ACTE I
hommes et les choses ; de toute façon ce serait une excellente affaire ; car s’il disaient hautement leur avis, ils deviendraient grands, et s’ils voulaient transiger avec leur conscience, ils deviendraient riches, car le troupeau des autres hommes s’abonnerait bien vite, ainsi que le berger: lo troupeau, pour faire dire qu’il aime le berger, et le berger, pour faire dire qu’il ne tond pas la lame du troupeau !.. c’est une assez bonne idée! .. on y viendra !.. on y viendra 1 .. en attendant je suis sans asile, et je viens te demander un coin pour dormir.
PHIDIAS
Tiens, prends cette natte.
diogène, se couchant. *
Merci. .. Que les voleurs viennent, j’aboierai pour ta récompense.
PHIDIAS
Il n’y a rien à voler chez moi, Diogène... rien... que mon travail, et ils vont venir!., ils vont venir!.. {Il pleure la tête dans ses mains )
DIOGÈNE
Qui donc ?
PHIDIAS
Gorgias et les juges.
DIOGENE
Ah! oui. — Gorgias, l’homme qui m’a chassé.
PHIDIAS
Il va venir et vous serez forcées do le suivre, ô mes belles sta.ucs !
DIOGÈNE, sc soulevant un peu.
Il y avait une fois un sculpteur nommé Pygmalion. Ce sculpteur aimait sa statue; voilà une histoire à laquelle on croira parce qu’elle est fausse. 11 y avait une fois un sculpteur, nommé J’hidias, qui aimait trois statues... voilà une histoire à laquelle on ne cro.ra pas, parce qu’elle est vraie.
fui di as, vivement.
Que dis-tu î
DIOGÈNE
Fst-ce que je ne sais pas tout 1 Phidias, ne cherche pas à tromper Diogène; Phidias, les esculapes ont mal guéri ta fièvre ; ils te l'ont laissée dans le cœur.
t PHIDIAS.
Eh bien!... oui!... Laïs!. .. Aspasiel... Phrynél.. 1 ' femmes ou statues, je vous airne; mon ciseau vous adonné une seconde vie; il vous a immortalisées. Tiens!.. . nous som-
* Phidias, Diogène,
mes bien seuls, Diogène, tu vas les voir. (Jl tire le rideau; et trois statues appuraissent, éclairées par les rayons de la lune .j
üiocène, se levant. *
Par Apollon !... c’est sublime !...
l'HIOIAS.
Qu’elles sont belles !...vois, Diogène, elles semblent vivre, oui, elles vivent, et mon génie qui les a crées n’a rien omis en elles...
DIOGÈNE
Oui, voilà de bien belles Mes de marbre, Phidias ! voilà de belles Ailes de marbre !
PHIDIAS
Non!... elles sont femmes et je les aime!... Oui, oui, travail de mes jours, rêves sans sommeil de mes nuits ; je ne travaillerai plus, je briserai l’outil qui vous a fait naître ; car vous ôtes mes chefs-d’œuvre et j’ai laissé mon génie endormi à jamais dans chaque pli do vos robes blauohes, dans chaque ligne de vos pâles visages... Vivez !... aimez!... appartenez-moi comme je vous appartiens ; on ne vous aura pas, on ne peut vous acheter, créations de l’artiste ; non, non, on n’achète pas le génie, on n’achète pas l’amour.
DIOGÈNE
Tu te trompes ! on achète tout dans ce monde, et ce sera encore comme ça dans deux mille ans et plus. Bonsoir, j’ai sommeil. (Il s'étend sur sa natte et s'endort. Bruit de voix au dehors. Phidias lire vivement le rideau.)