‹ Les filles d'enferChapitre 32 sur 32 · CIEL D’AZUR · texte numérisé non relu

CIEL D’AZUR

Quelque temps après cette réunion des anciens compagnons de Lovelacc-Club, un dimanche, Odette se promenait seule dans le parc de l’hôtel Valmer, où elle était revenue avec son mari, à la suite de leur séjour en Bretagne.

Robert avait reçu une invitation du comte Henri de Ravigny, et il s’était rendu à la Villa des Fleurs, d’où il avait expédié ce télégramme :

Samedi. — De Fontainebleau à Paris.

Madame Robert Delcey

Rue Saint- Dominique, hôtel Valmer.

•le serai ù Paris demain, à quatre heures.

Robert.

C'était la première fois, depuis son mariage, qu’iî s’absentait, et laissait Odette seule une journée entière. Pourtant, elle l’attendait sans impatience, et son âme était inaccessible au soupçon.

A quatre heures, le bruit d’une voiture qui s’arrêtait à la porte, signala l’arrivée de Robert.

Elle courut à sa rencontre.

Il la reçut dans ses bras, appuya sa tète charmante contre son épaule, la couvrit de baisers, et l’embrassa si fort qu’elle ne pouvait ni se défendre ni parler.

— Eh bien, Odette, me voici revenu au pigeonnier, et je vais te faire ma confession.

— J’ai confiance en toi, Robert ; il y a des secrets qui ne nous appartiennent pas tout entiers, et je ne t’interroge pas.

— Oui, je garde ceux des autres; mais il n’y aura jamais un secret entre nous... Tu me demandais un jour ce que signifiait l'inscription mystérieuse gravée sur la tombe de notre ami Valmer :

Ces deux lettres sont les initiales de Lovelace-Club, et je vais t’expliquer l’énigme :

Ce Club a été créé au mois d’août 1869, sur la proposition d’Amaury. Tu en as vu les fondateurs réunis ici par Valmer.

Le but de l’association était le Plaisir, et nous conspirions contre l’Ennui .

La guerre avait dispersé les membres de Lovelace- €lul, qui vient de se reconstituer à la Villa des Fleurs.

Or, se marier, c’est passer au camp ennemi, et on m’a traité comme un déserteur... Si tu es curieuse, je te raconterai les aventures de mes compagnons.

— Et les tiennes?

— Je n’ai fait qu'une conquête.

— Ah?

— Oui. C’est Odette... Mais toi-même, chère amie, ne gardes-tu pas un secret que je dois connaître?

— Oui, c'était mon secret de jeune fille. Je t'aimais.

— Il y avait autre chose.

— Non, je voulais te dire simplement que mon cœur était à toi sans partage.

— Tu es bonne et indulgente, Odette, ma petite femme, mon ange chéri.

— Je ne suis plus un ange, monsieur.

— Je le crois bien, madame, et tu seras bientôt la jeune mère d’un beau Chérubin.

— Oui... j'ai reçu hier soir une lettre de ma mère, sœur Sainte-Elisabeth. Elle sera marraine. Si le Chérubin est un garçon, il s’appellera Charles; si c’est une fille, Odette.

— Oui.

— Robert?... Tu ne me dis pas ce que tu as fait à la Villa des Fleurs?

LES FILLES D ENFKIl

— J’ai enterré le vieil homme. On a discuté la grande thèse de la Femme. Ma conclusion a été que l 'Amour et les Anges sont supérieurs au Vlaisir et aux Filles d' En fer... J'ai eu peu de succès, mais je crois que j’ai du bonheur. Aimons-nous.

Paris. J iiiu-J uillet 1873.

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