donc par la diffusion des meilleures méthodes d'élevage que l'on pourra lutter contre la crise de la sériciculture dans notre pays et déterminer les éducateurs à soigner leurs mûriers ou à reconstituer leurs plantations.
LA SÉRICICULTURE H>
Le problème pose à propos de Tarbre se trouve visiblement lié aux progrès tccbniques de la production du cocon lui-même.
l'élevage Diï VER A sou:
Cet ouvrage n'a pas pour objet d'exposer les principes et les motbodes de la sériciculUire, Nous ne nous atlacberons donc pas à étudier les questions tecbniqnes, et nous nous efforcerons, au contraire, de signaler les faits qui peuvent avoir un sérieux intérêt au point de vue économique.
L'œuf on graine et la qneslion du grainage.
Le ver à soie, arrivé au terme de sa croissance, s'entoure d'un réseau de fils de soie — le cocon — et s<^ transforme à l'intérieur en cbrysalide. La cbrysalide, à son tour, devient papillon mâle ou femelle, perce sa prison, s'accouple, et meurt pe\i de temps après avoir pondu les œufs qu'on nomme « graines », parce que leurs dimensions, leur aspect, leur forme, les font ressembler à une graine presque spbérique, d'un diamètre de I millimètre environ. Cette ((graine », soumise à la température normale de l'été dans nos climats, n'éclot pas. Durant deux périodes de sa vie, périodes estivale et automnale, l'œuf sommeille, au moins lorsqu'il s'agit de nos races françaises ou européennes, car nous allons voir qu^il en est tout autrement povu' les races asiatiques.
Durant une troisième période, la période bivernale, l'œuf peut et doit même subir l'influence d'une basse
tempcialure. L'expérience a démontré que le froid assurait une éclosion plus régulière de vers plus vigoureux.
M. Duclaux a prouvé qu'une température voisine de 0"" était celle qu'il convenait de choisir et de maintenir.
Dans l'Ardcche, beaucoup de sériciculteurs trans- [)orlenl leurs graines à Notre-Dame des Neiges où une chambre froide a été installée dans le but de recevoir ces dernières.
Les installations frigorifiques sont évidemment préférables et il est à désirer qu'elles se multiplient.
Enfin, durant la quatrième période, dite période prinlanière, l'embryon de l'œuf est en état de se développer sous l'influence d'une élévation de température. Celle-ci doit osciller entre 20 et 2 4^ pendant une vingtaine de jours, et au bout de ce temps le ver apparaît.
Cette évolution, normale en ce qui concerne nos races européennes, n'est pas celle des races bivoltines ou polyvohines telles qu'on les connaît en Orient, et notamment en Indo-Chine ou au Japon. Les graines éclosent quelques jours après la ponte sans avoir subi l'action du froid pendant une période hivernale.
Pour les graines des races bivoltines, ce phénomène se produit une fois seulement, et pour les œufs de races polyvoltines, il se produit après chaque ponte.
En France, en Europe, dans les autres pays du monde où l'on n'élève pas les races bivoltines ou polyvoltines, la conservation des graines pendant la période d'hivernation et durant les semaines précédant l'incubation