RAPHAËL, DESGENAIS
DESGENAis, entrant. i ' I
Enfin m’y yoilà... Bonjour,'' Raphaël... comment se porte (a gatié?
* RAPHAËL. '
Mal, mon ami... je m’ennuie affreusement anjourd’hui. '
DESGP.NAIS.
Heureux homme! tu t’es donc amusé hier?... Ah! tu ne sais pas? j'ai reçu avant l’aube d’un certain monsieur un coup d’épée dans mon habit parce que j’ai dit l’autre jour dans un article, qu’à ses vaudevilles je préférais ceux de Corneille; il a pris cela ausérieux, et... Ah! quelle vilaine iriventioii que l'imprimerie!... c’est très-compromettant I aussi à l’avenir je dirai la véritél'tiilais je ne l’imprimerai plus.
RAPHAËL, assis à droite. ‘ " ' •
Eh bien !.... et ton journal?... i:>
DESGBNAIS.
J’y renonce!... j’en ai assez, et puis, d’ailleurs, ça m’bumüie qu’on me lise pour unedemi-tasse. Ah çà! qu’est-ce que tu fais? car il y a quinze jours que je ne t’ai entrevu... Est-ce fini là-bas?
RAPHAËL. *'
Oui... oui, sans doute!...
DRSGBHAis, s'asseyant près de lui. ‘
Ah! sacrebleu! mon cher!... permets-moi de te serrer ÏA main... tu m’as fait une peur atroce!... tu n’as pas du tout ce qu’il faut pour vivre sans danger dans ce monde-là; il n’y a qu’un Julian qui puisse s’en tirer sain et sauf! et c’est tout simple ! Julian, c’est l’amour artificiel, la passion sans racine, le vers sans poésie, la tendresse sans lendemain, et c’est ce qu’il faut à ces >âmes oisives, que l’on nomme femmes à la mode aujourd'hui et que l’on nommait Lais autrefois.
Desgenais!... est-ce que jadis tu as été mordu au cœur par une coquette ? *
DESGENAIS
Oui, et elle en est morte; c’est la propriété des vipères...
* D«sgenaiv, Raphtël,
èà
• , , . - .. BAPHAKL. . .. .
Et depuis? .
DBSGENAIS.
Je n’ai plus rien aimé qtaè le bordëaül et les écrevisses.
- AAPHAEI..' ' H ’
Et ta famille ?... . ,.,.i
, , ovsQVKÀiif gaîlé triste.,, t ’ 'i-
Je n’ën ai jamais eu ; j’ai été découvert dans un éboulëmèot entre un mammouth et un mastodonte. {Se levant.) Mais il’ ne s’agit pas de moi, mais de toi ; permets-moi de me réjpuir de ta délivrance ét accepte toutes mes folies en guise dè teu d’ar tiûce !...
i Changeant de Ion.) Non, mais là sérieusement, tu viens d’échapiér à uh' grand danger. {Mouvement de Raphaël ^üCè’ëét l^é.) lui,^ inon Cher; Marco est une... calamité; il y a une choike qitè tu ignorés. . . je vais te la narrer. . . tu sais bieh le jour de Madrid.
t ‘ nAVkViAvaV ^ i l. •»
RAPHAËL
Oui.
DESGENAIS
Elle était gaie et rieuse, n’est-ce pas? £h bien, mon cher... sir Maurice Lindey était parti huit jours a^anl pour l’Amérique, parce qu’il était complètement ruiné et ruiné par...
RAPHAËL, iiivolontùirement.
, ^fékt ildpossîble! ' , ' . ,
. DBSGBNÀis, le regardant fixement, Raphaël baisse les yeux. Àh! sacrebleu! tu n’es pas guéri!... au contraire!
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RAPHAËL* ^ , à li > . t î t* '
Eh bien, non, non, mon ami, je l’aiineJ je l’aime I plus que jamaisl ^ ,i
, OESGENAIS. , ; ,, ,
Ahl sapristi ! voilà donc mes craintes réalisées!, iw Mais^ sacre~ bleu, mon bon I..; il est peut-être temps encore, il faut soigner cela.. .Si tu veux aimer absolument, eh bien, aime une fermière de la Beauce qui ne sera jamais venue à Paris, ou la fille de ton portier si elle n’a jamais été au Conservatoire ; aime une grisette qui chantera faux et qui aimera juste, une ouvrière qui aura des calusaux mains et non au cœur... une créature bien simple qui gardera toute la semaine à sa ceinture, les fleurs que vous aurez cueillies ensemble le dimanche, et tu pourras être heureux, Raphaël ; mais si tu aimes Marco, tu es perdu.
RAPHAËL
Je me suis dit tout cela, Dcsgenais ; mais c’est plus fort que moi ; mon cœur ne peut se détacher de Marco, je n’ai plus qu’un désir, qu’une ambition, être aimé d’elle.