‹ Les filles de marbre drame en cinq actes, mele de chant (volume 4)Chapitre 59 sur 61 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

quelle joie dans ses yeux dans ses yeux, qui ont bien pleuré, sans doute.

MAniE.

Comme vous me regardez I

RAPHAËL, lui tendant la main.

Il y a si longtemps que je no vous ai vue, Marie.

Marie, allant à lui.

Ce n’est pas ma faute.

Non, c'est la mienne ; mais nous ne nous quitterons plus, rassurez- vous,.. (Se reprenant.) Rassure-toi.

MARIE, souriant, elle s'assied sur le fauteuil, près de la table.

J’aime miélix ça.

RAPHAËL

Chère enfantl

MARIE

Si vous saviez quels vilains rêves j’al faits depuis que roui nous avez quittées.

RAPHAËL

Et moi donc I

MARIE

Vous aussi !

RAPHAËL, avec un commencement de fièvre.

Oui, oui, j’ai fait un mauvais rêve et qui a duré bien longtemps, Marie 1 J’ai rêvé qu’il y avait au monde des femmes qui passaient leur vie tout entière à tuer ce qu’il y a de noble et de grand, la gloire et l’amour ; des femmes qui s’éveillaient le'maiin en se demandant froidement quelle ruine elles causeraient ce jour-là, quel Dieu elles renieraientla nuit suivante. J’airôvéque ces femmes-là étaient fêtées et heureuses, qu’il y avait des gens qui étaient fiers de s’asseoir à leurs côtés et de manger à leur table,- que les plus beaux noms s’inscrivaient sur leur liste banale un on à l’avance , afin d’obtenir la faveur de se ruiner pour elles. J’ai rêvé que l’on se disputait une fleur de leur bouquet, un morceau de leur ceinture, et qu’en échange ces gens-là leur donnaient la fortune de leurs femmes, la dot de leurs filles et l’honneur de leurs maisons. Tu le vois, Marie, c’était un horrible rêve, mais je suis réveillé, et le réveil, c’est toi, c’est ma mère; le réveil, c’est la même prière que faisaient deux femmes, là, tout à l’heure ; le réveil, Marie, c’est la religion et l’amour.

MARIE, lui prenant lamain.*

Ohl... comme votre main est glacée !

* Marie, Raphaël. 8

LES nLLES DE MARBRE.

RAPHAËL, passant à sa statue. *

• Oh! ce n’est rien... je vais réciiaufîet mes doigts^ en travaillant...

MAïUB, inquiète.

Non... non, il ne faut pas travailler ce soir... ié ne sais, mais vous paraissez sou&ant.

RAPHAËL

Un peu... oui... c’est la fatigue... mais c’est égal! D’ailleurs il me semble que ça me fera du bien do tra^vailler. {S^ç.rrêlant.) Tiens, ma terre est durcie!

MARIE

Voulez-vous de l’eau?

RAPHAËL

Ça n’y ferait plus rien, il est trop tard. Ah ! (Jüftrmenl de tilence.) Marie, je vais achever ton portrait... tp sais... ce pot irait commencé {Jl se met au cheialet.) Pendant ce temps-là, tu chanteras, veux-tu?

MARIE

Ça vous fera plaisir ?

RAPHAËL

Oui, oui, Marie.

MARIE, à part.

Qu’a-t-il donc? (Elle chante en l'observant avec inquiétude.)

C’est le printemps qui recommence Aven les fleurs et les gazons 1...

Dieu rajeunit notre existence,

Le ciel est tout plein d’espérance,

La terre est pleine de chansons I

RAPHAËL, mettant tout à coup la main sur son cœur.

Ahl... là ! là !... j'ai du feu... je brûle... donne-moi à boire. Marie va prendre un verre et le remplit à la fontaine à droite.)

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