‹ Les fileuses; comédie-vaudeville en un acteChapitre 23 sur 28 · HÉLÉNA, ARNOLD · texte numérisé non relu

HÉLÉNA, ARNOLD

ARNOLD, à part.

Me voilà seul avec ma jolie fiancée! voyons un peu comment la fille d'auberge soutiendra son personnage.

HÉIÉNA.

?/Te voilà seul avec mon futur époux; voyons comment monsieur le sous-officier jouera son rôle!

AniNOLD.

Eh! bien, cbaruiant*^ Héléiia , êtes vous contente de l'époux qui vous est imposé par jujjement?

HÉLÉKA.

C'est ce que l'avenir m'apprendra, monsieur.

AI\INOLD.

Je tâcherai que l'avenir ne vous inspire aucun regret. Mais, dites-moi, comment se fait-il , jeune ei jolie comme vous l'êtes, que vous soyez restée jusqu'à vingt ans sans vous marier?

HÉLÉNA

Ah! voilà., j'étais bien sure que vous alliez nie demander cela... Eh! bien , je vais vous le dire.

Air nouveau de M. Ch. Tolbecque.

Premier couplet.

Je déteste et crains l'esclavage ; Ma liberté fait mon bonheur :

De la chaîne du mariage

Mon pauvre cœur Eijt toujours peur !

Toilà pourquoi, jeune et gentille, Car j'en puis convenir tout bas, A vingt ans je suis encor fille , Et vraiment je ne m'en plains paa.

Deuxième couplet.

L'un trouvant ma dot séduisante, Voulait m'éponser sans m'aimer, Wn autre me trouvant charmante

Voulait m'aimer

Sans m'epouser :

Voilà pourquoi, jeune et gentille, Car j'en puis convenir tout bas, A vingt ans je suis encor fille, Et vraiment je ne m'en plains pas.

ARNOLD , à part.

Elle m'enchante î

HÉLÉNA

Oh ! et puis voyez- vous monsieur, il n'y a rien de tel que d'être fille d'auberge, pour apprendre à connaître les hommes.

ARNOLD

En vérité!

HÉLÉNA

Ces hommes sont si exigeansi ils aiment tant à se faire servir !.. Héléna par-ci !... Héléna par-là î... Une auberge, c'est le monde en miniature : il se passe sous nos yeux tant de choses I Les diligences, les chaises de poste nous amènent tant de lords et de ladys, et nous rendent témoins de tant d'aventnies î tantôt c'est un grand seigneur qui cherche des bonnes fortunes; tantôt c'est la feuime d'un juge qui court le p^y* avec un oftlcier de dragons; puis ce sont de jeunes époux fatigués d'une année de mariage, et qui voyagent pour se desennuyer... c'est un baronnet qui a le spleen, et qui bat sa femme pour se distraire ; quehjue fois, c'est un jeune homme, qui, pour épier une femme, se déguise en domestique , en matelot, en soldat. Enfin, monsieur, une auberge, c'e<it un endroit sans égal pour savoir combien il y a peu de bous ménages, combien les hommes sont rusés, défians , de?' jtlques et combien on a raison de les détester <]uaDd on est femme!

ARNOLD, à pari.

Eh! mais elle joue très-bien la comédie!

HÉLÉNA

Mais vous, monsieur, me direz-vous k votre tour pourquoi vous êtes resté garçon ?

Oli I moi, j'ai aussi d'excellentes raisons! nous autres militaires, sans grade et sans fortune, comment voulez-vous que nous songions jamais à faire un choix, à nous marier?... Les ennuis d'une vie de garnison, les dangers d'une traversée lointaine ou les chagrins d'une séparation, quel avenir pour une jeune femme! et puis la permission de nos chefs qu'il faut obtenir, quand nous voulons par hasard quitter notre état de garçon!., aussi restons-nous presque tous célibaiaires. Des intrigues d'un jour, des passions de six semaines, voilà notre vie! nous changeons, d'amour comme d'étape; nous passons de l'Irlande à l'Ecosse, de l'Ecosse aux Grandes-Indes, aimant toutes les femmes sans en aimer une; et il est proLable que j'aurais continué longtemps encore cette triste et msipide existence , si je n'avais eu le bonheur de vous rencontrer et de déi'ober un baiser à la plus jolie filcuse des trois royaumes.

Air : Il est si doux de faire des heureux.

En vous voyant j'ai senti dans mon âme

Un vif désir de quitter mon état.

Ah ! ce n'est plus la gloire qui m'enflamme !

Dites un mot , je ne suis plus soldat :

Il faudra bien que ce vœu s'accomplisse,

Car mon major m'a souvent obligé;

Et près de vous je r'prcndrai du service

Pour ne jamais demander mon congé.

HÉ LENA, à part.

Eh! mais il sait très-bien mentir,

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