ACTE Itl
DE86ENAI8. <
Oui, oui, je comprends : « être aimé d’une jeune fille chaste, » certes, c’est une grande félicité ; mais c’est la chose la plus T» simple I. . . mais être aimé d’une courtisane, e’ést une victoire » bien autrement difficile . » (Commencemenl d’orage.) Un poète a dit cela, et les honnêtes femmes ont battu 4c$ mains.. mais qu’est-ce que ça prouve? Voyons, sacrebleu I. . . un bon mouvement, un peu de courage !... lâché de l’oublier. . . {Ille presse dans pitis i^tnonte; vxbment de siletite . }
RAPHAËL. . ^
Dé^épâis, l‘âs-tu vue hier? *
DES6ENAIS, sa retoummt, < ■ ^
Ah 1 très-bien !... [Anec colère. ) Oui, je l’ai vue.
.,r RAPHAEC.
Je l’ai attendue une partie de la nuit sous ses croisées. . . '
DESGENAlâ. < ' • ■ '
C’était uhe bdniididéël... elle était au Bal;
RAPHAËL, avee tristesse.
Au bal ? . ' ‘ '
DESUENAIS.
Et elle y va ce soir, et |)uis efacoré deniam probablement, et toute la vie comme ça.
' ■ '■ RAPHAËL; ' ' ’
A moins que je ne vienne à bout de la décider.. . ' * ' ‘ ’
DËSGé?rAl’s\
A quoi? • ‘
' ' RAPâA^.*
Arien. '
DBSGSNAIS*
Je gage que tu couves quelque absurdité imitée de l’abbé Prévost; mais, mon ami, je l’en préviens! je serai Ih, toujours là... avec mes conseils et ma, lanterne. [L’orage comgience; éclairs, coups de tonnerre; Raphaël s'assied sur la table. ), Ah I ah I voici l’orage. Tant mieux! J’étais las de celte leinle de cobalt étalée depuis huit jours sur toute la natiiré. Je ne connais rien de laid comme uh soleil saris nuages. Ça me fait j’efret d’iih œil sans paupières ; et toi î
Raphaël, absorbé.
Hein ?. . . quoi ?
DESGBNAI5, continuant sons 9 prendre ga/rde.
Et puis le soleil a cela de mauvais qu’il fait tout à coup écldre dans la poussière une myriade d’enfants criards avec des eer-
* Raphaël, Deagenais.
hO LES FILLES DE MARBRE.
ceaux, et de pesants bourgeois avec des chapeaux neufs ; franchrmentle soleil n’est bon-que pour les bl«“s, les raisins et les rhumatismes, mais il est détestable pour les poëtes. (Foymie Raphaël qui est plovgé dans ses pensées. ) Heureusement il leur reste la lune. (Zut frappant sur l’épaule.) N’est-ce pas, Raphaël?
RAPHAËL
Pardon, mon ami. ''
DESGENAIS
Ne te gêne pas, je connais cette maladie-là. Je l’ai beaucoup étudiée sur les autres. {Se frappant le front. ) Ça commence ici. . . et si on n'a pas le courage d’y four* r le bistouri de la raison, ça gagne le cœur. . . et je crois bien que tu en es au second degré ; oui, Raphaël, tu es bien malade.
RAPHAËL, se levant.
Et je ne veux pas guérir.. . (L’orage redouble.) Ah! ah! les vents d’orage frappent à ma porte; ma foi ! qu’ils soient les bienvenus. Je vais leur ouvrir; ma tête brûle, ils rafraîchiront mes idées. {Il va ouvrir la porte. On voit Mai te qui s’est abritée sous l’auvent.)