DESCEN.US
Dans ce cas lb, mon cher, on fait su malle, on met ses illusions au fond et ses chemises par dessus, on porte le tout dans un cabriolet de régie, et l’on revient rue de l’Abaye, 23, on est sauvé... et ça coûte 2 francs la course.
RAPHAËL
Partir I...
DVSGBNAIS.
Raphaël, donne-moi la main... bien! tu es mon unique amitié, j’ai donc le droit de te parler et je te parlerai. [Raphaël se lève. ) Ecoute ! on respire mieux dans ton atelier que dans cette maison... quelques jours encore et tu auras perdu ta foi d’artiste; quelques jours encore, et tu passerais devant Michel Ange sans ôter ton chapeau. Les femmes comme Marco endorment l’âme qu’elles occupent, Raphaël, elles eu chassent les nobles instincts, elles en flétrissent les aspirations divines. Viens!... fuis... il en est temps encore, fuis sans regarder derrière toi... retourne dans la maison où t’attendent celles qui t’aiment... va chercher ton avenir prèsde Marie, ton passé près de ta mère, retourne dans ton atelier; tu y retrouveras tes outils et ta gloire, ton insouciance et tes chansons, et mieux encore, ta dignité et ton honneur !... (Raphaël ne répond pas. Continuant.) C’est dit, pas vrai? J’ai retrouvé mon Raphaël d'autrefois. Allons, prends ta canne et ton chapeau, allons-nous-en... J’ai vingt francs, je te paye à dîner. **
RAPHAËL
l)e.‘-gonais...j*airnecette femme, quoiqu’elle fasse et quoi que tu l'uisses dire. Advienne que pourra, je reste; il est une heure dans
Desg' nais, Raphaël.
*' Raphaël, Desganaii.
LES FILLES LE [»lAUBJ’iE.
la vio qui décide du sort d'un homme, et celle Imuro a sonné pour moi il y a six semaines.
DESGhNAIS.
Ce jour-Ui, c’est ton mauvais ange qui a ihonté la pen> dule.
RAPiUBL, pensif.
Oui... peut-être...
DESGENAIS
Ch bien, jette ta pendule par la fenêtre, tu demandera.s l’iici ; ; à ton portier... Âllons-nous-eu I...
RàPHABL.
Je reste!...
DB8GENAI8.
Mais qu’espères-tuî... Pour le permettre la fantaise d’aimcr cette lionne, es-tu millionnaire comme monsieur de Fresnes ? as-tu comme hn la Californie daiiston tiroir ? vas-tu Ma Bonîse? joues-tu sur les fonds espagnols? fais-tu banque dans tous les lansquenets?
RAPHABL.
DesgenaisI
DESGBNAIS.
Je ne suis plus Desgenais, je m’appelle la raison... C’est qu’en vérité CM femmes h sont des démoijs pour les gens comme toi... et on les a chantées:, lonangée.s, poétisées... c’esl à mourir de rire , ma parole d’hoimeur... Ah ! si j’étais père de famille... je léserai peut-être un jour, on ne sait pas ce qui peut arriver... eh bien, je dirais à mon fils, naïf collégien très-fort en thème: < Tu vois bien ces demoiselles qui ont des diamants, ce sont des « diables... elles ont des cornes... on ne lesvoiipas. mais elles en D ont... ces petits ongles roses, ce sont des griffes; elles vous s ruinent la bourse et le cœur ; après quoi elles vous conduisent » en enfer par le chemin de Clichy. » Voilà ce que je lui dirais à mon fils. Ça ne l’empéclierait probablement pas de faire des bêtises pour le diable; mais j’en aurais le cœur net. .. j’aurais jeté mon cri d’honnête homme... Sapristi ! voilà assez longtemps que cela dure. Allons mesdemoiselles, passez à l’ombro, rangez un peu vos voitures! place aux liounêtes femmes qui vont h pied!
RAPâAEL.
Desgenais I
DESGENAIS
Ah ! je deviens fou, j’extravague, je fais du speech... Voyons, causons raison : depuis que tu aimes Marco, tu as dépensé ?
RAFHAEl,.
Dix mille francs. . '