SCÈNE X
JEANNE, GERTRUDE, MAITRE ANDRÉ, LAU- RENT dit LE BORGNE, BERNARD, Gardes.
andré, en entrant.
Eh! sacrebleu, ooi, messieurs, c'est votre faute; vous ne surveillez pas assez, tes délita de chasse sont plus fréquents que jamais; pourquoi? parce que votre mollesse ou votre négligence enhardit les. braconniers.
(Nuit au théâtre.) Pendant re colloque, Jeenne s’est avancée avec hésitation, mais un regard de Gertrude la rassure, et elle se jette dans les bras de son pire.
JEANNE
Mon père...
ANDRÉ
Bonjour, Jeanne; bonjour, mou enfant.
GERTRUDE
Bonjour, maître.
ANDRÉ
Bonjour. [A Jeanne.) Laisse-moi d’abord terminer les affaires, et puis je t'embrasserai à mon aise. Je vous disais, messieurs, qu'il faut que ça change, et promptement, ou je m’eu mêlerai, entendez-vous ?
BERNARD
Cependant, maître André, je pui» vous assurer, pour ce qui me concerne...
ANDRÉ
Je te conseille de parler, toi, Bernard, que je viens de prendre en défaut à l'instant même. La commune de Ville-d'Avray te regarde, je pense ! Eh bien, en passant sur la lisière du bois, jlai vu une trouée faite au clos du domaine privé.
BERNARD
C'est une palissade détachée.
ANDRÉ
Eh! sacrebleu, il fallait la faire remettre en état. Maintenant ce n'est qu'une planche arrachée, et plus tard, par votre négligence, ça deviendra une trouée par où le premier vagabond venu
MAGASIN TÜÉATRAL.
s'introduira si l'envie lui en pousse. Et qui vous dit que ce n'est pas par une ouvertune semblable que s'est glissé celui qui a osé tuer un daim dans le clos de Sa Majesté?
LAURENT
Ohl celui-là n’avait pas besoin d'occasion ; il est coutumier du fait, ailes.
andré.
Comment 1 tu connaîtrais le délinquant, loi, Le Borgne?
LAURENT
C'est-à-dire, maître André, que je parierais un doigt de ma main que c’est l’es-garde Mathieu ; ce gaillard là depuis quelque temps se prive peu de notre gibier.
Aima à.
Es-tu en état de soutenir l’accusation î
LAURENT
Et même de fournir de bonnes preuves.
aitoré.
En ce cas, je vous ordonne de le faire saisir au collet et de le faire conduire demain dans les prisons de Paris.
Jeanne, vivement.
O mon père! s'il était innocent I andré.
N'as-tu pas entendu qu’il y a des preuves?
JEANNB.
On a pu se tromper.
andré.
Jeanne, tu sais que je suis Inflexible pour ceux qui oublient leur devoir.
JEANNE, k ambiante.
Mon père...
ANDRÉ
Eh bienl qu'as-tu? ne vas-tu pas pleurer par rapport à un mauvais garnement? Folle que tu esl... Veux-tu bien venir ici!... (fl va s'asseoir sur un banc en avant du hangar , et attire Jeanne sur ses genoux.) Et embrassons ce père, et vivement... et plus fort que ça. Dieu merci, voilà asses longtemps que j'en ai été privé de tes baisers. (Avec malice.) Heureusement que je trouvais un dédommagement dans les lettres que tu as oublié de m'écrire. Attrape, mademoiselle
JEANNE
Mon bon père, croyex...
GERTRUDE
Je vous jure que ce n'est pas faute d'en avoir eu envie... mais ...
ANDRÉ, vivement.
Mais... il y avait donc un empêchement! Quoi? tu n’as pas été malade, n'est-ce pas?
Jeanne, avec hésitation.
Non, mon père.
André, la regardant avec tendresse.
Tu mens, Jeanne; tu as été malade, car je te trouve encore pâle et les traits amaigris.
GERTRUDE
La vérité, monsieur... c'est que nous avons eu du malaise.
ANDRÉ
Et lu ne pouvais pas m'en faire prévenir, toi ? Pourquoi donc t’avais-je chargééde veiller sur elle? JEANNE.
N'en accuses que moi, mon père ; ça n’avait rien de dangereux, et j'avais prié Gertrude de ne pas vous en instruire, dans la crainte de vous inquiéter.
Eh bien, tu as eu tort. Voyons, conte-moi ça. Il la prend à part et lui parle bas ; pendant ce temps, Gertrude les regarde avec inquiétude.